Brèves

24/05/2016 - Crimée : la question des retraites surgit de la foule lors d'une visite officielle

« Il n’y a simplement plus d’argent ». C’est avec ces mots que Dimitri Medvedev a répondu, lundi 22 mai, à une habitante de Crimée qui l’interpellait sur l’indexation des retraites.

Dans une vidéo publiée sur Youtube, on voit une femme interpeller le premier ministre russe lors d’une visite officielle en Crimée : « On ne peut pas vivre avec sa retraite », lance-t-elle. « Les prix s’envolent et l’indexation est mal calculée. Que valent huit milles [roubles] aujourd’hui ? Vous vous essuyez les pieds sur nous ! On a travaillé pendant 45 ans et on ne reçoit rien. Vous aviez dit qu’il y aurait une indexation en Crimée. Où est-elle ? »

Dimitri Medvedev répond alors qu’il n’y a « d’indexation nulle part ». « Il n’y a simplement plus d’argent. Mais nous en trouverons et nous mettrons en place une indexation », poursuit-il. « Tenez bon. Je vous souhaite le meilleur, d’avoir le moral et une bonne santé ».

L’indexation en question

La veille, un représentant du Comité de la Douma sur les questions budgétaires avait affirmé au journal RBK que les pensions ne seraient pas réindexées avant les élections législatives de septembre. En 2016, l’indexation des retraites russes a été fixée à 4%, soit près de deux fois que le taux d’inflation en 2015, évalué à 12,9% selon les chiffres officiels.

Une semaine auparavant, le ministre des Finances s’était également fendu d’un commentaire appelant les Russes à s’occuper eux-mêmes du montant de leur future retraite. « Le niveau de garantie des pensions nous permet d’assurer une retraite de l’ordre de 12 à 13 mille roubles par mois (entre 160 et 175 euros, ndlr). Les travailleurs doivent comprendre que s’ils ne participent pas au fonds d’épargne retraite, ce niveau ne changera pas ».

La transition vers des fonds privés, amorcée depuis près de quinze ans, est l’une des principales réformes lancées par l’exécutif russe pour régler les problèmes budgétaires liés au paiement des retraites. Ces derniers mois, la baisse des revenus du pétrole a fragilisé encore davantage ce fragile édifice, menacé également par le vieillissement de la population et une croissance démographique quasi-nulle en Russie.

Augmentation de l’âge de départ à la retraite pour les fonctionnaires

 Cet évènement intervient alors que Vladimir Poutine s’est finalement résigné, lundi 23 mai, à signer une loi repoussant l’âge légal de départ à la retraite pour les employés de l’Etat et des municipalités. L’âge limite passera progressivement de 60 à 65 ans pour les hommes, et de 55 à 63 ans pour les femmes. Il est prévu que la date de départ sera réévaluée de six mois tous les ans. La loi prévoit également que la durée minimum de travail donnant droit à une retraite passe de 15 à 20 ans. Par ailleurs, les compléments de retraites pour les membres du Parlement et du Conseil de la Fédération exigeront à présent cinq ans d’exercice, contre un seul actuellement.

Annoncée initialement pour le mois de janvier 2016, cette réforme entrera finalement en vigueur début 2017. Face aux libéraux, le chef de l’Etat russe s’est longtemps opposé à toute augmentation de l’âge du départ à la retraite en Russie – pourtant l’un des plus bas d’Europe. Toutefois, selon les statistiques officielles, 36% des retraités russes poursuivent une activité professionnelle.

R.C.

La vidéo de l'échange entre Dmitri Medvedev et une habitante de Crimée :

https://www.youtube.com/watch?v=WSq7oxM_fyo

Sources :

RBK
Interfax
Meduza.io
RBTH

 

24/05/2016 - Ukraine : Petro Porochenko flirte avec la Turquie

Le président ukrainien, Petro Porochenko, a effectué une visite officielle en Turquie à l’occasion du premier Sommet humanitaire mondial organisé par l’ONU à Istanbul, les 22 et 23 mai.

Dans ce contexte, Petro Porochenko a participé à une table ronde intitulée « Le leadership politique pour prévenir et mettre fin aux conflits ». Il était accompagné d’une délégation formée par Moustafa Djemilev, député au Parlement ukrainien et chef de file du mouvement national des Tatars de Crimée, Refat Choubarov, président de l’Assemblée des Tatars de Crimée, et de Vadim Tchernych, ministre chargé de la question des territoires temporairement occupés.

M. Porochenko a profité de cette visite pour rencontrer différents représentants des pays présents au sommet, parmi lesquels Recep Erdogan. Les deux hommes d’Etat ont évoqué de nouveaux accords entre leurs deux pays, dont le rapprochement est de plus en plus manifeste.

Ils se sont ainsi entendus pour allonger la durée de séjour sans visa des Ukrainiens en Turquie à 90 jours. Un autre point débattu lors de leur rencontre est la formation de 3 000 policiers ukrainiens par la Turquie : « Nous avons réussi à négocier que la Turquie forme et entraîne 1 500 policiers ukrainiens, dans un premier temps, et plus tard 1 500 autres. Ainsi, 3 000 policiers ukrainiens auront bientôt reçu une formation et un entraînement en Turquie. Mais ce n’est pas tout, les Turcs leur fourniront aussi un équipement », explique un communiqué de la présidence ukrainienne.

Ce n’est pas la première fois cette année que l’Ukraine et la Turquie finalisent des accords de coopération. En effet, lors de sa dernière visite en Turquie, M. Porochenko a parlé avec son homologue turc de la création d’une zone de libre échange entre leurs deux pays. La signature d’un tel accord devrait avoir lieu en 2016.

Plus récemment, le 16 mai, les deux pays ont signé un plan de coopération militaire courant jusqu’en 2020. « Le 16 mai, un plan de coopération militaire des forces armées d’Ukraine et de la République de Turquie a été signé. Il comporte des étapes pratiques afin de renforcer les capacités opérationnelles de l’armée ukrainienne », a détaillé le ministère de la Défense ukrainien.

A noter également que lors de la visite du 9 mars, M. Porochenko avait demandé à la Turquie de reconnaître la déportation des Tatars de Crimée par les autorités soviétiques en 1944 comme un génocide.

L’Ukraine et la Turquie, qui entretiennent toutes deux des relations conflictuelles avec la Russie, effectuent un rapprochement progressif dans de nombreux secteurs. M. Erdogan a même qualifié ces relations d’« exceptionnelles ».

C.C.

 

Sources :

http://ru.slovoidilo.ua

http://censor.net.ua

http://gordonua.com

 

23/05/2016 - Kazakhstan : le pouvoir étouffe une nouvelle journée de protestation

Secoué depuis un mois par un mouvement de protestation contre un projet de réforme agraire, le Kazakhstan a connu, samedi 21 mai, une nouvelle journée de manifestations réprimée par les forces de l’ordre.

A Almaty, la capitale économique, au moins une centaine de personnes ont tenté de se réunir sur la place principale de la ville. Elles ont été appréhendées par des policiers et des membres d’unités spéciales cagoulés et, pour plusieurs d’entre elles, conduites vers des autobus spécialement affrétés.  Des interpellations semblables ont été signalées à Astana, la capitale, et également dans les villes d’Ouralsk, de Pavlodar, d’Aktob, de Semeï et d’Atyraou. Cette dernière est le point de départ du mouvement de contestation. L’adjoint du procureur général, Andreï Kravtchenko, a fait état de 40 arrestations.

Le directeur du site d’analyse politique « Vlast.kz », ainsi que les correspondants des agences Interfax, Reuters, Itar Tass, Novosti Kazakhstan et de l’édition kazakhe de Novaya Gazeta ont été arrêtés par « accident » selon Igor Lerkh, un représentant du Comité de la police. « Ils ont été libérés après vérification de leur identité. A l’avenir, nous tirerons le bilan de l’action de nos collègues et prendront les mesures nécessaires pour que cela ne se reproduise pas », a-t-il expliqué.

Annoncées depuis plus d’une semaine, les manifestations du 21 mai, quoique modestes, ont été prises très au sérieux par des autorités effrayées par le spectre des soulèvements en Ukraine et au Kirghizstan. Selon Radio Azattyk, des snipers avaient été spécialement placés sur les toits bordant le lieu annoncé du rassemblement à Almaty. La veille, la police avait effectué des fouilles dans plusieurs appartements et annoncé « avoir découvert » des cocktails Molotov et des barres de fer dans une cache située non loin de la place où ont essayé de se rassembler les manifestants. Un climat de peur qui semble être entretenu par les autorités. A Karaganda, ville minière épargnée jusqu'à présent par la contestation, l'ensemble des cours de l'Université ont ainsi été annulé samedi en prévision des manifestations, manifestations qui finalement n'ont pas eu lieu.

En début de semaine, le mouvement avait été privé de plusieurs de ses militants actifs, mis en détention à titre préventif. Sur Internet, l’accès à plusieurs sites d’information (Radio Azattyk en particulier) et aux réseaux sociaux a par ailleurs été perturbé à plusieurs reprises à l’approche du 21 mai.

Lire aussi sur Gare de l’Est : Kazakhstan : coup de filet contre les opposants à la réforme agraire

Depuis le 24 avril 2016, date à laquelle près de sept cents personnes s'étaient rassemblées dans la ville d’Atyraou, à l’ouest du pays, le Kazakhstan traverse un mouvement de contestation d’une ampleur inédite depuis le début des années 2000. Le motif de mécontentement principal concerne l’adoption d’une réforme agraire censée faire passer de 10 à 25 ans la durée de location des terres par des entreprises étrangères. Face à la contestation, qui a notamment perturbé les célébrations du 1er mai, le pouvoir, connu d’habitude pour sa politique dure, a lâché du lest et annoncé début mai un moratoire et la création d’une commission spéciale pour mettre fin à la crise, sans succès pour l'instant.

Le gouvernement soutient que le mouvement de protestation est porté par des « forces extérieures » désirant « renverser la situation dans le pays ». Le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir depuis 1989, a mis en garde contre « les provocateurs qui doivent être démasqués et encourir des sanctions conformément à la loi ».

Pour Dosim Satpaev, directeur du Groupe d’évaluation des risques, un think-tank basé à Almaty, la gestion de la contestation, qui s’inscrit dans un contexte économique difficile pour le Kazakhstan du fait de la baisse du prix des hydrocarbures et de l’instabilité monétaire, traduit avant tout la perte de contrôle du pouvoir : « Ces évènements ont fait voler en éclat l’image d’un ilot de stabilité qui était conférée au Kazakhstan depuis de nombreuses années. Il est visible que le pouvoir ne contrôle pas la situation et utilise un seul outil : la force », estime l’expert. Selon lui, la contestation est amenée à perdurer. « Hier, ils ont éteint l’incendie, mais demain il partira d’un autre endroit. Le pouvoir fonctionne comme une équipe de pompiers », conclut-il.

R.C.

 

Le récit en images des manifestations avortées à Almaty et à Astana :

https://www.nur.kz/1135642-nesostoyavshiesya-mitingi-v-almaty-ast.html

 

Sources :

Nur.kz
Kloop.kg
Ng.ru
Reuters
Radio Azzatyk

23/05/2016 - La tenue d’une réunion OTAN-Russie mise à mal par de nouvelles déclarations

Les 19 et 20 mai, une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN a eu lieu à Bruxelles. La Russie est revenue dans les sujets de discussions.

En effet, Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, a de nouveau affirmé la position de l’Alliance concernant la Russie : « Nous n’avons jamais reconnu l’annexion de la Crimée et condamnons vivement la déstabilisation continuelle par les forces russes dans l’est de l’Ukraine. Nos relations sont tendues et nous sommes en train de renforcer de façon significative notre présence en Europe de l’Est, ce qui envoie un signal clair sur nos positions. En même temps, nous souhaitons améliorer la transparence et la prédictibilité de nos actions parce que, dans une telle atmosphère, les risques sont considérablement plus élevés ». Lors d’une interview pour Radio Poland, M. Stoltenberg a été encore plus clair : « Le renforcement du flanc oriental de l’OTAN est une réponse aux nouveaux enjeux auxquels fait face l’Alliance, parmi lesquels la politique agressive de la Russie ».

La réponse de la Russie n’a pas tardé, notamment par le biais d’Alexandre Grouchko, le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN : « L’OTAN se dirige vers un endiguement de la Russie, en effet, l’Alliance ne pourrait pas survivre sans un adversaire géopolitique principal. Le renforcement des soi-disant capacités défensives de l’Alliance s’appuie sur des conceptions qui datent du milieu du siècle passé ». M. Grouchko est catégorique sur les relations entre la Russie et l’OTAN : « Tant que ces décalages existeront entre nous, aucun dialogue ne sera possible. […] Tous les projets sur lesquels nous travaillions conjointement avec l’OTAN ont pris fin ».

L’élargissement de l’OTAN est une réalité : à l’issue de la réunion à Bruxelles le 19 mai, le Monténégro a été intégré à l’Alliance. En outre, depuis le mois de février, l’organisation parle de renforcer sa présence dans les pays baltes et d’autres pays d’Europe de l’Est, y craignant un conflit avec la Russie après la crise ukrainienne.

L’ancien vice-commandant suprême des forces alliées en Europe, Sir Richard Shirreff, vient de publier un livre intitulé 2017: War With Russia [2017 : Une guerre contre la Russie]. Sir Shirreff explique l’idée qui a motivé la rédaction de ce livre : « Les choix politiques et militaires que nous prenons aujourd’hui et que nous avons pris dans le passé nous poussent à présent vers une guerre prochaine contre la Russie ».

Toutefois, les relations entre la Russie et l’OTAN n’en sont pas encore là. Les membres de l’organisation militaire se sont d’ailleurs mis d’accord pour proposer à la Russie une nouvelle réunion du Conseil Russie-OTAN avant le sommet de l’OTAN qui aura lieu à Varsovie début juillet. Si cette réunion a lieu, ce serait la deuxième de 2016 (une réunion du Conseil Russie-OTAN ayant déjà eu lieu le 20 avril), après une pause de 2 ans. En effet, les efforts de collaboration entre l’OTAN et la Russie avaient été rompus après le début de la crise ukrainienne et l’annexion de la Crimée par la Russie.

Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a néanmoins exprimé sa désapprobation sur la façon dont cette nouvelle réunion a été proposée à la Russie : « Pourquoi [Stoltenberg] a-t-il parlé de [la tenue d’une nouvelle réunion du Conseil Russie-OTAN avant le sommet de l’Alliance à Varsovie les 8 et 9 juillet] ? Ce Conseil opère sur la base du consensus. S’ils veulent en discuter, qu’ils viennent directement nous voir au lieu de directement faire un communiqué public ».

Malgré quelques tensions palpables, la Russie a accepté cette réunion et une date devrait bientôt être fixée.

C.C.

 

Sources :

http://www.vedomosti.ru

http://www.rosbalt.ru

http://ria.ru

 

 

20/05/2016 - Economie : au sommet de l’ASEAN, la Russie se veut rassurante

Pays observateur au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN),  la Russie accueillait à Sotchi, du 19 au 20 mai, les représentants des dix pays membres de cette association créée en 1967.

Regard sur l’Est

Dans un contexte toujours délicat entre l’Occident et la Russie, le Président russe a appelé à un renforcement des liens économiques entre la Russie et ses partenaires asiatiques. « L’année dernière, le volume des échanges entre de la Russie avec les pays de l’ASEAN  a atteint les 13,6 milliards de dollars. Ce chiffre, en comparaison avec d’autres dans le pourtour de l’océan pacifique, semble relativement modeste », a déploré Vladimir Poutine, notant que les échanges entre la Chine et l’ASEAN atteignaient les 80 milliards de dollars. Le vice-ministre russe du Développement économique, Alexeï Likhatchev, a toutefois affirmé que les échanges entre la Russie et l’ASEAN avaient augmenté de 20% en 2015, le Vietnam et Singapour représentant les principaux partenaires de l’économie russe.

Outre l’instauration d’un partenariat stratégique, l’exécutif russe a soutenu l’idée d’une zone de libre échange entre l’ASEAN et l’Union économique eurasiatique (UEE), qui rassemble la Russie et plusieurs anciennes républiques soviétiques. Six membres de l’ASEAN ont déjà accepté le principe. Selon le journal Kommersant, des négociations se poursuivent avec Singapour, la Thaïlande, le Cambodge et l’Indonésie. S’il arrivait à conclusion, ce projet ferait écho à l’Accord de Partenariat Transpacifique initié par les Etats-Unis et signé en février dernier.

Rassurer les investisseurs

Le sommet de Sotchi, qui s’accompagnait d’un forum pour entrepreneurs, a été l’occasion pour la Russie d’essayer de rassurer les investisseurs sur sa situation économique. « Nous sommes parvenus à maintenir un faible niveau de chômage - moins de 6% -, ainsi qu’un déficit extérieur modéré, l’un des plus bas, alors que notre balance extérieure a connu un excédent de 160 milliards d’euros en 2015 », s’est félicité Vladimir Poutine, qui a également loué l’action de la Banque de Russie dans le maintien d’un niveau important des réserves d’or (391,5 milliards de dollars au 1er mai). Fin janvier 2016, le rouble avait perdu subitement près de 20% de sa valeur.

Le prix du pétrole, autre grande source de préoccupation, a également fait l’objet de pronostics plutôt optimistes. « Je pense que cette année les prix moyens du baril seront autour de 40 et 50 dollars car la situation de base n’a pas évolué », a estimé le chef du Kremlin. Calculé sur la base d’un baril à 50 dollars, le budget de l’Etat russe avait grandement souffert lors de la chute vertigineuse des prix du pétrole, fin 2015. Des mesures d’austérité avaient alors été décidées à travers le pays.

 

R.C.

Sources :

Lenta.ru  
rambler.ru
Kommersant.ru

19/05/2016 : Kirghizstan : l’auteur d’un « like » condamné pour « extrémisme » religieux

Mercredi 18 mai, le tribunal municipal de la ville d’Och, dans le sud du Kirghizstan, a condamné à un an de prison avec sursis un jeune homme pour détention illégale d’éléments à caractère extrémiste. Abdullah Nourmatov, 21 ans, originaire du village de Kara Suu, a dix jours pour faire appel. Autrement, il sera contraint de venir pointer régulièrement au commissariat de police, rapporte Bir Duino, une ONG locale qui conteste la légalité du verdict.

Le 10 septembre dernier, Abdullah Nourmatov avait été arrêté, interrogé et son domicile scrupuleusement fouillé par les services secrets kirghizs. Ces derniers s’étaient alors saisis d’une clé USB.

Loi du silence

L’affaire commence toutefois plus tôt, le 20 août 2015. Ce jour là, Abdullah Nourmatov est convoqué au commissariat pour un « klass » (équivalent d’un « J’aime » sur le réseau social russe Odnoklassniki) apposé sous une photo sur laquelle apparaissent deux personnalités religieuses influentes et originaires elles-aussi du village de Kara Suu.

Ce qui devait apparaître comme un simple rappel à l’ordre se transforme très vite en passage à tabac. Libéré dans la nuit, le jeune homme est conduit directement à l’hôpital. Il souffre, entre autres, d’un traumatisme crânien et d’une commotion cérébrale. « Ils m’ont insulté, m’ont humilié et frappé. J’ai perdu connaissance. Je ne sais plus combien de temps s’est écoulé. Ils ont versé de l’eau sur moi, puis m’ont frappé à nouveau », témoigne-t-il ensuite lors de son procès. « Il a fallu que je donne le mot de passe [de son compte sur les réseaux sociaux] et que je signe des documents sous la contrainte pour qu’ils m’autorisent à voir mon père et mon avocat ».

Le témoignage d’Abdullah Nourmatov, relayé par des associations de défense des droits de l’homme, accélère son arrestation le 10 septembre. Le procureur refusera cependant de reconnaître l’usage de la torture, bien qu’il soit confirmé par plusieurs experts médicaux ayant ausculté le jeune homme. Pour son avocat, l’emploi de la torture a permis à la police d’obtenir suffisamment d’éléments pour le condamner.

 « Lutte contre l’extrémisme »

Quelques mois avant l'arrestation d'Abdullah Nourmatov, en février 2015, les services secrets kirghizs font une première descente dans le village de Kara Suu. Cette fois, il s’agit de la maison de l’imam local : Rachod Kamalov. C’est l’un des hommes qui apparaît sur la photo que le jeune Abdullah aura le malheur, quelques semaines plus tard, de « liker ». Un disque dur est saisi lors de la fouille du domicile. La police y trouve une vidéo dans laquelle Kamalov appelle à la création d’un califat.

Dans une région obsédée par la menace des groupes islamiques, l’affaire fait grand bruit. Kamalov est-il un chef religieux trop influent ou un véritable extrémiste appelant au djihad ?  Ce dernier s’en défend, arguant d’une définition coranique du terme califat qui, selon lui et plusieurs experts en théologie, ne serait pas celle de l’islamisme politique actuel. Un autre enregistrement fait surface. On y entend l’imam, devant ses fidèles de la mosquée de Kara Suu, condamner publiquement le ralliement de jeunes musulmans à l’Etat islamique. Cette version, toutefois, ne convainc pas les juges. Le 8 octobre 2015, Rachod Kamalov est condamné à cinq ans de prison ferme (il risquait le double).

Certains voient dans ce verdict la mise à l’écart d’un homme influent dans la région et dont le père – lui aussi un religieux important – avait été abattu par la police, dix ans plus tôt, dans des conditions obscures. Kamalov est par ailleurs membre de la communauté ouzbèke, qui est régulièrement victime de discriminations au Kirghizstan.

Pour les associations de défense des droits de l’homme, ces deux affaires illustrent surtout les dérives de la « lutte contre l’extrémisme » menée par les autorités kirghizes. Sous couvert d’un combat contre le terrorisme islamique – dont la présence reste très limitée au Kirghizstan – le pouvoir est accusé de violer la loi et de souffler, sans doute volontairement, sur les braises de la radicalisation.

R.C.

Sources :

Eurasianet.org
Fergananews.com
Kloop.kg

19/05/2016 – Belarus : un rapprochement avec le Conseil de l'Europe en perspective ?

Mercredi 18 mai, des négociations ont eu lieu entre le ministre des Affaires étrangères bélarusse, Vladimir Makei, et le représentant de la Commission des questions politiques et de la démocratie à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (PACE), Andrea Rigoni. Le communiqué officiel explique le déroulement de cette rencontre : « Les parties ont discuté de l’état des relations entre la République bélarusse et le Conseil de l’Europe et son Assemblée parlementaire, ainsi que des voies possibles pour développer leur coopération. »

En effet, M. Rigoni souhaite une présence plus marquée du Belarus au sein de la PACE : « Nous voulons tous que le Belarus soit inscrit dans la liste des pays attachés à la démocratie parlementaire. Le Belarus doit faire partie de la PACE ». Le statut d’invité spécial du Belarus à la PACE a été suspendu en 1997 à cause du refus de la population d’abolir la peine de mort : lors du référendum de 1996, 80,5% des votants s’étaient déclaré en faveur de son maintien. C’est d’ailleurs le dernier pays européen et d’ex-URSS à n’avoir pas encore aboli la peine capitale.

La question de l’abolition de la peine de mort au Belarus n’est pas encore résolue. En 2016, deux hommes ont été condamnés à la peine capitale. Le cas de Sergueï Ivanov, exécuté le 6 mai, a d’ailleurs provoqué l’indignation de l’Union européenne. Une troisième peine de mort vient d’être prononcée, le 19 mai dernier, à l’encontre de Sergueï Vostirkov, pour le viol et le meurtre de deux femmes.

Le Conseil de l’Europe appelle le Belarus à faire un moratoire temporaire sur la peine de mort.

A l’issue de la rencontre entre MM. Makei et Rigoni, la PACE a mis au point un programme de coopération pour la promotion des droits de l’homme au Belarus pour 2016-2017, notamment en préparation des élections législatives à venir, fixées au 11 septembre. M. Rigoni espère que cela permettra un rapprochement du Belarus et de la PACE : « Nous souhaitons réellement que ce plan d’action soit adopté par les autorités bélarusses et mène au rapprochement de Strasbourg et Minsk. […] Le dialogue et la coopération constituent le seul chemin pouvant mener le Belarus au respect des valeurs européennes. De son côté, le Belarus peut aider le Conseil de l’Europe à devenir l’organisation la plus forte et la plus sûre d’Europe ».

Après les élections présidentielles bélarusses d’octobre 2015, l’Occident a sensiblement réduit la pression des sanctions qui pesaient sur Minsk. Il y a donc un véritable effort de rapprochement avec le Belarus de la part de l’Occident, mais les changements doivent se faire pas à pas, selon M. Rigoni.

 C.C.

Sources :

http://www.interfax.by

http://regnum.ru

http://ria.ru

https://eadaily.com

18/05/2016 - Russie : Alexeï Navalny agressé par des Cosaques

Le matin du 17 mai, Alexeï Navalny et d’autres membres du Fonds de lutte contre la corruption (FBK) se sont fait agresser à l’aéroport d’Anapa, dans le kraï (région) de Krasnodar, tout près de la Crimée.

Les assaillants, des hommes vêtus pour la plupart d’uniformes cosaques, ont d’abord commencé par lancer du lait sur les membres du FBK. La situation a ensuite dégénéré en rixe. Six personnes ont été blessées dans la bagarre, dont Alexeï Navalny lui-même, Roman Roubanov, le directeur du FBK, et Artiom Tortchinski, un membre du fonds qui a du être transporté au poste de secours après avoir pris un coup à la tête.

Alexeï Navalny a décrit l’agression sur son compte Twitter : « Ils nous sont rentrés dedans, n’ont pas arrêté de tirer nos sacs à dos et de nous faire tomber. Il y avait des hommes et des jeunes femmes. Les agresseurs étaient une trentaine. Comme par hasard, il n’y avait que deux policiers dans tout l’aéroport à ce moment là. » KiraIarmyche, l’attachée de presse de FBK, ajoute : « Pendant ce temps, des gens nous filmaient. La police est intervenue seulement lorsqu’Artiom est tombé et qu’il a reçu des coups de pied une fois à terre. »

Des réactions de désapprobation ont tout de suite été postées sur les réseaux sociaux. « Je suis indigné par l’agression lâche à Anapa à l’encontre de Navalny et de ses collègues. Ces salauds en costume déshonorent les traditions des cosaques de Russie », s’est irrité Sergueï Mitrokhine, membre du parti d’opposition Iabloko. Oleg Kozlovski, lui aussi membre de l’opposition, a déploré l’augmentation de la violence politique en Russie : « La montée en puissance de la violence politique ces dernières années en Russie est particulièrement dangereuse. Nous nous y sommes habitués, c’est devenu une norme.»

Alexeï Navalny lui-même constate ce phénomène et le déplore : « la police ne se contente plus de seulement protéger les agresseurs, elle travaille avec eux ».

De leur côté, les cosaques ayant pris part à la bagarre ont réfuté être les agresseurs. Ils affirment que les responsables de cette escalade sont les membres de FBK. En effet, sur la vidéo (voir le lien ci-dessous), on voit un membre de FBK portant un t-shirt rouge frapper un cosaque et ainsi déclencher la bagarre. Dimitri Slaboda, un cosaque présent lors de l’incident, explique : « Nous n’avions pas l’intention d’agresser qui que ce soit […]. Nous voulions seulement montrer à Navalny, qui vit avec l’argent des Américains, qu’il n’est pas chez lui ici. C’est pour ça qu’on lui a lancé du lait dessus. Rien de bien offensant, pas comme la peinture verte qui tâche. »

A la demande de Dimitri Goudkov, député de la Douma d’Etat, une enquête devrait être menée pour comprendre les causes de l’incident et trouver les responsables.

C.C.

Vidéo de l’agression (en russe) : https://www.youtube.com/watch?v=yAZX0oSMAn8

Sources :

https://meduza.io

http://grani.ru

http://www.rosbalt.ru

 

 

18/05/2016 - Kazakhstan : coup de filet contre les opposants à la réforme agraire

Alors que la grogne contre la réforme agraire se poursuit au Kazakhstan, la police a procédé, mardi 17 mai, à l’arrestation d’une dizaine de personnes. En cause : la multiplication des appels à manifester le 21 mai prochain.

Série d’arrestations

A Atyraou, ville pétrolière durement touchée par la baisse du prix des hydrocarbures, deux militants ont été arrêtés par la police. Il s’agit de Max Bakaev et Talgat Ian. Les deux hommes avaient activement participé à la manifestation du 24 avril qui avait donné le coup d’envoi de la contestation à travers le pays. Selon leur avocat, interrogé par Radio Azattyk, aucune preuve de leur culpabilité n’a été avancée pour le moment. Mis en garde vue pour une durée de 15 jours, ils sont accusés de « violation de la loi garantissant l’ordre public pour l’organisation et la tenue de rassemblements pacifiques ».

A Almaty, la capitale économique, le même motif a été retenu contre cinq militants impliqués dans les manifestations des dernières semaines.  Deux autres personnes ont été mises en garde à vue dans la région d’Almaty. A Ouralsk, dans l’ouest du pays, Djanat Ecentaev, un musicien connu pour ses textes engagés, a lui été mis derrière les barreaux pour trois jours.

La vague d’arrestation a également touchée Astana, la capitale. Maksat Iliasouly, un représentant de la société civile ayant participé à la commission mise en place par le pouvoir pour trouver une issue à la crise, a écopé le 17 mai de 10 jours de détention pour « appels à des actions de protestation illégales ». La veille, un autre activiste avait déjà été arrêté à Astana.

Trois semaines de crise

La réforme de la propriété agricole, qui devait entrer en vigueur début juillet, secoue le Kazakhstan depuis près de trois semaines. Le texte doit faire passer de 10 à 25 ans la durée maximale de location de terres agricoles par des étrangers. Il prévoit également que seules les entreprises dont sont propriétaires des citoyens kazakhs auront la possibilité d’acheter des parcelles agricoles.

Toutefois, la peur d’un accaparement des terres par de capitaux étrangers, notamment chinois, apparaît comme l’une des principales préoccupations des manifestants. Cette crainte, portée par la mouvance nationaliste, est soutenue par une corruption endémique qui peut rendre difficile la bonne application du texte. Le mécontentement se nourrit également de la crise économique qui frappe durement le Kazakhstan. Les effets de cette crise, liée à la baisse du prix du pétrole et aux fluctuations monétaires, sont particulièrement violents dans les régions pétrolifères de l'ouest du pays, où a commencé la contestation.

Lire aussi sur Gare de l’Est : Kazakhstan : la question des terres agricoles s'invite aux célébrations du 1er mai

La maladresse et l’incapacité des autorités à dialoguer avec les manifestants n’ont pas amélioré les choses.  « Nous aurions du expliquer aux personnes qui n’ont pas compris qu’il ne s’agissait pas de vendre des terres agricoles », a tenté d’expliquer Nouzsoultan Nazabaiev, le président kazakh. Après la démission du ministre de l’agriculture et de l’économie, le chef de l’Etat  a concédé à une suspension temporaire du texte et à la tenue d’une commission spéciale entre représentants de la société civile et de l’Etat. Cette dernière n’a pas eu le succès escompté et plusieurs activistes, dont certains ont été arrêtés le 17 mai, ont refusé d’y participer davantage. 

Des appels à une manifestation d’envergure nationale le 21 mai circulent sur les réseaux sociaux, de même que des messages mettant en garde contre les « provocateurs » et autres « ennemis de l’intérieur ».

R.C.

Sources :

Radio Azzatyk
Eurasianet

17/05/2016 - Chasse à l’homme en Tchétchénie

Dans la nuit du 12 au 13 mai, la maison de Ramazan Djalaldinov, habitant le village de Kenkhi en Tchétchénie, a été incendiée, sans aucun doute en représailles d’une vidéo adressée à Vladimir Poutine dans laquelle il se plaignait du gouvernement tchétchène.

Tout commence le 14 avril dernier. Ce jour là, Tchernovik (un média daghestanais) publie la vidéo de M. Djalaldinovsur son site. Les images montrent l’état de délabrement du village : l’argent envoyé pour reconstruire les maisons détruites pendant les deux guerres de Tchétchénie n’est jamais arrivé jusqu’à Kenkhi. M. Djalaldinov déplore également les conditions de vie difficiles des habitants du village. Cette vidéo lui vaut immédiatement de nombreuses menaces. Il est alors contraint de s’exiler au Daghestan. Le 6 mai, Ramzan Kadyrov se rend à Kenkhi et traite M. Djalaldinov de menteur : « Un Tchétchène qui dit ce genre de choses devrait être chassé de la république, un tel homme ne mérite pas d’y vivre. »

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Dans la nuit du 12 au 13 mai, une dizaine d’hommes masqués entrent dans la maison où résident encore la femme et les trois filles de M. Djalaldinov. Ils les font sortir et mettent le feu au logement. Les membres de la famille sont ensuite conduits au Daghestan où on leur confisque leurs passeports, « pour que [leurs] pieds ne foulent plus le sol tchétchène », leur aurait-on dit.

Les autorités tchétchènes ont tout d’abord nié l’incendie ou remis la faute sur M. Djalaldinov lui-même. En effet, Ramzan Kadyrov, président de la république de Tchétchénie, accuse une nouvelles fois  M. Djalaldinov sur son compte Instagram : « Des informations soutenant que quelqu’un a incendié la maison de Djalaldinov circulent. C’est un mensonge. J’ai demandé une vérification rigoureuse de cet événement. En fait, Djalaldinov a lui-même enlevé sa famille et a simulé l’incendie criminel de sa maison ». Alvi Karimov, l’attaché de presse de M. Kadyrov, va plus loin : « Je suis certain qu’il n’y a pas eu d’incendie. C’est un village perché dans les montagnes, alors même avec 50 tonnes d’essence, comment peut-on mettre le feu à une maison en pierre ? »

Mais les choses se compliquent. Depuis le 14 mai, les forces de l’ordre entourent le village de Khekhi. Un habitant, interrogé par Kommersant sous le pseudonyme d’Issa, explique la situation : « Depuis samedi ils se tiennent devant l’entrée du village, comme pendant la guerre. […] En plus, ils nous convoquent à tour de rôle au poste de police de Charoï et nous harcèlent pour savoir où se trouve Ramazan [Djalaldinov]. Ils nous demandent aussi pourquoi nous le soutenons. Et c’est comme ça depuis déjà plusieurs jours ».

M. Djalaldinov a notamment été accusé de complicité avec les rebelles tchétchènes et de diffamation. Pour l’attaché de presse de M. Kadyrov, Alvi Karimov, « la justice a validé des faits prouvant que cet homme a sympathisé avec les maquisards [les rebelles tchétchènes] ».

M. Djalaldinov refuse de revenir sur ses propos et de s’excuser, mais il promet de ne plus faire d’allocution publique si les forces de l’ordre laissent les habitants de Kenkhi tranquilles. L’un d’eux a été arrêté et mis en garde à vue pendant cinq jours, tandis qu’une dizaine d'autres a quitté le village de peur de se faire poursuivre en justice. M. Karimov a affirmé que Ramazan Djalaldinov pouvait revenir chez lui sans crainte. Cependant, ce dernier n’en a aucunement l’intention et préfère rester au Daghestan, où il est soutenu par les journalistes de Tchernovik et reçoit l’aide du Comité pour la prévention de la torture.

Les autorités du Daghestan, où se sont réfugiés M. Djalaldinov et sa famille, essaient d’apaiser la situation. Le 14 mai, une délégation daghestanaise a été envoyée dans le village de Kenkhi, mais n’a pas pu avoir accès au lieu de l’incendie.

C.C.

La vidéo de Ramazan Djalaldinov (en russe) : https://youtu.be/T_oDJXutJJc

Sources :

http://chernovik.net

https://meduza.io

http://grani.ru

http://www.kommersant.ru

 

17/05/2016 - Crimée : les autorités démentent la baisse du nombre de touristes russes

Le gouvernement de la République de Crimée, par la voix de son vice-premier ministre, Ruslan Balbek, a réfuté l’information selon laquelle les touristes russes seraient moins nombreux à se rendre dans la péninsule.

Lundi 16 mai, le journal Kommersant avait affirmé, en se basant sur les chiffres publiés par un site de réservation russe, que l’achat de billets d’avion pour la Crimée était en baisse de 25% par rapport à l’année dernière. Cette baisse, confirmée par d’autres plateformes de réservation, coïncide avec l’augmentation de la demande pour l’Arménie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan, notait Kommersant.

 « Nous avions anticipé cette baisse en nous basant sur les conclusions tirées de la dernière saison estivale : les infrastructures de Crimée n’offrent pas une qualité de service comparable à celle de la Turquie et de l’Egypte, à laquelle les touristes russes sont habitués. Par ailleurs, beaucoup de vacanciers ayant visité la Crimée ne sont pas encore prêts à en faire une destination régulière », explique le directeur du site de réservation cité par Kommersant.

Kommersant remarque que cette baisse d’intérêt ne concernerait que l’achat de billets d’avion. Cette nuance n’a toutefois pas empêché les autorités criméennes de qualifier l’information véhiculée de « preuve d’incompétence ou de falsification d’information ».

Le gouvernement criméen s’attend, quant à lui, à une hausse de 30% du nombre de touristes en 2016. Cette hausse pourrait être encouragée par la baisse, pour cause de tensions diplomatiques et sécuritaires, du nombre de touristes russes se rendant en Turquie et en Egypte.

L’activité touristique demeure l’une des principales ressources de la Crimée, qui souffre d’une situation économique difficile depuis son rattachement à la Russie, en mars 2014. Le 11 mai, les autorités russes ont inauguré la dernière branche de la ligne électrique devant permettre de rompre la dépendance énergétique de la presqu’île à l’égard de l’Ukraine.

 

Source :

Meduza.io
kommersant.ru
ria.ru

13/05/2016 - Serbie : des démolitions sauvages suscitent la colère à Belgrade

Mercredi 11 mai, des milliers de Serbes ont pris part à une manifestation à Belgrade pour demander la démission de plusieurs représentants de l’Etat. Les manifestants les accusent d’avoir fomenté ou du moins fermé les yeux sur les démolitions survenues dans la nuit du 24 avril dans le quartier Savamala à Belgrade.

Dans la nuit du 24 au 25 avril, juste après les élections législatives, une trentaine d’hommes cagoulés munis de battes de baseball et équipés de bulldozers ont démolis plusieurs bâtiments dans une rue du quartier de Savamala. Ils ont terrorisé les témoins, notamment en les ligotant et en les volant. Le fait le plus surprenant reste l’attitude de la police, qui, contactée par de nombreuses personnes assistant à la scène, a refusé d’intervenir.

Sasa Jankovic, défenseur des droits des citoyens serbes, a publié un rapport sur cet événement le 9 mai. « Ces omissions dans le travail de la police ne sont pas le résultat d’erreurs individuelles, mais ont été organisées et mises en œuvre dans le cadre d’un plan préparé à l’avance », souligne M. Jankovic. L’enregistrement d’une discussion entre un policier et son supérieur confirme bien les suppositions du défenseur des droits : « Cette personne est ligotée, elle a appelé la police municipale qui l’a repoussée. Est-ce qu’on doit l’aider ? Non ? Ok, c’est non. »

Le quartier de Savamala, très festif, est voué à la destruction pour laisser place à un projet immobilier de luxe soutenu par l’Etat, le Belgrade Waterfront. Financé par une société basée à Abou Dhabi, ce projet est très controversé au sein de la population serbe, notamment parce qu’il serait anticonstitutionnel. Les rumeurs accusant l’Etat d’être complice de ces casseurs vont donc bon train, en particulier à cause du comportement surprenant de la police.

Ainsi, mis devant le fait accompli, les représentants officiels de Belgrade, sont allés jusqu’à nier que les démolitions aient eu lieu, malgré un grand nombre de témoins, enregistrements à l’appui. « Personne n’a signalé quoi que ce soit à la police et il est certain que personne n’a rien vu de tout ça. Ce ne sont que des rumeurs colportées par quelques personnes », a affirmé Nikola Nikodijevic, président de l’assemblée municipale de Belgrade, le 1er mai.

Aleksandar Vucic, premier ministre de la Serbie, a expliqué que ces bâtiments avaient été construits illégalement - leur démolition était d’ailleurs prévue pour le 30 juin - et que l’affaire n’était donc pas si importante. « Si un fonctionnaire a fait cela, alors c’est un parfait idiot et il devra être puni. Ç’aurait été bien mieux s’il avait commis ces démolitions en plein jour », a-t-il ajouté. Il a ensuite détourné la conversation en enchaînant sur les crimes commis par les propriétaires de ces bâtiments, construits dans l’illégalité.

Une enquête préliminaire a tout de même été ouverte, mais ce n’est pas suffisant pour le mouvement Let’s Not Drown Belgrade (Ne davimo Beograd, en serbe), organisateur de la manifestation du 11 mai, qui réclame la démission du ministre de l’Intérieur serbe, du maire de Belgrade, du chef de la police et d’autres fonctionnaires. Radomir Lazovic, membre de Let’s Not Drown Belgrade, affirme : « Les cagoules ne servaient pas aux casseurs à dissimuler leur identité, elles étaient là pour nous faire peur, pour nous montrer qu’ils ne sont pas là pour plaisanter, qu’ils détiennent le pouvoir et que tout repose entre leurs mains. Mais ça n’a pas marché, et nous sommes tous là aujourd’hui pour leur dire que ça ne passera pas. »

L’organisation Let’s Not Drown Belgrade a promis d’organiser une nouvelle manifestation si les responsables dont ils ont exigé la démission ne quittaient pas leurs fonctions dans les deux semaines.

C.C.

Sources :

http://www.balkaninsight.com

http://www.euractiv.com

http://www.globalpost.com

http://www.b92.net

 

13/05/2016 - Ukraine : le format Normandie toujours divisé sur les élections dans le Donbass

Une nouvelle réunion du Format Normandie (configuration diplomatique rassemblant l’Allemagne, la Russie, l’Ukraine et la France et visant à faciliter le processus des accords de Minsk conclus en février 2015 et pour l’instant au point mort) a eu lieu le 11 mai à Berlin en présence  des ministres des Affaires étrangères des quatre pays.

A la veille de la réunion, Dimitri Peskov, porte-parole du président russe, a déploré : « Pour l’instant, la situation est navrante en ce qui concerne l’application des accords de Minsk ». En effet, les négociations s’éternisent et ne semblent pas aboutir. Pour Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères allemand, « les accords de Minsk ne peuvent pas traîner éternellement, c’est pourquoi nous n’avons pas seulement besoin d’un engagement clair de toutes les parties lors de cette réunion, il nous faut aussi du concret ».

Cette rencontre devait être l’occasion d’aborder les thèmes énumérés dans les accords de Minsk, dont le respect du cessez-le-feu instauré fin avril, la tenue d’élections locales, l’amnistie, les réformes constitutionnelles de la région et la question de l’échange de prisonniers. Le sujet des élections locales dans le Donbass pose tout particulièrement problème dans les négociations. En effet, selon la loi ukrainienne, des élections devraient prochainement avoir lieu dans les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk (ces deux républiques ont elles-mêmes fixé les élections au 24 juillet). Les positions divergentes des quatre pays sur la question compliquent toutefois la situation.

Pour la Russie, la priorité doit être donnée aux élections, qui permettraient de clarifier la situation politique et de réformer la région, ce qui mènerait à son tour vers la résolution du conflit. L’Allemagne et la France considèrent qu’il faut d’abord assurer la sécurité dans la région, sans quoi il est impossible d’organiser sérieusement des élections. Enfin, l’Ukraine souhaite réaliser ses obligations dans l’ordre : d’abord assurer la sécurité dans la zone, ensuite regagner le contrôle sur la frontière et finalement mener les élections.

Au micro de la radio ukrainienne Golos Stolitsy, Mikhaïl Pogrebinski, directeur du Centre de recherches politiques et d’étude des conflits à Kiev, qui voit dans cette dernière réunion un véritable échec politique, explique pourquoi Kiev repousse les élections : « Kiev va tout faire pour empêcher la tenue de ces élections et ne reconnaîtra pas les personnes qui seront élues par la population du Donbass […]. Cela signifie qu’une partie du territoire ukrainien va nommer des représentants en désaccord avec les autorités de Kiev […]. Si aucun bouleversement décisif n’intervient à l’intérieur de la classe dirigeante ukrainienne, plaçant au pouvoir des personnes qui acceptent d’accorder l’autonomie au Donbass, alors les négociations sont vouées à rester au point mort. »

Enfin, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe, conclut sur le problème des élections : « Nous ne pouvons pas concrètement avancer sur ce sujet, et ce parce que la résolution de tous ces problèmes nécessiterait une discussion franche entre Kiev, Donetsk et Lougansk ».

Si la question des élections n’a pas été réglée à l’issue de la réunion, quelques progrès ont toutefois été réalisés, notamment sur la question du retrait des armes lourdes dans la région et la création d’une zone démilitarisée.

C.C.

Sources :

http://kommersant.ru

http://rian.com.ua

http://www.vedomosti.ru

http://www.rbc.ru

http://newsradio.com.ua

12/05/2016 - Ouzbékistan : l'armée, entre grandeur et décadence

L’armée ouzbèke, considérée comme la plus puissante d’Asie centrale, peut-elle vraiment faire face aux défis du XXIème siècle ? C’est la question que s’est posée Vitali Volkov, journaliste pour le site d’information, Deutsche Welle.

Le classement est sans appel. Selon le Global Firepower Index (GFI), l’armée ouzbèke surclasse ses voisins d’Asie centrale. En arrivant à la 54ème place, Tachkent se retrouve devant le Kazakhstan (66ème) et loin devant le Turkménistan (90ème). Une supériorité que reconnait une source kazakhe citée par Deutsche Welle (DW) : « Nous n’avons même pas de quartier général moderne, alors que les Ouzbèkes possèdent un véritable commandement unifié. Un système rationalisé coordonnant les différentes structures militaires leur permet de répondre en fonction du type de menaces. »

Pour un expert russe, interrogé par DW, cette longueur d’avance s’explique par le fait que les autres républiques centrasiatiques dépendent principalement des importations étrangères. A l’inverse, selon ce spécialiste, Tachkent bénéficie toujours des équipements de l’important complexe militaro-industriel installé par les Soviétiques.

Toutefois, les ambitions de l’armée ouzbèke ont un problème de taille : le passage du modèle soviétique à une doctrine inspirée de celle de l’OTAN. Bien que soutenue fermement par les autorités ouzbèkes, cette doctrine a souffert, selon l’expert russe, du désengagement militaire de l’OTAN en Afghanistan et du manque d’intérêt des Américains à partir du massacre d'Andijan, puis de la fin des années 2010.

Des doutes sur les capacités militaires ouzbèkes

Outre des problèmes de doctrine, l’armée ouzbèke pâtit d’obsolescence : « Les équipements, soviétiques dans leur ensemble, vieillissent. Cela nécessite l’importation de pièces détachées occidentales et d’éléments étrangers », poursuit l’expert russe.

En effet, le classement GFI ne prendrait pas en compte le facteur humain et l’état de l’équipement. Selon une analyste citée par Deutsche Welle, les jeunes pilotes ouzbeks manquent ainsi cruellement de moyens pour leur formation. D’autant plus que l’armada de tanks laissée par les Soviétiques à la fin de la guerre en Afghanistan serait largement surestimée.

A ces carences s’ajoute une expérience militaire déclinante. D’après le spécialiste russe cité par DW, les enseignements que tirait autrefois Tachkent, notamment à travers sa collaboration avec les milices ouzbèkes combattant en Afghanistan, ne serait plus suffisante aujourd’hui pour faire face aux groupes islamistes présents dans la région (Talibans et Etat islamique en tête), d’où la volonté ouzbèke de renforcer ses capacités militaires.

Retour vers la Russie ?

D’après un expert cité par DW, la possibilité d’une coopération militaire aurait été évoquée lors d’une rencontre entre les chefs d’Etat ouzbek et russe fin avril 2016. A l’inverse, selon un politologue ouzbek, le thème aurait été soigneusement évité lors de la dernière visite du secrétaire d’Etat américain en Ouzbékistan.

Cela étant, les lignes divergentes restent nombreuses entre Tachkent et Moscou. L’Ouzbékistan prend grand soin d’éviter de retomber dans l’orbite russe. A titre d’exemple, DW rapporte qu’un cortège à la mémoire des participants de la Seconde guerre mondiale a été interdit de participer aux célébrations du 9 mai à Tachkent. L’armée ouzbèke compte également sur l’étranger. En 2015, l’armée a ainsi acheté plusieurs lance-missiles à la Corée du Nord. « Des copies d’un modèle russe », rapporte une source citée par DW, « mais d’une qualité nettement inférieure ».

R.C.

Source :
Deutsche Welle

 

11/05/2016 – Russie : le ministère de la Justice intensifie la lutte contre les « agents de l'étranger »

Dans son rapport annuel adressé à la Douma d’Etat, le ministère de la Justice russe a proposé, mercredi 11 mai 2016, que toute critique de la loi sur les agents étrangers soit considérée comme un prétexte suffisant, car équivalent à un acte politique, pour inscrire une ONG sur la liste des agents étrangers.

Cette loi permet notamment d’identifier les ONG bénéficiant de financements étrangers et exerçant une activité politique. La définition du terme « activité politique » reste toutefois à définir, et c’est bien sur ce point que porte le débat.

Le ministère de la Justice, lui, propose la définition suivante dans son rapport : « activité visant à discréditer la politique extérieure et intérieure et les décisions du gouvernement (dont celles relatives aux événements en Ukraine) ». Selon le site d’information Slon.ru, les activités suivantes entrent également dans la définition présente dans le projet de loi : le fait d’exiger une modification de la législation, l’observation de la tenue d’élections, la diffusion de son point de vue sur la politique de l’Etat et la réalisation de sondages.

L’association Golos, qui milite pour des élections libres en Russie et dont le nom apparaît dans la liste des agents étrangers, a déposé sans succès plusieurs demandes afin d’être retirée de ce registre. Cette ONG est considérée comme un agent étranger car le fonds Golos-Oural, qui y est rattaché, a reçu un don de 1 000 roubles (un peu moins de 15 euros) de la part d’un citoyen ukrainien. Grigori Melkoniats, fondateur de Golos, explique : « Golos n’a matériellement jamais reçu de financement étranger, mais des raisons indirectes ont été inventées pour pouvoir le classer comme agent étranger, une pratique qui va à l’encontre de la législation. »

Aujourd’hui, 126 ONG figurent sur le registre des agents étrangers. Pour la seule année 2015, 81 y ont été inscrites, presque le triple du chiffre de 2014. Le ministère de la Justice affirme que la somme totale de financements étrangers reçue par les ONG reconnues comme agents étrangers s’élevait à 950 millions de roubles (12,8 millions d’euros).

Si les ONG concernées ne s’inscrivent pas d’elles-mêmes sur le registre des agents étrangers, elles écopent d’une amende. L’inscription sur le registre n’est toutefois pas la fin du calvaire. En cas de refus ou d’omission du tampon « agents étrangers » sur leur production, d’autres amendes assez élevées sont prévues à leur encontre.

En 2015, 53 ONG ont été sanctionnées pour ne pas s’être inscrites dans le registre. Le montant total des amendes a atteint 12,6 millions de roubles (environ 170 000 euros). Quelque 10 autres ONG ayant refusé de marquer leur production des mots « agents étrangers » ont, elles, dû payer au total 5,25 millions de roubles (environ 70 000 euros).

Selon Kirill Koroteiev, juriste pour l’ONG de défense des droits de l’homme Memorial, également inscrite sur le registre des agents étrangers, si peu d’ONG ont été ajoutées au registre en 2016, c’est parce que les autorités se sont focalisées sur les organisations déjà inscrites : « Elles [les ONG classées comme agents étrangers] sont accablées d’amendes élevées pour ne pas avoir marqué leur matériel ou pour ne pas s’être inscrites sur le registre, certaines sont aussi victimes de tentatives de liquidation. »

Le ministère de la Justice voudrait aussi avoir accès aux informations fiscales et bancaires des personnalités juridiques russes. L’idée serait de vérifier que celles faisant des dons à des ONG ne reçoivent pas elles-mêmes un financement étranger.

En revanche, parmi les ONG dites « agents étrangers », les organisations caritatives pourraient s’en tirer à bon compte. En effet, le Président Vladimir Poutine lui-même a demandé à la Douma d’assouplir la loi définissant l’activité politique des agents étrangers afin d’épargner ce type d’associations. Les députés proposent donc de retirer un paragraphe de la définition du terme « activité politique ».

C.C.

 

Sources :

https://www.vedomosti.ru

https://meduza.io

https://slon.ru

http://www.svoboda.org

11/05/2016 - Russie : des élus allemands d'Alternativ für Deutschland souhaitent mettre fin aux sanctions

Le 11 mai, des élus régionaux du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’opposition en Allemagne soutenant une politique eurosceptique et anti-immigrés, ont présenté une résolution en faveur de l’annulation des sanctions antirusses devant le gouvernement du Bade-Wurtemberg, un Land situé au sud-ouest de l’Allemagne, dont la capitale est Stuttgart. Udo Stein, initiateur de cette motion, explique : « Notre fraction a présenté au gouvernement du Land un document soulignant la nécessité du retrait des sanctions contre la Fédération de Russie. Il devra l’examiner dans le courant des deux prochaines semaines pour ensuite transmettre le dossier au parlement du Land. »

Les sanctions contre la Russie auraient des effets particulièrement nocifs dans la région de Bade-Wurtemberg, où plus de 900 entreprises possèdent une antenne en Russie, ce qui mettrait en péril environ 42 000 emplois. M. Stein s’est confié au journal russe Izvestia : « Les sanctions antirusses doivent être annulées, elles se retournent contre nous et ont des effets néfastes sur notre économie. La Russie est l’un des partenaires les plus importants du Bade-Wurtemberg, il ne faut pas que nos relations commerciales se dégradent. ». En effet, depuis l’année dernière, les recettes du commerce entre l’Allemagne et la Russie ont baissé de 25%, ce qui se traduit par une perte de 12 milliards d’euros pour l’Allemagne.

Selon Markus Frohnmaier, membre de l’AfD, la résolution sur l’annulation des sanctions sera transmise à tous les autres parlements fédéraux où siègent des membres de l’AfD (c’est-à-dire 8 sur 16). « Avec une telle initiative, nous voulons faire comprendre au gouvernement fédéral que le retrait des sanctions et un retour à des relations normales avec la Russie sont nécessaires pour l’Allemagne », soutient M. Frohnmaier. L'AfD a réalisé une percée remarquée lors des trois élections régionales de mars 2016.

Pour mémoire, le 22 décembre 2015, l’Union européenne a décidé de prolonger les sanctions contre la Russie jusqu’au 31 juillet 2016. A l’été 2015, le Comité oriental de l’économie allemande, une organisation défendant les intérêts des entreprises allemandes investissant en Europe de l'Est, avait demandé sans succès la levée des sanctions.

En ce qui concerne la France, l’Assemblé nationale a adopté, le 28 avril dernier, une résolution invitant le gouvernement français à lever les sanctions imposées à la Russie. Si ce texte n’est pas contraignant, son adoption reste toutefois un symbole de taille.

Au contraire, le 8 mai, le président ukrainien Petro Porochenko a fustigé l’assouplissement des Européens concernant les sanctions : « De temps en temps, une rumeur sur l’inefficacité des sanctions se fait entendre dans certains pays européens. Et alors ! Si elles ne sont pas assez efficaces, il ne faut pas les lever ou les atténuer, au contraire, il faut les prolonger et les renforcer ! »

C.C.

Sources :

http://izvestia.ru

http://www.pravda.ru

https://life.ru

10/05/2016 - Macédoine : une nouvelle marche de l’opposition albanaise sous le signe du nationalisme

La coalition de partis albanais a organisé cette marche afin de commémorer les affrontements meurtriers survenus il y a un an à Koumanovo, une ville macédonienne où vit une importante minorité albanaise, et qui opposèrent la police à un obscur groupe albanais supposé terroriste. Le bilan de ces événements s’élevait à 8 morts et 37 blessés dans les rangs de la police, ainsi que 10 morts parmi les prétendus terroristes albanais.

La manifestation du 9 mai a été initiée par le Conseil de l’Opposition, lui-même mené par le mouvement Besa, un parti politique créé par de jeunes intellectuels déçus par les partis albanais traditionnels. Cette marche a notamment été un test pour les partis politiques albanais : sont-ils capables de rassembler les Albanais de Macédoine sous leur égide ? Si de nombreux partis politiques albanais ont donc participé à la marche, cela n’a pas été le cas du Parti démocratique des Albanais, le plus gros parti d’opposition albanais en Macédoine. En effet, ce dernier n’y était pas le bienvenu, n’étant pas considéré comme un véritable parti de l’opposition par les organisateurs de l’événement.

Ainsi, lundi 9 mai, plus de 20 000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale macédonienne, pour arriver jusque devant le bâtiment du gouvernement.

Le cortège des manifestants était fortement marqué par le nationalisme albanais : hymne albanais entonné au début de la manifestation, drapeaux et symboles albanais brandis par la foule et ainsi de suite. Kim Mehmeti, porte-parole du Conseil de l’Opposition, explique ce déversement nationaliste : « Cela fait 26 ans que nous attendons d’avoir un paragraphe albanais dans l’hymne macédonien… ou un aigle sur le drapeau macédonien ou encore un président ou un Premier ministre albanais ». Les organisateurs de la marche ont refusé la présence de partis politiques non albanais : c’était donc une manifestation pour les droits des Albanais et non pour l’opposition politique macédonienne dans son ensemble.

Le slogan des manifestants était : « Justice, dignité et démocratie ». Ils exigent en effet la création d’une Cour spéciale pour traiter les affaires impliquant des Albanais, qui ne seraient pas jugés de façon équitable. Cette requête fait d’ailleurs suite à l’annonce très controversée du président GjorgeIvanov sur l’interruption des enquêtes criminelles sur des hommes politiques hauts placés, le 12 avril.

Les organisateurs de la manifestation ont comparé l’événement au début de la reconquête de l’Europe par les alliés. Selon eux, le fascisme est toujours présent en Macédoine : « Le fascisme a beau avoir été vaincu il y a 71 ans, ici en Macédoine, quelqu’un essaie de le ranimer. Certains partis macédoniens et albanais ne veulent pas d’une Europe unie, et nous ne ferons désormais plus preuve de tolérance envers eux », a déclaré M. Kasami.

Cette comparaison incarne la colère d’une majorité d’Albanais contre le gouvernement actuel, et notamment contre Ali Ahmeti, leader du parti albanais Union démocratique pour l’intégration, proche du parti au pouvoir. Un jeune manifestant, Ridvan Azizi, témoigne : « Je suis venu ici parce que je suis victime de discrimination partout où je vais : à l’école, dans la rue par la police et même dans les structures de l’Etat. Mais je n’en veux pas tant à Gruevski qu’à Ali Ahmeti, il a toujours compté sur le vote des Albanais ». L’homme politique albanais a d’ailleurs été hué par la foule sous le nom de « Ali le traître ».

Le député kosovar, Albin Kurti, était présent lors de la marche et a confirmé son soutien au mouvement d’opposition albanais : « En Macédoine, le régime discrimine les Albanais, les maltraite et les exploite sur le plan économique. Les Albanais, où qu’ils vivent, doivent se joindre à ces protestations. Le temps des conférences de presse et des grandes déclarations est fini, il faut désormais descendre dans la rue ». Selon Balkan Insight, les organisateurs de la marche ont soutenu que ces protestations pourraient laisser place à la violence si elles n’étaient pas rapidement prises en compte.

C.C.

Source :

http://balkaninsight.com

09/05/2016 – Russie : attentat contre un poste de contrôle près de Grozny

Deux hommes armés ont mené, lundi 9 mai au matin, une attaque contre un check-point tenu par des policiers tchétchènes dans la région de Grozny.  Un des assaillants a été abattu et le deuxième s’est fait exploser. Un policier a été tué dans l’explosion et six autres blessés, dont trois sont toujours dans un état grave. Il s’agit de fonctionnaires du ministère de l’Intérieur originaires de la République de Bachkirie. Le ministère n’a pas donné d’informations sur les raisons de leur présence en Tchétchénie.

La puissante explosion déclenchée par le kamikaze était apparemment suffisante pour « détruire un engin blindé », a expliqué un officier des services de sécurisé au site d’information Kavkazki Ouziel.  L’attaque a eu lieu à Alkhan-Kala, au sud-ouest de Grozny, un village qui fut le théâtre de combats et d’opérations militaires importantes lors des guerres tchétchènes des années 1990 et 2000.

Lire aussi sur Gare de l’Est : Un rapport s’inquiète sur les risques d’un nouvel embrasement en Tchétchénie

Selon le ministère de l’Intérieur russe, repris par Life.ru, les deux hommes ont été identifiés comme étant Djamil Djanaraliev, 28 ans, et Akhmed Inalov, 25 ans.

Mardi 10 mai, une perquisition a été menée au domicile du premier. Ses frères et sa femme, toujours selon Life.ru, ont été arrêtés et interrogés par la police. Des proches du jeune homme ont affirmé qu’ils le soupçonnaient de vouloir se rendre en Syrie depuis l’Allemagne, où il avait séjourné il y a quelques années.

La mairie de Grozny et le président de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, ont annoncé que les services de sécurité tchétchènes étaient informés de la radicalisation de Djamil Djanaraliev et avaient « fait beaucoup d’effort » pour l’empêcher de rejoindre la Syrie. « Ses proches ont confirmé qu’il avait pris conscience de son acte et avait rejoint la bonne voie », a écris le leader tchétchène sur son compte Instagram. « Les forces de sécurité n’ont plus l’intention de se fier à de tels propos », a-t-il poursuivi, ajoutant que de nouvelles opérations seraient conduites pour lutter contre le terrorisme.

Lire aussi sur Gare de l’Est : Situation en Tchétchénie : entretien avec Oleg Khabibrakhmanov, défenseur des droits de l’homme

La précédente attaque à Grozny et dans ses environs datait du 4 décembre 2014. Ce jour là, des hommes armés avaient pris le contrôle de la maison de la presse, dans le centre de la capitale tchétchène. Onze assaillants, un civil et quatorze policiers avaient été tués lors de l’attaque. Le président tchétchène avait alors promis de brûler les maisons appartenant à la famille des insurgés impliqués dans l’assaut. Des déclarations qui avaient été vivement critiquées par les organisations de défense des droits de l’homme travaillant dans la région.

La république voisine du Daguestan est également en proie à des attaques terroristes régulières. Entre janvier et novembre 2015, selon Kavkazki Ouziel, près de 120 personnes y ont été tuées lors d’affrontements.  L’Organisation état islamique, auquel a prêté allégeance la rébellion islamiste du Caucase russe, a revendiqué deux fusillades mortelles au Daguestan en décembre 2015 et en mars 2016.

R.C.

Sources :

Kavkazki Ouziel
Life.ru
Tass.ru
Snob.ru

 

09/05/2016 - Ukraine : une cérémonie du 9 mai agitée à Kharkiv

Comme dans d’autres pays post-soviétiques, la victoire sur le nazisme lors de la seconde guerre mondiale est célébrée le 9 mai en Ukraine. Depuis le début de la guerre du Donbass, c’est aussi l’occasion de ranimer l’animosité entre pro-russes et pro-ukrainiens.

Ce 9 mai, alors que le conseiller municipal de la ville de Kharkiv, Andreï Lessik, membre d’une organisation pro-russe, le Choix ukrainien (fondé en 2012 par Viktor Medvedtchouk, un homme politique et oligarque pro-russe ami de Vladimir Poutine), dépose une gerbe de fleurs sur le Mémorial de la Gloire, une bagarre éclate dans le cortège des manifestants. Un jeune militant pro-ukrainien aurait remarqué un ruban de Saint-Georges sur les vêtements de M. Lessik, ce qui aurait provoqué la rixe dans laquelle deux personnes ont été blessées, dont un policier qui s’en est sorti avec un nez cassé.

En effet, le ruban de Saint-Georges est un symbole du patriotisme russe hérité de l’Empire tsariste. Il fait notamment référence à la médaille militaire soviétique « Pour la victoire sur l’Allemagne dans la Grande Guerre Patriotique de 1940-45 ». Depuis 2005, des rubans sont gratuitement distribués dans les rues de Moscou la veille du défilé. En Ukraine, en revanche, il est associé au nationalisme russe et au mouvement séparatiste.

Ainsi, durant la cérémonie du 9 mai à Kharkiv, des représentants de Gromadska Varta (la Garde civile, en ukrainien), une organisation pro-ukrainienne, ont interdit l’accès à la flamme éternelle aux personnes portant un ruban de Saint-Georges. Les policiers ont d’ailleurs demandé aux personnes arborant ces rubans de les retirer.

Des activistes du Régiment Azov, de Secteur droit et de Gromadska Varta chargés de garantir le maintien de l’ordre lors de la cérémonie du 9 mai à Kharkiv s’attendaient à de tels accrochages, le port du ruban de Saint-Georges étant perçu comme un signe de provocation.

Kharkiv, ville d’environ 1,5 million d’habitants, est la métropole ukrainienne la plus proche de la frontière russe. Proche du Donbass, elle a accueilli environ 100 000 réfugiés depuis le début du conflit au printemps 2014. Foyer de l’organisation pro-russe Oplot, connue pour sa violence, Kharkiv était toutefois beaucoup plus calme ces derniers mois. Signe de cet apaisement, le 11 avril, le démantèlement complet du monument de Lénine à Kharkhiv, autrefois le plus grand d’Ukraine, s’était déroulé sans heurts. La statue avait été renversée par des manifestants pro-ukrainiens en septembre 2014, mais le socle monumental était toujours en place.

Les velléités d’autonomie vis-à-vis de Kiev persistent toutefois. Le 9 mai, une pétition réclamant un statut spécial pour l’oblast de Kharkiv a été signée par plus de 25 000 personnes. Ce statut donnerait à la région une autonomie relative, lui permettant d’améliorer son développement socio-économique selon ses défenseurs. Cette initiative « doit devenir un exemple concret de décentralisation dans le contrôle de l’économie des régions dans un pays uni et autonome », peut-on lire dans la pétition.

C.C.

Vidéo de l’accrochage entre pro-russes et pro-ukrainiens à Kharkiv : https://www.youtube.com/watch?v=ANrZKMgoBOc

Sources :

http://nv.ua

http://zn.ua

http://gordonua.com

http://interfax.com.ua

 

09/05/2016 - Russie : Moscou s’offre sa parade de la victoire la plus modeste en trois ans

Près de 10 000 personnes et 71 avions et hélicoptères de combat ont participé, lundi 9 mai, aux célébrations de la victoire sur l’Allemagne nazie à Moscou, contre respectivement 16 000 et 143 l’année précédente. D’après le site d’information RBS, au 30 avril 2016, le montant (non définitif) des appels d’offre pour l’organisation de l’évènement atteignait 210 millions de roubles, soit bien loin des  810 millions de roubles dépensés pour les 70 ans de la victoire de 1945. En 2014, année du rattachement de la Crimée à la Russie, la parade du 9 mai avait elle aussi été célébrée en grande pompe.

Engagée en Syrie depuis fin septembre 2015, la Russie a fait défiler des avions et des hélicoptères participant au conflit, notamment des chasseurs SU-35. Une parade de la victoire s’est également tenue sur la base aérienne russe de Khmeimim, située en Syrie. Malgré l’annonce du retrait russe, fin mars, l’armée russe participe toujours activement aux combats.

Ces célébrations s’inscrivent dans un contexte économique difficile pour la Russie. Bien que sécurisé, le budget de la défense pâtit également de la crise économique. Mi-avril, le directeur d’Almaz-Antei, une entreprise d’armement russe, avait annoncé que les  systèmes de défense anti-aérien S-400 « Triumph » ne participeraient pas au défilé pour  « des raisons d'économie ». Ces équipements, contre toute attente, ont finalement défilé à Moscou devant les caméras diffusant l’évènement en direct sur tout le territoire russe.

Ces célébrations demeurent très populaires en Russie. Selon Meduza.io, près d’un demi-million de personnes ont participé à Moscou à la marche du « régiment immortel » qui rassemble des proches et des descendants de personnes tombées pendant la Grande guerre patriotique. Des manifestations semblables ont également eu lieu dans les autres villes de Russie et dans les anciennes républiques soviétiques, notamment en Ukraine, au Kirghizstan, au Kazakhstan, au Belarus et en Moldavie.

A Moscou, la parade a également illustré la réorganisation des services de sécurité russes amorcée par Vladimir Poutine.  Des unités de la Garde nationale russe, une nouvelle structure créée le 5 avril et placée sous l’autorité directe du président russe, ont ainsi battu les pavés de la Place rouge. La Garde nationale, forte de 40 000 hommes, rassemblera les unités d’élite du ministère de l’Intérieur et les forces anti-émeutes (OMON). Outre des objectifs sécuritaires, sa création s’explique également, selon plusieurs experts, par des raisons de rigueur budgétaire.

R.C.