13/03/2017 – Au Bélarus, retour sur une nouvelle semaine de contestation

Cela n'aura pas suffi. Le 8 mars, la décision du président bélarusse Alexandre Loukachenko de repousser d'un an la taxe controversée sur le « parasitisme social » n'aura pas réussi à calmer les manifestations qui se poursuivent au Bélarus depuis près d'un mois.

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La semaine dernière, des rassemblements ont eu lieu dans cinq villes de province (Maladetchna, Pinsk, Orcha, Babrouïsk et Rahatchow). Les défilés ont réuni entre quelques centaines et plus d'un millier de personnes. À Orcha, où près de 1000 habitants ont battu le pavé, il s'agissait de la plus importante manifestation d'opposition depuis 1991.

Au cœur des mécontentements : l'entrée en vigueur d'une taxe de près de 220 euros pour les personnes travaillant moins de six mois par an et n'ayant pas réussi à remplir les conditions d'inscription aux agences pour la recherche d'emploi. Près de 470 000 personnes, sur une population de 10 millions de personnes, seraient concernées par cette taxe. Décidée dès 2015, l'entrée en vigueur de cet impôt - ou décret N°3 - intervient dans un contexte économique difficile pour le Bélarus : selon le Fond monétaire international, le PIB par an et par habitant serait passé de 7500 euros en 2014 à 4700 euros en 2016.

Premières arrestations

Face à la contestation, la réaction du pouvoir, connu pour son autoritarisme, a d’abord été très mesurée. Aucune arrestation n'a eu lieu avant jeudi dernier, date à laquelle une dizaine de militants et une journaliste ont été appréhendés. Les arrestations se sont poursuivies ce week-end. Au total, 47 personnes ont été placées derrière les barreaux. Lundi 13 mars, les premières comparutions immédiates ont condamné plusieurs blogueurs et opposants à des amendes et des peines allant jusqu'à 15 jours de prison. Des décisions de justice pour l'instant sans comparaison avec la répression de la contestation de décembre 2010, pendant laquelle près de 1000 personnes avaient été arrêtées et des centaines d'autres condamnées à de longues peines.

Le ton des autorités a toutefois évolué ces derniers jours. S'il s'était abstenu de s'en prendre aux contestataires, le président Loukachenko est sorti de son silence le 9 mars en les désignant « d'ordures » et en évoquant la possibilité de « leur dévisser la tête ». Tandis que l'agence d'information officielle Belta n'a pas fait état des manifestations, une émission du service public les a abordées le 12 mars sous l'angle des conséquences négatives de la révolution ukrainienne, titrant sur les « Leçons de Maïdan ». Un moyen comme un autre de mettre en garde les manifestants.

La crise russo-bélarusse en toile de fond

La relative fébrilité des autorités face à ce conflit social s’explique, selon certains observateurs, par la crainte de Minsk de voir les oppositions internes se renforcer alors que le pays fait face à une crise de ses relations avec la Russie. Les points de tensions entre Minsk et Moscou s'accumulent : désaccords sur le prix des hydrocarbures, différends commerciaux et agricoles, refus bélarusse de rouvrir une base militaire russe sur son sol, réinstallation de postes frontières côté russe... Face à cette évolution, l'expert Arseni Sevitski évoque une situation de « pré-crise » d'après le modèle de la « guerre hybride » conceptualisé par Valeri Gerasimov, le chef d'Etat-major de l'armée russe.

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Cela étant, rien ne semble pour l’instant arrêter les mobilisations. L'opposition nationaliste bélarusse, en retrait depuis le début de la contestation, prévoit une manifestation de grande ampleur le 15 mars à Minsk pour le Jour de la Constitution. Même si les autorités ont donné leur accord pour ce rassemblement, plusieurs commentateurs considèrent les condamnations de ces derniers jours comme une tentative, certes timide, de limiter l’ampleur de la prochaine mobilisation.

R.C.