Brèves

04/05/2016 - Belarus : Gazprom attaque en justice des entreprises gazières

Alors que le gouvernement bélarusse bataille depuis le début de l’année pour faire baisser le prix du gaz russe, Gazprom a porté plainte contre les entreprises bélarusses de distribution de gaz pour cause d’impayés.

Mardi 3 mai, la filiale russe de Gazprom au Belarus, Gazprom Transgaz Belarus, a déposé une plainte au tribunal d’arbitrage contre la Chambre de commerce et d’industrie du pays. La filiale affirme que les entreprises bélarusses de distribution de gaz sont en retard dans le règlement de leurs factures pour le combustible acheté depuis le 1er janvier 2016. Cela est notamment dû au paiement différé et incomplet des consommateurs bélarusses. Selon le ministère de l’Energie bélarusse, la dette globale sur le paiement du gaz au Belarus serait de 600 millions de dollars.

Cependant, ce problème n’est pas spécifiqueau Belarus selon Alexandre Forlov, adjoint du PDG de l’Institut de l’énergie nationale russe. En effet, la même situation se produit également en Russie : le consommateur ne paie pas tout ce qu’il doit pour le gaz qu’il utilise et le fournisseur principal n’a donc pas d’autre choix que de porter plainte contre le distributeur intermédiaire. « C’est une situation courante. Malheureusement, la dégradation de la situation économique mène toujours à une hausse des défauts de paiement », souligne M. Forlov.

Vladimir Kapoustianski, un expert russe en investissement, soutient toutefois que Gazprom a tort d’intenter des actions en justice dans le contexte actuel. « Si nous ne fournissons plus de gaz, alors la rhétorique de l’opposition, ainsi que celle de M. Loukachenko et de l’Etat bélarusse vont changer. Nous perdrons un soutien et hériterons d’une nouvelle cause de tension. Il faut attendre un peu, le temps que l’équilibre soit restauré et alors, peut-être, pourrons-nous atteindre une certaine sécurité économique et ainsi être en mesure d’imposer nos propres conditions ».

Ce différend intervient alors que l’exécutif bélarusse demande depuis plusieurs mois une baisse du prix du gaz. « Les Bélarusses ont deux motifs principaux pour demander une baisse du prix du gaz. Le premier : le prix du gaz est en baisse dans toute l’Europe. […] Le second : le cours du dollar a grimpé en flèche »,résume Sergueï Pikine, directeur du Fonds de développement énergétique russe.

En avril dernier, des négociations ont eu lieu entre Minsk et Moscou, mais aucun accord n’aété trouvé. Avant cela, le Premier ministre bélarusse, Andreï Kobiakov, avait réclamé que le prix du gaz russe passe de 142 dollars pour 1000 m3 à 80 dollars. Aujourd’hui, il est seulement descendu à 132 dollars.

 

C.C.

Sources :

http://sputnik.by

http://www.kommersant.ru

http://www.gazeta.ru

http://belarusdigest.com

03/05/2016 Russie – « Monstration », un carnaval absurde de la jeunesse à Novossibirsk

Depuis près de dix ans, un événement un peu particulier s’est greffé aux traditionnelles manifestations du 1er mai à Novossibirsk : le défilé de la Monstration (jeu de mots entre monstre et manifestation).

Ce mouvement, lancé par l’artiste Artëm Loskoutov en 2004, est une marche apolitique rassemblant la jeunesse. Leur mission ? Parader avec des pancartes aux slogans absurdes. En bref, une sorte de grand carnaval.

Ce 1er mai 2016, la Monstration a rassemblé entre 1 500 et 2 000 personnes dans les rues de Novossibirsk, non sans quelques difficultés.

En effet, depuis ses débuts, les autorités de Novossibirsk font tout pour empêcher la tenue de ce carnaval de l’absurde. En 2014, l’arrivée au pouvoir d’un maire communiste, Anatoli Lokot, en grande partie élu par le vote des jeunes, avait redonné de l’espoir aux organisateurs. Cependant, en 2015, l’événement a à nouveau rencontré des blocages, notamment à cause de « la pression exercée par l’administration du président, [qui considère ce défilé comme une menace] », avait déclaré la Mairie pour expliquer la position de M. Lokot.

2016 s’est inscrit dans la même lignée : Artëm Loskoutov a dû batailler avec la mairie pour que la Monstration soit autorisée, ce qu’il a finalement obtenu, à la condition qu’elle se greffe à la Vsechestvie (« Défilé pour tous » en russe), la manifestation officielle du 1er mai rassemblant les jeunes. La mairie a déclaré que la Monstration « constituerait une menace à l’ordre public et à la sécurité des citoyens, à la morale et aux bonnes mœurs, ainsi qu’aux valeurs religieuses des habitants orthodoxes de la ville ». En effet, cette année, le 1er mai était aussi le jour de Pâques pour les Orthodoxes.

Les participants ont défilé avec des pancartes aux slogans originaux, ainsi que des déguisements en tout genre. Le slogan officiel du défilé, imprimé en argenté sur une banderole rose, reprenait les paroles d’un fonctionnaire de la mairie refusant d’autoriser l’événement: « Vous n’êtes pas à Moscou ici ».

Artëm Loskoutov reste toutefois assez mécontent du bilan de la manifestation de 2016 : « Je suis très déçu, la Monstration est mauvaise cette année, il y a peu de gens et les pancartes ne sont pas intéressantes ! L’année dernière c’était bien mieux, il y avait les OMON [forces russes de maintien de l’ordre] et la police montée », a-t-il scandé dans son mégaphone alors que le défilé de la Monstration faisait une halte pour ne pas se mélanger à celui de la Vsechestvie.

M. Loskoutov a tout de même été arrêté par la police à l’issue de la manifestation et mis en garde-à-vue pendant 24 heures, comme l’année précédente. Il a été accusé de violation des règles d’organisation d’un événement public et de refus d’obtempérer avec la police. Son audience aura lieu le 6 mai. Selon Interfax, il risque jusqu’à 10 jours d’emprisonnement et 5 000 roubles (65 euros) d’amende.

 

Photoreportage du défilé haut en couleur (en russe) : http://tayga.info/photo/2016/05/01/~127238

Sources :

https://meduza.io

http://tayga.info

http://www.interfax.ru

https://lenta.ru

http://www.novayagazeta.ru

 

 

 

 

 

 

03/05/2016 Moldavie : l’opposition pro-russe bloque temporairement une colonne de l’armée américaine

Ils avaient veillé toute la nuit. Mardi 3 mai, au matin, une dizaine de personnes est parvenue à bloquer pendant quelques heures la progression d’une colonne de véhicules blindés de l’armée américaine en provenance de Roumanie. Menés par Igor Dodon, leader du Parti socialiste, la principale formation d’opposition moldave, les manifestants ont finalement été écartés avec l’aide d’agents du ministère de l’Intérieur. « Le ministère de l’Intérieur est devenu complice de l’occupation de la Moldavie par des soldats étrangers et a violé le principe constitutionnel de neutralité du pays », a affirmé Igor Dodon à l’issue de ce blocage.

L’arrivée en Moldavie de troupes américaines s’inscrit dans le cadre d’exercices militaires menés sous l’égide de l’OTAN. Ces manœuvres, qui mobiliseront environ 200 militaires américains et 165 de leurs homologues moldaves, doivent se tenir du 3 au 20 mai. Ce n’est pourtant pas la première fois que de tels exercices ont lieu : mi-juillet 2015, près de 800 militaires issus d’armées membres de l’OTAN avaient également participé à des exercices en Moldavie. La mobilisation de l’opposition se cristallise surtout autour de la participation de troupes américaines au défilé militaire du 9 mai à Chisinau.

C’est d’ailleurs peu après l’annonce de cette célébration américano-moldave qu’Igor Dodon s’était indigné une première fois : « Nous ne pouvons pas laisser cracher ainsi à la figure des gens et mettons en place des actions de protestation. On repoussera ces engins à coups d’œufs ! ». Le ministre de la Défense moldave, Anatole Salaru, a usé de sarcasme pour répondre à ces accusations. « La cavalerie de Dodon a oublié de partir », a-t-il rétorqué en faisant référence à la présence de militaires russes dans la région sécessionniste de Transnistrie. Ces derniers sont officiellement chargés d’assurer le respect du cessez-le-feu mise en place en 1992 après cinq mois d’affrontements meurtriers entre l’armée moldave et les forces transnistriennes. Le parti d’Igor Dodon, bien qu’ayant amorcé le rapprochement entre la Moldavie et l’Union européenne, est généralement considéré comme pro-russe.

Cette manifestation anti-américaine, alors que les Etats-Unis représentent l’un des principaux bailleurs de fond du pays, survient dans un contexte politique toujours très tendu en Moldavie. Depuis septembre 2015, des manifestations organisées à la fois par des associations anti-corruption et l’opposition pro-russe se tiennent régulièrement contre le parti au pouvoir, très fragilisé depuis la disparition, en mars 2015, de près d’un milliard de dollars de trois banques moldaves. Fin janvier 2016, la nomination au poste de Premier ministre de Pavel Filip, proche de Vladimir Plahotniuc, l’un des oligarques dans la ligne de mire des militants anti-corruption, avait redonné du souffle à la contestation.

R.C.

Sources :

Kommersant. ru
Rferl.org
Reuters
Kp.md

03/05/2016 Kazakhstan : la question des terres agricoles s’invite aux célébrations du 1er mai

Les traditionnelles célébrations du 1er mai – jour de l’Unité nationale au Kazakhstan - ont été marquées par des actions de protestation contre un projet de loi visant à réformer les conditions d’accès à la propriété agricole.

A Kyzylorda, dans le sud du pays, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées sur la place principale à l’issue des festivités. La police est intervenue pour disperser la foule.  Radio Azzatyk rapporte que le mouvement s’est ensuite poursuivi dans le théâtre de la ville où un membre du Parlement local s’est entretenu pendant près d’une heure avec les manifestants.  Selon des messages publiés sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes ont été arrêtées par la police.

Un rassemblement semblable s’est également tenu dans la ville portuaire de Janaozen, à l’ouest du pays. Des vidéos postées en ligne montrent des dizaines de personnes rassemblées dans le square central de la ville et chantant l’hymne national. Deux journalistes de Radio Azzatyk se sont vus interdire l’accès à la ville. En 2011, Janaozen avait été le théâtre d’affrontements meurtriers entre la police et des ouvriers du secteur pétrolier.

Dans son discours annuel, le président kazakh, Nousoultan Nazarbaev, a multiplié les appels à l’unité présentant la situation en Ukraine comme un épouvantail. « L’Ukraine a une économie deux fois plus réduite que celle du Kazakhstan. Il n’y a pas d’unité car il [le peuple] a d’autres choses à faire : combattre, tuer et se bagarrer », a-t-il affirmé.

Depuis le 24 avril, des mouvements de protestation, rarissimes au Kazakhstan, ont eu lieu dans plusieurs villes de provinces. En cause : l’entrée en vigueur, début juillet, d’un amendement législatif permettant aux étrangers de louer des terres pendant 25 ans, contre 10 actuellement. Le texte prévoit également d’autoriser la vente de parcelles agricoles à des entreprises, sous condition que celles-ci soient détenues par des citoyens kazakhs. La crainte d’une augmentation des terrains détenus par des étrangers, notamment par des Chinois, alimente toutefois la contestation. Lors d’une session au Parlement kazakh, le président  du syndicat des agriculteurs a, contre toute attente, affirmé que le mouvement pourrait se prolonger.

Ces manifestations, quoique de faible ampleur, s’inscrivent dans un contexte économique difficile pour le Kazakhstan, confronté à la baisse du prix des hydrocarbures et à une instabilité monétaire chronique. Les habitants des zones rurales, qui représentent près 42% de la population, sont les plus exposées aux effets de la crise.

R. C.

Sources :

Reuters
Radio Azzatyk

02/05/2016 Russie - Scandale électoral de Barvikha, un enjeu national ?

A Barvikha, petite bourgade à l’ouest de Moscou, des élections pour nommer les dix conseillers municipaux devaient avoir lieu le 24 avril dernier, précédées d’un vote anticipé du 16 au 23 avril. Cependant, tout ne s’est pas passé comme prévu.

Peu après le début du vote anticipé, le 16 avril, des candidats du Parti du Progrès, menés par Alexeï Navalny, dénoncent des falsifications électorales et accusent Elena Jdanova, candidate du parti au pouvoir Russie unie, d’avoir soudoyé des personnes habitant dans les alentours en leur promettant des permis de résidence. Pour montrer leur désaccord, quatre candidats du Parti du Progrès se retirent des élections et annoncent avoir déposé plusieurs plaintes auprès de la Commission électorale centrale (CEC).

Face aux pressions, la nouvelle présidente de la CEC, Ella Pamfilova, nommée fin mars 2016, a finalement décidé d’annuler le scrutin. Pour le moment, aucune nouvelle date d’élection n’a été fixée.

Pour les candidats du Parti du Progrès, dont la plupart sont membres du Fonds de lutte contre la corruption (lui aussi dirigé par Alexeï Navalny), cette annulation est une victoire. Ce n’est pas un hasard si plusieurs membres de ce parti d’opposition se sont présentés aux élections de Barvikha. Plus qu’un simple village de 350 habitants dans la banlieue de Moscou, Barvikha est un lieu très prisé par les plus grosses fortunes de Russie, et donc tout un symbole pour les associations de lutte contre la corruption.

Ce scandale électoral représente également un test pour la nouvelle présidente de la CEC, Ella Pamfilova. Son prédécesseur, Vladimir Tchourov, loyal soutien de Vladimir Poutine, n’avait pas sanctionné les falsifications des élections législatives de 2011, au point que les manifestants de Bolotnaïa avaient exigé sa démission. Les autorités russes attendent de Mme Pamfilova qu’elle redore le blason de la Commission électorale à quelques mois des élections législatives de septembre 2016.

Gueorgui Albourov, un candidat du Parti du Progrès, voit là une manœuvre politique visant à raffermir la crédibilité de Mme Pamfilova : Aujourd’hui, Pamfilova semble être meilleure que Tchourov. Mais il faut bien comprendre que tout cela, c’est une décision qui vient [des plus hautes sphères du gouvernement]. Ce n’est pas un hasard si, cette fois-ci, la décision est en notre faveur : ils protègent la réputation de Pamfilova pour pouvoir en user lors des élections législatives et présidentielles, ils ne veulent pas la gâcher pour des petites élections locales.

Quoi qu'il en soit, la Commission électorale semble prête à mener une véritable enquête sur ce scandale. Une ligne téléphonique a même été ouverte pour recevoir les plaintes en lien avec les falsifications électorales. Reste à savoir s’il s’agit là d’une véritable volonté de transparence ou d’une nouvelle poudre lancée aux yeux des électeurs russes.

 C.C.

 Sources :

http://www.kommersant.ru

http://www.mk.ru/

http://www.themoscowtimes.com

http://www.novayagazeta.ru

 

01/04/2016 Tchernobyl, 30 ans après des "vétérans" se mobilisent

Les « liquidateurs » survivants, premiers hommes à être intervenus sur le site de la centrale de Tchernobyl après l'accident nucléaire d'avril 1986, manifestaient ce mercredi 23 mars dans les rues de Kiev. Quelques 600 personnes se sont ainsi mobilisées devant le Cabinet des ministres ukrainien demandant la reconnaissance de leur sacrifice et une amélioration des prestations sociales de l’Etat à leur égard.

Grands oubliés de la catastrophe nucléaire, ces hommes, pour la plupart équipés lors de leur intervention d'un simple masque à poussière ont été aux premières lignes de la gestion de la crise après l'explosion du réacteur numéro 4 de la centrale. Face à l'urgence de la situation, mineurs, soldats, techniciens, inconscients du danger, furent alors mobilisés pour assainir la zone et empêcher une seconde explosion. Des centaines de milliers de personnes ont ainsi travaillé durant plusieurs mois sans protection face à des taux de radiations très élevés afin de stabiliser la situation.

A un mois du trentième anniversaire de la catastrophe, des équipes continuent de travailler sur le site de Tchernobyl. Une arche géante de plus de 30 000 tonnes est notamment sur le point d'être terminée. Ce projet titanesque initié en fin 2010 devrait permettre de bloquer les radiations pour les cent prochaines années et permettre un démantèlement des restes du réacteur dans de bonnes conditions.

25/03/2016 Kazakhstan : des élections sans surprise

Le parti Nour Otan du président Noursoultan Nazarbaïev a remporté 82% des votes lors des élections parlementaires anticipées du dimanche 20 mars. Présentées comme un « grand accomplissement pour la démocratie » par le chef d'Etat kazakh, à la tête du pays depuis 1991, ces élections sont cependant encore loin de répondre aux normes démocratiques selon les observateurs internationaux.

Malgré une campagne électorale relativement « libre », la plupart des partis autres que le parti au pouvoir présentaient des programmes calqués sur les lignes du parti présidentiel.

Seulement deux partis, Ak Jol et les Communistes, sont parvenus à passer la barre des 7% requise pour disposer de sièges au Parlement. Le Majilis, chambre basse du Parlement, comptera donc les  mêmes trois partis qu'auparavant.

La répartition des pouvoirs au sein du parti présidentiel Nour Otan est encore floue. Les observateurs sont particulièrement attentifs au rôle que pourrait y jouer la fille du président, Dariga Nazarbaïeva, actuellement vice-Première ministre du gouvernement. Son arrivée évoquée à la présidence de la chambre basse serait interprétée comme un pas de plus vers une éventuelle transition dynastique.

 

25/03/2016 Géorgie/Gaz : Tbilissi négocie avec Moscou et choisit Bakou

Le ministre géorgien de l'énergie, Kakha Kaladze, a annoncé le 4 mars 2016 la signature d'un nouvel accord avec l'entreprise énergétique d'Etat azerbaidjanaise SOCAR. Ce dernier devrait permettre à Tbilissi de s’assurer un approvisionnement de près de 500 millions de mètres cubes supplémentaires de gaz en provenance de l’Azerbaïdjan.

Cet accord vient quelque peu rassurer une opposition rendue anxieuse par la tournure favorable prise auparavant par des discussions similaires avec le géant gazier russe Gazprom.

En effet, ces derniers mois le gouvernement géorgien avait envisagé d'augmenter la part de marché de l'entreprise gazière russe (passant de 11 à 20%) pour régler ses problèmes d’approvisionnement. Ce qui aurait constitué un virage stratégique pour le pays qui avait tout fait, notamment sous les mandats de M. Saakachvili pour limiter le recours au gaz russe afin de priver le Kremlin d’un moyen de pression facile.

Une importante partie du gaz russe actuellement utilisée en Géorgie est fournie par Moscou au titre du droit de passage d’un gazoduc utilisé par Gazprom pour approvisionner l’Arménie à travers la Géorgie et seule une petite partie est effectivement payée en devises à la Russie.

L’opposition craignait qu’une négociation avec Gazprom ne remette en cause ce système de « troc », très rentable pour Tbilissi.

Cette tentative de rapprochement – avortée cependant – entre Tbilissi et Moscou via Gazprom doit, selon certains observateurs, beaucoup à l’influence qu'exerce Bidzina Ivanichvili, milliardaire ayant fait fortune en Russie et fondateur du parti du Rêve Géorgien.

03/03/2016 Tadjikistan : Procès de 13 opposants

Le procès de 13 responsables de l’opposition islamistes à débuté début février. Dans un contexte de lutte de l’Etat contre l’islamisme radical, ces cadres du parti de la Renaissance islamique du Tadjikistan sont accusés d’avoir participé à  une série d’attaques meurtrières menées contre les forces de l’ordre en septembre 2015, attaques qui avaient fait plus de 50 morts.

Ces attaques avaient à l’époque fait grand bruit, car elles avaient été menées par un ancien vice-ministre de la Défense, Abduhalim Nazarzoda, membre du PRIT.

Seul parti islamiste du Tadjikistan, mais considéré comme modéré jusqu’à son interdiction, en aout 2015, le PRIT est accusé par l’Etat d’être à l’origine des violences.

Cependant même si le meneur des attaques était membre du PRIT, rien n’indique que ce parti était lié à l’organisation de celles-ci. L’ONG Human Right Watch a d’ailleurs déclaré que les accusations portées par l’Etat étaient clairement politiques.

La question islamiste est très sensible au Tadjikistan, le pays ayant connu une guerre civile de 1992 à 1997 opposant islamistes et forces dites démocrates. Si la guerre est éteinte depuis longtemps le problème reste prégnant, plusieurs centaines de Tadjik dont un ancien chef des forces spéciales ayant rejoints les rangs de l’Etat islamique.

L’Union européenne et l’ONU se sont dites inquiètes de l’interdiction de ce parti et ce procès devrait selon toute vraisemblance se dérouler dans des conditions des normes acceptables par les organisations de défense des droits de l’homme. Des accusations de mauvais traitements sur les accusés ont déjà été relayées par celles-ci.

 

03/03/2016 Belarus : Levée des sanctions européennes

L'Union européenne a annoncé le 15 février la levée de la quasi-totalité des sanctions imposées au Belarus. Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne se sont accordés à l'unanimité pour mettre fin au gel des avoirs et à la suspension de visa à l'encontre de 170 personnalités, y compris du président Alexandre Loukachenko. Trois entreprises proches du gouvernement profitent également de se réchauffement diplomatique entre les Vingt-Huit et le Belarus. Quatre individus impliqués dans des disparitions inexpliquées d'opposants entre 1999 et 2000 demeurent néanmoins sous le coup de sanctions. L'embargo sur les armes est également maintenu pour une année supplémentaire.

Cette décision vient donc sceller le rapprochement entre Minsk et Bruxelles, en dépit de préoccupations toujours tenaces à propos de la répression politique et de la question des droits de l'homme dans le pays. Elle s'inscrit dans la suite du virage amorcé à la fin du mois d'octobre 2015 qui visait à relâcher la pression sur Minsk de manière temporaire pour une période quatre mois.

Ce réchauffement diplomatique intervient alors que, le 22 août dernier, le pays a relâché les six derniers prisonniers politiques encore retenus. Parmi eux, Mikalaï Statkevitch, ancien adversaire du président Loukachenko aux présidentielles de 2010. Selon Bruxelles, l'adoption de ce type de décision est de nature à faire avancer les relations entre l'Union et le Belarus dans le bon sens et à « encourager » le président bélarusse.

 

03/03/2016 Russie : Lancement d'un nouveau plan de relance

Le gouvernement russe a annoncé mi-février le lancement d’un nouveau plan de relance destiné à faire repartir l’économie russe particulièrement affectée par la chute des cours du pétrole ainsi que par les sanctions européennes et les contre-sanctions décidées par Moscou en réaction à celles-ci. Le ministre russe de l’Economie Alexeï Oulioukaïev qui a annoncé ce plan l’a chiffré à environ 10,5 milliards d’euros.

Si le ministre a évoqué l’utilisation d’un fonds anticrise et la réaffectation de certains budgets de l’Etat pour la mise en place ce programme, il apparait cependant que son financement pose de nombreux problèmes. Destiné à « garantir la stabilité économique et sociale en 2016 » comme l’a expliqué Dmitri Medvedev, ce plan vise à la fois à soutenir l’industrie, la construction et le marché du travail mais également à permettre des réformes structurelles et à développer les petites et moyennes entreprises.

Le gouvernement qui a bâti son budget sur une moyenne d’un baril à 50 dollars alors qu’il est aujourd’hui fixé à 32 dollars ne cache pas le caractère critique de la situation et le Parlement vient d’adopter en urgence une hausse des taxes sur les carburants qui devrait s’accompagner de privatisation pour renflouer les caisses de l’Etat.

 

03/03/2016 Tchétchénie : Kadyrov quitte la scène ?

A l’occasion d’une interview donnée le 27 février à la chaine russe NTV, l’actuel président tchétchène, Ramzan Kadyrov a annoncé que son « temps est révolu », une information qui devrait, si elle se concrétise, soulager au plus haut point les défenseurs des droits de l’homme tant l’homme, depuis son arrivée à la tête de la petite république caucasienne, en 2007, a montré le peu de cas qu’il faisait de la démocratie et des libertés fondamentales.

Beaucoup accusent notamment ses hommes d’être derrière les assassinats de la journaliste Natalia Estemirova, le 15 juillet 2009 et de Boris Nemtsov, le 27 février 2015.

Si sa fidélité affichée à Vladimir Poutine n’a jamais été prise en défaut son exercice du pouvoir quasi autonome inquiète en Russie. A la tète d’une milice de près de 12 000 à 14 000 hommes il a été accusé dans un récent rapport rédigé par l’opposant politique Ylia Yashin de représenter une menace pour la sécurité russe.

«La famille, la vie personnelle, les études islamiques, c'est ce que je vois pour moi à l'avenir. S'il y a besoin d'aide pour donner un coup de main avec une pelle, un fusil d'assaut ou un sac à dos, je serais là» a-t-il poursuivi.

 

29/02/2016 Serbie : l'opposition se divise

De façon à renforcer un pouvoir que beaucoup en Serbie jugent déjà bien trop autoritaire, le Premier ministre Aleksandar Vučić vient d’annoncer le 19 janvier devant son parti la tenue d'élections anticipées. Malgré une assise plus que confortable au Parlement et des élections remportées haut la main en mars 2014, le Premier ministre présentera prochainement sa démission au président Tomislav Nikolić. Bien qu'aucune date ne soit encore fixée, les élections sont attendues pour le printemps.

L'opposition devrait se présenter divisée à ces élections et ce malgré plusieurs tentatives de rapprochement entre le Parti démocrate (DS), le Parti démocrate libéral (LDP) et le Parti social-démocrate (SDS), démarches restées vaines pour l'instant.

Pour beaucoup, seule l'union de l'opposition permettrait de s'imposer face au parti du Premier ministre, qui s'est notamment emparé, avec quelques nuances, du discours pro-européen de l'opposition rendant plus difficile pour celle-ci de se singulariser. En plus de cette désunion, l'opposition souffre d'un accès plus limité à l'espace médiatique et d'un manque de moyens financiers pour mener leur campagne.

 

29/02/2016 Kosovo : un nouveau président sur fond de crise

Sur fond d'une profonde crise politique et économique, le très contesté Hashim Thaçi a été élu à la tête de l'Etat au troisième tour de scrutin ce vendredi 26 février. Cinquième président depuis la fin de la guerre, Hashim Thaçi succéde à Atifete Jahjaga dont le mandat s'achevait le 6 avril. L'actuel président du Parlement, Kadri Veseli (suppléant au poste de Premier ministre), viendra remplacer Hashim Thaçi à la tête du Parti démocratique du Kosovo (PDK). Alors que 11 députés de l'opposition ont été évincés violemment du parlement suite à des jets de lacrymogènes au sein de l'hémicycle plus tôt dans la journée, la présence de députés serbes est venue assurer le quorum requis afin de garantir la tenue du vote.

Dans la rue, de violents heurts ont eu lieu entre les manifestants qui s'étaient installées devant le Parlement et les forces de l'ordre venues démonter le campement.

L'opposition unifiée – Vetëvendosje, Alliance pour l’avenir du Kosovo (AAK), Nisma për Kosovën – demandait la démission du gouvernement et s'opposait formellement à l'élection de Hashim Thaçi, synonyme selon eux « (...) d'agonie sur le plan de l’économie, de l’Etat de droit et de l’intégration européenne », comme le déclarait déjà le leader de l'AAK – Ramush Haradinaj – lors des législatives de 2014.

Premier ministre entre 2008 et 2014, Hashim Thaçi et son gouvernement a souvent été accusé de tendances autoritaires et son parcours est entaché de nombreux scandales relayés dans des rapports internationaux. Il a notamment été soupçonné d'être à la tête d'une puissante structure criminelle, lié à un éventuel trafic d'organes.

 

 

20/07/2015 - Une opposante russe nommée adjointe de Mikhaïl Saakachvili

Maria Gaïdar, fille du célèbre économiste russe Iegor Gaïdar, a été nommée le 17 juillet adjointe au gouverneur de l’oblast d’Odessa, Mikhaïl Saakachvili. Elle sera en charge des affaires sociales.

Agée de 32 ans, la jeune femme est une figure de l’opposition en Russie. Fondatrice du mouvement de jeunesse Da, Maria Gaïdar a participé pendant les années 2000 à de nombreuses actions de contestation aux côtés des hommes politiques Ilia Iachine et Boris Nemtsov. Jusqu’en 2008, elle était membre du parti libéral Union des forces de droite.

Outre ses engagements politiques, la jeune femme a déjà fait ses preuves au sein d’une administration. Directrice de l’organisation non-gouvernementale Demande sociale, Maria Gaïdar a occupé entre 2009 et 2011 la fonction d’adjointe du gouverneur de l’oblast Kirov en charge des affaires sanitaires et sociales. En 2011, elle a étudié à la Kennedy School of Government de l’Université d’Harvard. Entre décembre 2012 et novembre 2013, elle a par ailleurs été conseillère de l’adjoint au maire de Moscou, également en charge des questions sociales.

Afin d’assurer ses fonctions à Odessa, Maria Gaïdar a accepté de recevoir la nationalité ukrainienne. Toutefois, elle affirme ne pas avoir l’intention d’abandonner immédiatement la citoyenneté russe, la loi ukrainienne prévoyant un délai de réflexion de deux ans avant de devoir choisir entre deux nationalités.  En décembre 2014, Maria Gaïdar a également demandé à recevoir un passeport israélien. Dans une interview pour le site d’information Meduza, elle affirme que cette décision était motivée par des pressions du régime russe à l’encontre de sa famille.

Cette nouvelle a suscité de nombreuses réactives négatives en Russie, réactions accentuées par l’impopularité de son père, Iegor Gaïdar, dont les réformes ultra-libérales sont tenues pour principales responsables de l’effondrement et de la criminalisation de l’économie russe pendant les années 1990. Symbole de cette haine tenace, l’écrivain Edouard Limonov a appelé à « fusiller les descendants » de Mme. Gaïdar. Son ancien supérieur, le gouverneur de l’oblast de Kirov, Nikita Belikh, a quant à lui critiqué cette décision qui, dans un contexte de guerre non-déclarée entre l’Ukraine et la Russie, va « à l’encontre du peuple russe ». Maria Gaïdar espère au contraire que sa décision permettra d’empêcher la propagation du conflit : « Une ligne de front nous a été imposée. Je n’aime pas cela, car, en suivant cette logique, nous soutenons le système tel qu’il existe actuellement. », a-t-elle affirmé.

En Ukraine, plusieurs commentateurs se désolent du recours à des fonctionnaires et experts étrangers. Depuis décembre 2014, le gouvernement d’Arsenii Yatsenouk comporte respectivement une Américaine, un Lituanien et un Géorgien au poste de ministre des Finances, de l’Economie et de la Santé. Début juin, la nomination au poste de gouverneur d’Odessa de l’ancien président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, avait également souligné la disposition du pouvoir ukrainien à faire appel à des ressortissants étrangers pour mener à bien les nombreuses réformes à l’ordre du jour.

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13/07/2015 - Ukraine : affrontements meurtriers entre la police et le groupe Pravii Sektor

Samedi 11 juillet, des échanges de tirs à l’arme lourde ont opposé la police et des membres du groupe d’extrême-droite Pravii Sektor à Moukatchevo, ville moyenne de Transcarpatie située à 50km de la frontière slovaque. D’après les déclarations du député Anton Gerashenko, trois personnes ont perdu la vie et sept autres ont été blessées pendant l’affrontement. Selon Arsen Avakov, ministre de l’Intérieur ukrainien, deux voitures de police ont été détruites à l’aide de grenades par « une vingtaine d’hommes armés ». Sur la chaîne de télévision ukrainienne 112, des responsables de Pravvi Sektor ont quant à eux annoncé la mort de deux des leurs. La zone a été bloquée et évacuée. Des véhicules blindés et des troupes de l’armée ukrainienne ont été dépêchées sur place.

Selon les premières informations, la tragédie serait le résultat d’une rencontre ayant mal tournée entre le député Mikhailo Lano et des membres de Pravii Sektor. Une première altercation aurait impliqué les gardes du corps du député et des hommes du groupe d’extrême-droite. S’en est suivi un affrontement avec la police, puis une poursuite à travers les montagnes qui continue à l’heure actuelle. Selon un représentant du ministère de l’Intérieur ukrainien, cité par l’agence Unian, un enfant aurait été brièvement pris en otage pour permettre aux membres du groupe extrémiste de s’échapper.

D’après les déclarations des autorités, cet événement s’inscrirait dans un contexte de « redistribution des sphères d’influence ». Moustapha Näiem, journaliste et député de la Rada, précise que le contrôle du trafic de cigarettes de contrebande entre l’Ukraine et l’Italie serait à l’origine du litige. Le député Mihkailo Lano, du Parti Volonté du peuple (anciennement le Parti des régions), est actuellement interrogé par le procureur général ukrainien. Lundi 13 juillet, suite à la demande du Premier ministre, Arsenii Iatsenouk, l’ensemble des responsables du service des douanes de Transcarpatie ont été relevés de leurs fonctions le temps d’effectuer une enquête interne.

Dmytro Iarosh, député à la Rada et leader de Pravii Sektor, a démenti les informations selon lesquelles d’autres unités sous ses ordres avaient été envoyées à Moukatchevo. A la suite de cet événement, plusieurs manifestations antigouvernementales ont été organisées dimanche dans le pays par des membres du groupe extrémiste. Ils ont menacé de perturber l’arrivée de renforts dans la région de Moukatchevo et appelé à la démission du ministre de l’Intérieur.

Formé en janvier 2014, l’organisation Pravii Sektor, qui revendique 10 000 membres, est devenue célèbre pour son rôle de premier plan lors des manifestations de la place Maïdan. Malgré sa forte implication dans les combats du Donbass, le groupe paramilitaire, qui revendique l’héritage controversé des nationalistes ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale, a rassemblé moins de 3% des suffrages lors des élections législatives de novembre 2014.

Signe de la difficulté du pouvoir ukrainien à contrôler ces formations de volontaires, ces événements soulèvent également le problème du retour à la vie civile des anciens combattants. Ils illustrent par ailleurs la frontière ténue entre groupes d’extrême-droite et milieux criminels.

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06/07/2015 - Ouverture d’un musée en l’honneur de Staline dans la région de Tver

À l’occasion des 70 ans de la victoire soviétique sur le nazisme, un nouveau musée en l’honneur de Staline va ouvrir dans la région de Tver. Situé dans une maison en bois du petit village de Horoshevo dans lequel le dirigeant soviétique a séjourné en août 1943, ce musée doit rappeler la présence du « leader politique dans la région de Rej durant la Grande Guerre Patriotique ».

Officiellement nommé « Musée du Front de Kalinine », un député communiste a d’ores et déjà proposé de le renommer « Musée Staline ». L’exposition permanente est consacrée aux combats pour la libération d’Orel et de Belgorod et au rôle de Staline dans la victoire contre le fascisme. Mikhail Fedotov, le président du Conseil présidentiel pour les droits de l’homme estime ironiquement qu’il pourrait y avoir des « centaines de milliers de musées de ce type partout où se trouvent les tombes des victimes de la répression».

La société historico-militaire promotrice du projet est dirigée par le Ministre de la Culture. Cette société conservatrice est notamment impliquée dans le projet de construction d’une statue de Vladimir 1er de 24 mètres de haut à Moscou (voir GDE N°5, le projet  a finalement été annulé, ndlr). Selon le vice-président de la société, il ne s’agit pas de « magnifier l’histoire, mais de rétablir la justice historique ». Depuis 2012, plusieurs associations de droits de l’homme dénoncent la réhabilitation rampante de la figure de Staline. L’association Memorial se voit régulièrement reprocher ses activités liées à la sauvegarde de la mémoire du goulag. En mars dernier, les responsables de l'association Perm 36, qui gère l'un des deux seuls musées du pays consacrés aux victimes de la répression soviétique, ont annoncé qu'ils mettront fin prochainement à leurs activités suite à la pressions continue de l'administration régionale pour reprendre possession du lieu.

Selon un sondage de l’institut Levada, 49% des Russes ont une image plutôt positive de Staline, contre 20% d'opinions négatives. L’Église orthodoxe, liée au Kremlin, soutient cette réhabilitation. Un prêtre a participé à l’inauguration du musée de Horoshevo en posant des fleurs sous le buste de Lénine, qualifiant Staline de « chef de file de la victoire chrétienne sur le fascisme ». Il existe une dizaine de musées de ce type en Russie et dans le Caucase principalement. 

 

L. F.

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03/07/2015 - Kiev et les séparatistes s'opposent sur la réforme constitutionnelle

Le président ukrainien Petro Porochenko a présenté le 1er juillet son projet de réforme constitutionnelle. Les accords de Minsk II de février 2015 prévoyaient une réforme des institutions ukrainiennes, laissant une place plus importante aux régions. Il s'agit, dans l'esprit des signataires, d'offrir une marge de manœuvre plus grande aux territoires contrôlés par les séparatistes. Or, ces amendements à la Constitution, considérés comme décisifs dans la résolution du conflit, sont d'ores et déjà rejetés par les dirigeants des territoires sécessionnistes du Donbass.
 
Alors que les nouvelles autorités de Donetsk et de Louhansk exigent une part importante d'autonomie, Porochenko parle de décentralisation. Il refuse toute réforme conduisant à la fédéralisation du pays qui, selon lui, doit rester unitaire. Le chef d'état ukrainien a déclaré que « les projets d'amendements à la Constitution n'offrent aucun statut spécial pour le Donbass. Cependant, le projet de loi offre la possibilité d'une procédure spécifique pour un gouvernement autonome dans certains territoires des régions de Donetsk et Louhansk ». 
 
La Russie soutient les séparatistes et estiment que Kiev n'écoute pas leur propositions. Le Parlement ukrainien doit maintenant examiner les propositions présidentielles.

Le chef de la République autoproclamée de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, a réagi en convoquant des élections municipales le 18 octobre. Cette déclaration fait suite à l'annonce d'élections locales sur l'ensemble du territoire ukrainien pour la 25 octobre. Zakhartchenko assure qu'il s'agit de mettre en œuvre de façon indépendante les accords de Minsk et que ces élections seront organisées selon les critères de l'OSCE. Pour Porochenko, cette décision est inacceptable et remet en cause la désescalade du conflit.

En novembre 2014, les séparatistes avaient déjà organisé des élections qui n'avaient été reconnues ni par Kiev, ni par l'Union européenne. Cet incident avait rendu caduc les accords de Minsk I signés deux mois plus tôt et entraîné l'organisation d'une seconde conférence.  

 

L. F.

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01/07/2015 - Un rapport évoque les risques d'un nouvel embrasement en Tchétchénie

L’organisation International Crisis Group a publié le 30 juin le rapport « Tchétchénie : l’étranger de l’intérieur ». Ce travail inédit analyse le fonctionnement de l’Etat tchétchène depuis l’arrivée au pouvoir de son dirigeant actuel : Ramzan Kadyrov. Abordant tour à tour la composition des forces de sécurité tchétchènes, l’idéologie politique et religieuse du régime, ainsi que l’état de l’économie et de l’appareil judiciaire, les conclusions de cette étude sont sans appel : « La République de Tchétchénie s’éloigne de plus en plus de la Russie. Pire, la situation est telle que même les Tchétchènes croyant sincèrement en leur appartenance à la Russie sont progressivement éloignés du pays. »

Selon ce rapport, le régime de Kadyrov possède ses propres forces de sécurité, sa propre idéologie nationaliste et sa propre politique religieuse fondée sur l’Islam soufi traditionnel. En mai dernier, le mariage d’une mineure avec un responsable des forces de la police tchétchène avait ainsi scandalisé l’opinion publique en Russie. La Tchétchénie entretient par ailleurs des relations internationales très libres, notamment avec la Turquie et les pays arabes. L’économie de la Tchétchénie, bien que dépendante en très grande partie des subsides russes, dispose par ailleurs de véritables structures parallèles.

Cet « État dans l’État » pourrait bien poser problème. En effet, comme l’affirme la conclusion du rapport, si l’équilibre des pouvoirs venait à changer à Moscou, « les forces de sécurité de Kadyrov pourraient constituer un problème pour le Kremlin ». Ces forces sont constituées de plusieurs milliers d’hommes armés et entraînés. Depuis le départ de près de 20 000 militaires russes en 2009, les militaires tchétchènes jouissent d’un pouvoir quasi-absolu sur leur territoire. Pour preuve, l’intervention de forces spéciales russes à Grozny, en mai dernier, avait déclenché l’ire de Ramzan Kadyrov. Ce dernier avait alors donné l’ordre à ses hommes « de tirer sur tous les membres des forces de l’ordre agissant sans autorisation sur le territoire tchétchène ». Kadyrov s’était ensuite excusé pour ces déclarations.

Outre l’indépendance croissante des forces de sécurité tchétchènes, la persistance de velléités sécessionnistes constitue une autre source d’inquiétude. Dans une interview accordée à Novaya Gazeta, Ekaterina Sakirianskaya, co-auteur du rapport, soutient ainsi que le conflit russo-tchétchène n’est pas résolu : « Le séparatisme tchétchène n’est pas mort. Il vit dans les cuisines et dans l’émigration ; il est en sommeil ».

Toutefois, les auteurs du rapport ne remettent pas en cause la loyauté de Ramzan Kadyrov envers Vladimir Poutine. Cette loyauté, qui représente le seul lien d’autorité tangible entre Moscou et Grozny, a cependant de grandes chances d’être mise à mal en cas d’évolution du rapport de force avant ou après la fin de la période poutinienne : « Si le statu quo prend fin en Tchétchénie, ce sera uniquement parce que Poutine aura compris que le processus à l’œuvre en Tchétchénie met à mal son image et sa réputation », avance Mme. Sakirianskaya.

Le rapport vise à fournir des informations objectives et réalistes sur la situation dans une région fermée, en proie aux spéculations en tous genres. Pour Ekaterina Sakirianskaya, l’ambition est d’aller au-devant des problèmes : « Si l’on veut changer quelque chose, il faut faire tout son possible pour décrire avec justesse la situation actuelle en Tchétchénie et expliquer pourquoi le système ne peut pas fonctionner sur le long-terme ». L’experte recommande de limiter l’emprise du pouvoir de Kadyrov sur les forces de sécurité locale. L’entreprise s’avère complexe, mais pas sans espoir : « Le régime de Kadyrov est doté d'une véritable acuité : il est très souple, très sensible. Avec un peu de chance, une transformation est possible », affirme-t-elle.

 

Le rapport est disponible en anglais à cette adresse : 

http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/europe/caucasus/236-chechnya-the-inner-abroad.pdf

 Retrouvez également notre entretien avec Oleg Khabibrakhmanov, défenseur des droits de l'homme spécialiste de la Tchétchénie : 

http://www.garedelest.org/russie2/399-situation-en-tchetchenie-entretien-oleg-khabibrakhmanov

Roman Colas

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29/06/2015 - L’Azerbaïdjan termine à la deuxième place des Jeux de Bakou

L’Azerbaïdjan a décroché la deuxième place du classement général des premiers Jeux olympiques européens, qui ont pris fin dimanche 28 juin à Bakou. Les athlètes azerbaïdjanais ont gagné 56 médailles. Le gymnaste d’origine ukrainienne Oleg Stepko, naturalisé azerbaïdjanais en 2014, a largement contribué à ce résultat, remportant à lui seul cinq médailles d’or. La première place a été décrochée par la Russie, qui l’emporte de très loin avec près de 164 médailles, dont 79 en or. Le Royaume-Uni est arrivé à la troisième position.

Fortement critiqué pour la répression politique à l’œuvre dans le pays, le clan Aliyev a atteint son objectif : la compétition n’a été perturbée par aucune manifestation d’opposition. Il y a trois ans, pourtant, la tenue à Bakou de l’Eurovision avait été marquée par la campagne « Sing for Democracy » dont le principal initiateur, Rasul Jafarov, est aujourd’hui emprisonné.

Au regard des milliards de dollars investis, les Jeux de Bakou ont bénéficié d’une couverture médiatique relativement faible. Les équipes nationales européennes se sont contentées d’envoyer principalement de jeunes athlètes. Par ailleurs, aucun dirigeant européen n’était présent lors de la cérémonie d’ouverture.

Selon plusieurs experts, les sommes englouties dans l’organisation de ces Jeux pourraient avoir des répercutions négatives sur l’économie du pays, qui souffre cruellement de la baisse du prix des hydrocarbures.

Fait notable, ces Jeux ont représenté un évènement historique pour le Kosovo, qui pour la première fois a pu participer à une compétition olympique. De son côté, l’Arménie a également envoyé une délégation, malgré le conflit larvé qui continue de l’opposer à l’Azerbaïdjan dans la région du Haut-Karabagh.

 La cérémonie de clôture a été l’occasion de célébrations pyrotechniques spectaculaires et visibles, dit-on, depuis toutes les prisons du pays. Lors des festivités pour le lancement des Jeux, la chanteuse Lady Gaga, célèbre pop-star américaine, avait touché près de deux millions de dollars pour une interprétation retentissante du titre « Imagine » de John Lennon.

R.C.

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