Brèves

Le Kirghizstan pourrait suivre la Russie sur la voie des « agents de l’étranger »

Le Parlement du Kirghizstan a adopté en première lecture le projet de loi sur « les agents de l’étranger » au début du mois de juin 2015. Elle oblige les organisations non-gouvernementales percevant des financements de l’étranger à s’inscrire sur la liste des « agents de l’étranger » du Ministère de la justice. Toute organisation non-étatique menant des « activités politiques » et recevant des fonds d’un autre État sera soumise à un contrôle financier strict, devra présenter régulièrement des rapports de comptes et d’activités, et sera potentiellement l’objet de perquisitions.

Cette loi émane de Toursounbaï Bakir Ououlou, député du parti islamiste et ancien ombudsman (médiateur) du pays. Celui-ci se veut rassurant en rappelant que des procédures d’appel seront prévues. Le Ministère de la justice affirme même qu’il serait incapable financièrement de conduire des inspections dans tout le pays. Au Parlement, les rares opposants - seuls 23 députés sur 106 votants se sont exprimés contre le projet - estiment que la loi est disproportionnée et qu’il s’agit d’un « retour à l’URSS ». La loi doit encore passer deux autres lectures au Parlement, puis devant le président Atambaev.

Elle est clairement inspirée par la loi russe éponyme. « Nous pouvons affirmer que la pression russe fait effet ; pas dans la sphère économique, comme on le dit souvent, mais sur les droits civils et politiques », déclare Tolekan Ismailova, activiste anti-corruption qui a promis de se battre contre la loi jusqu'au bout, quitte à le faire devant la Cour constitutionnelle du pays. 

Adoptée en 2012, la loi russe sera quant à elle probablement reformulée. Le président Poutine a admis que cette loi nécessitait des corrections et que « certaines formulations dans la loi pouvaient avoir un effet nuisible à des organisations menant des actions absolument pro-russes ». Une législation du même type est en cours de discussion au Kazakhstan et au Tadjikistan.

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24/06/2015 - Le Kazakhstan rejoindra l'OMC en décembre

Le Kazakhstan deviendra officiellement le 162ème membre de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en décembre prochain. Roberto Azevêdo, le directeur général de l'organisation, a annoncé la nouvelle en félicitant le gouvernement kazakh pour « cet événement historique ».

Des pourparlers entre la première puissance économique d'Asie centrale et l'OMC étaient en cours depuis 19 ans. De son côté, le Tadjikistan avait rejoint l’organisation en 2013, quinze ans après le Kirghizistan.

Le Kazakhstan et l'OMC auraient mené « l'une des négociations les plus complexes » de l'histoire de l'organisation. Les tractations avaient été retardées par l'adhésion du pays à l'Union économique eurasiatique. Le président Nazarbaïev, réélu en avril dernier, se félicite de cette intégration au système de libre-échange mondial. « L'adhésion à l'OMC ouvre de nouveaux horizons à notre économie : elle permettra à nos entreprises d'accéder aux marchés étrangers et à nos consommateurs d'obtenir une large sélection de biens et de services ».

Pourtant, cette adhésion sonne comme un défi pour Astana. Alors que le pays était habitué aux pétrodollars et à une croissance annuelle souvent supérieure à 10% dans les années 2000, il a fortement été fragilisé par la crise économique de 2008 et la situation actuelle de la Russie. En concurrence désormais directe avec les autres membres de l'OMC, les entreprises kazakhs ne seront plus protégées par des barrières douanières et devront se conformer aux critères mondiaux.

Noursoultan Nazarbaïev, président depuis 1991, défend cette adhésion. Il affirme que le niveau de vie des habitants sera amélioré grâce aux nouveaux investisseurs étrangers.

 

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23/06/2015 - Arménie : la police disperse violement une manifestation contre la hausse des prix de l’électricité

Les forces anti-émeutes arméniennes ont procédé mardi matin à l’arrestation de plusieurs centaines de personnes rassemblées sur l’avenue Marshal Baghramyan, l’une des principales artères d'Erevan, la capitale du pays. Selon les chiffres annoncés par la police, 237 personnes auraient été arrêtées et 11 policiers blessés lors de l’opération. La presse arménienne a fait état de près de 20 blessés parmi les manifestants, qui ont été dispersés au petit matin à l’aide de camions à eau et de policiers en civil.

Le 17 juin, l'annonce de l’augmentation du prix de l’électricité a été le point de départ d’une série de rassemblements contre le pouvoir aux slogans de « Non au pillage ! ». A la demande de la compagnie d’électricité arménienne, filiale d’Inter Rao, grand groupe énergétique russe, la Commission de régulation des services publics a en effet décidé d’augmenter de 16% le prix de l'électricité. Ces décisions s’inscrivent dans un contexte économiquement difficile pour l'Arménie et une monnaie nationale fragilisée (un dollar vaut à présent 471 drams, contre 407 un an plus tôt). 

Le 22 juin, près 5000 personnes se sont rassemblées devant le palais présidentiel. Les autorités ont proposé aux manifestants de rencontrer Serge Sargsian, le président du pays, par groupes de trois ou cinq personnes. Cette offre ayant été rejetée par les manifestants, les forces de l’ordre sont intervenues au matin.

Le parti Accord civil a appelé à la libération des manifestants arrêtés, de même que le politicien Edmond Maroukian, du parti du Rassemblement national. L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a quant à elle dénoncé les violences subies par plusieurs journalistes lors de l’intervention de la police et a requis l'ouverture d'une enquête. 

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19/06/2015 - Crise de la dette grecque : la Russie n'exclut pas de fournir une aide financière

Arkadi Dvorkovitch, vice-Premier ministre russe, a annoncé que la Russie était prête à envisager une aide financière à la Grèce. Il a déclaré sur la chaîne Russia Today : « Pour résoudre cette crise, nous soutiendrons tous les moyens qui seront proposés par la Grèce et ses partenaires européens. S'il faut un soutien financier, nous nous pencherons sur la question ». Il ajoute que « de nombreux pays européens, qui pensent à l'économie et non pas à la politique, veulent lever les sanctions. La Grèce fait partie de ces pays ». Le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov déclare que toute déclaration officielle à ce sujet serait inopportune avant d'avoir entendu les propositions de la Grèce.

Cette déclaration s'inscrit dans le cadre d'une visite de deux jours du chef de gouvernement grec à Saint-Pétersbourg. Lors de sa dernière visite Moscou, au mois d'avril, Alexi Tsipras avait déclaré ne pas avoir formulé de demande d'aide à la Russie. Unique personnalité politique européenne présente au Forum économique, le Premier Ministre grec a pu s'y entretenir avec Vladimir Poutine. Au programme des discussions figurait la participation de la Grèce au projet de gazoduc « Turkish Stream ». Il était également prévu que les ministres de l'énergie de la Grèce et de la Turquie signent ce vendredi un mémorandum sur un prolongement du gazoduc en Grèce. Poutine et Tsipras devraient aussi discuter de la mise en place de co-entreprises dans le domaine agricole.

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18/06/2015 - Affaire Ioukos : la Belgique et la France annoncent la saisie d’actifs russes

La Russie avait jusqu'au 15 juin pour rembourser les ex-actionnaires de Ioukos. Elle devait verser 50,2 milliards d'euros en compensation de la liquidation du groupe pétrolier, liquidation que la Cour permanente d'arbitrage de la Haye avait jugée irrégulière. La fermeture de Ioukos, organisée par le Kremlin, visait à écarter l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski de la scène politique et économique. Fondé en 1993, ce géant pétrolier avait été dissous en 2007 et Khodorkovski condamné à de la prison ferme pour de prétendus impôts non-payés.

Nouvel épisode dans cette affaire, la Belgique a annoncé le 17 juin la saisie d’actifs appartenant à 47 institutions russes présentes sur son territoire. Le Ministère belge de la Justice a adressé des injonctions qui exigent la remise sous quinze jours de l’ensemble de ces actifs. De grandes banques russes, des ONG, des médias et même une branche de l'église orthodoxe sont concernés. Néanmoins, les représentations diplomatiques ne seront pas touchées. Il s'agit pour la justice belge de récupérer 1,6 milliard d'euros d'intérêts.

Ce matin, la France a également décidé de geler les actifs de la banque russe VTC. Son président a indiqué à la chaine d'information économique RBK qu'il s'agit de « quelques milliers d'euros » et qu'ils comptent « régler rapidement la situation avec des juristes ».

Alors que le Forum économique de Saint-Pétersbourg s'ouvre aujourd'hui, la Russie, par la voie du gouvernement, s'estime prête à contester cette décision devant la justice. Il est probable que le « ton du Forum » en soit perturbé, estime Gazeta.ru. La Komsomolskaya Pravda ironise elle sur cette « Europe civilisée », voit des « motivations politiques » derrière cette décision, prédit de nouveaux blocages d'actifs et appelle à une «réaction forte» de la Russie. Novaya Gazeta rappelle, quant à elle, que cette situation n'est pas une première. Entre 2000 et 2008, une longue procédure judiciaire avait opposé la Russie et la société suisse d'import-export Noga. Les comptes de 70 institutions avaient été bloqués et deux avions russes retenus quelques heures sur l’aéroport du Bourget.

 

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16/06/2015 - Le Julian Assange azerbaïdjanais arrive en Suisse

Le journaliste Emin Huseynov a quitté l’Azerbaïdjan pour la Suisse le week-end dernier. En août 2014, il était entré dans l'ambassade suisse de Bakou en se faisant passer pour un ressortissant helvète. L'ambassade l'a autorisé à y rester pour des «raisons humanitaires». Outre son activité journalistique, le jeune azéri est un Défenseur des droits de l'homme dans son pays, et critique régulièrement le régime du Président Aliev. Le pouvoir azéri demandait à l'ambassade de leur livrer l'activiste. Après 10 mois de négociations, Emin Huseynov, la Suisse et l’Azerbaïdjan sont parvenus à un accord. Emin Huseynov a voyagé dans l'avion du Président de la Confédération suisse Didier Burkhalter, présent pour l'ouverture des Jeux Européens de Bakou. En possession d'un visa humanitaire, Huseynov peut déposer une demande d'asile.

Le fondateur de la chaine Objektiv-TV a été frappé plusieurs fois par la police de son pays. A l'été 2014, le pouvoir a procédé à l'arrestation de 98 blogueurs et journalistes et dissidents. C'est à ce moment qu'Emin Huseynov a décidé de se réfugier dans une représentation étrangère. La Suisse et l’Azerbaïdjan entretiennent des liens commerciaux importants: la SOCAR , l'entreprise nationale pétrolifère azerbaïdjanaise a récemment racheté Esso Suisse à Exxon Mobile, et la Suisse est impliqué dans la construction d'un oléoduc en la Caspienne et l'Europe.

Depuis 2012 un cinquantaine de journalistes et de défenseurs de droits de l'homme ont été condamnés à de la prison en Azerbaïdjan.  

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12/06/2015 : Russie - Vers des élections législatives avancées

Le bruit courait dans les couloirs de la Douma depuis plusieurs semaines, et la presse russe se faisait depuis plusieurs jours l'écho des débats de constitutionnalistes sur le sujet.

Le parti populiste LDPR, soutenu par Russie Unie (parti présidentiel) et Russie Juste (centre-gauche, soutenant Poutine), veut avancer les élections législatives de 2016. Prévues en décembre 2016, le leader du LDPR, Jiriniovsky, souhaitait que celles-ci aient lieu le deuxième dimanche de septembre 2016. Elles auraient alors concordé avec les élections régionales.

Selon Russie Unie, le texte proposé aujourd'hui est un « compromis entre les trois groupes » ; il propose des élections le troisième dimanche de septembre. De nombreux constitutionnalistes rappelle qu'une telle manœuvre ne serait possible qu'en cas de dissolution.

Pour avancer ces élections, Vladimir Poutine devrait soit dissoudre la Douma, soit entamer un processus de réforme constitutionnelle. Une autre possibilité serait l'auto-dissolution de la chambre basse. Le président de la Douma Sergueï Narychkine estime que seul le code électoral nécessite d'être amendé, et que rien n'oblige de modifier la Constitution. Le Parti communiste, seul groupe de la Douma à s'opposer à ce texte, s'apprête à le contester devant le Tribunal Constitutionnel et le Procureur général.

Des membres de l'opposition estiment que la mobilisation citoyenne induite par une campagne électorale serait entravée si le scrutin devait avoir lieu à la fin de l'été. 

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11/06/2015 - Russie - La fête nationale russe, c'est demain !

Le 12 juin est la fête nationale russe, mais selon des sondage, seuls 4 % de la population russe sait pourquoi cette date a été choisie. Célébrée depuis 1994 sous le nom de « Jour de l'adoption de la Déclaration de Souveraineté de la Fédération russe », le 12 juin est devenu le Jour de la Russie en 2002. Cette fête n'est jamais entrée dans les mœurs et ne revêt pas de signification particulière pour les citoyens russes. Dans les années 1990, beaucoup estimaient même que cette date était « tragique », puisque la souveraineté de la Russie, déclarée le 12 juin 1990, annonçait la fin de l'URSS.

Le 9 mai, célébration de la Victoire sur le nazisme, apparaît encore aujourd'hui comme la fête russe la plus importante. Le 4 novembre, fêté avant 1917 comme le « Jour de l'unité nationale »,  avait été remis au goût du jour en 2005 sous l'impulsion des autorités religieuses. Il remplaçait la « Fête de la Révolution d'Octobre » du 7 novembre.

A l'occasion de la fête du 12 juin, Vladimir Poutine devrait remettre le Prix d'Etat de la Fédération de Russie aux personnes « méritantes ». Des festivités sont annoncées à Moscou et dans le reste du pays.

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10/06/2015 -La négociatrice de l'OSCE pour l'Ukraine démissionne.

Les accords de Minsk II de février 2015 n'ont pas permis de mettre fin aux violences en Ukraine, mais ont néanmoins abouti à une stabilisation de la ligne de front. Selon les observateurs, c'est à la Suisse Heidi Tagliavini que l'on doit l'adoption du texte final.

La diplomate de 64 ans, habituée des terrains dangereux était jusqu'au lundi 8 juin la négociatrice de l'OSCE en Ukraine. Elle a déclaré qu'elle souhaitait mettre fin à ses fonctions. Nommée en janvier lorsque la Suisse était à la tête de la présidence tournante de l'OSCE, elle avait été confirmée à son poste par la Serbie lorsque celle-ci lui a succédé. En tant que membre du groupe de travail trilatéral entre la Russie, l'Ukraine et l'OSCE, la diplomate suisse avait négocié et signé Minsk II.

Sa démission pose de nombreuses questions. Heidi Tagliavini évoque pour le moment des raisons personnelles et souhaite s'exprimer plus tard dans la presse. Néanmoins, la récente attaque de Mariinka ou le report d'une réunion du groupe de travail trilatéral au sujet de la mise en œuvre des accords de Minsk laissent craindre une prochaine dégradation de la situation. Polyglotte, s'adressant aux belligérants dans leur langue, elle était considérée comme la seule pouvant aborder les différentes parties au conflit sans préavis. Heidi Tagliavini regrettait l'impossibilité pour l'OSCE d'effectuer ses missions de contrôle dans l'est de l'Ukraine. L'Organisation a débuté des consultations pour trouver un remplaçant à la Suissesse.

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10/06/2015 - Russie - Report du projet de loi sur l'utilisation des armes contre les prisonniers russes

La Commission de la Sécurité à la Douma russe a choisi de repousser à l'automne l'examen d'un projet de loi élargissant les pouvoirs de l'administration pénitentiaire sur les détenus. Le gouvernement, qui est à l'origine de ce projet veut autoriser les gardiens de prison à faire usage d'armes non létales à l'encontre des prisonniers. L'une des justifications annoncées recrudescence des violences contre les employés pénitentiaires.

Ainsi, certaines dispositions de la loi pourraient permettre le recours à la violence en tant que mesure préventive. Pour un motif quelconque voire futile, un prisonnier risquerait, si la loi est adoptée, d'être frappé ou matraqué. Qualifiée de « sanglante » par les défenseurs de Droits de l'Homme qui exigent des amendements « anti-tortures », cette loi ne sera donc pas votée immédiatement.

Pour justifier ce report, des questions de techniques juridiques sont évoquées. Ella Pamfilova, Commissaire aux Droits de l'Homme dénonce ce projet de loi qui « conduit à l'arbitraire ». Depuis plusieurs années, des pétitions de prisonniers dénoncent l'extorsion et la torture, monnaie courante dans certaines prisons et certaines colonies pénitentiaires du pays. En septembre 2014, le Ministère de la Justice avait déjà voulu proposer une telle loi, mais de fortes contestations s'étaient immédiatement élevées. Pour l'activiste Igor Golendukhin, ce projet de loi ferait « revenir le système pénitentiaire russe 90 ans en arrière ».

 

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02/06/2015 : Pourquoi Mikheil Saakachvili a-t-il été nommé gouverneur d'Odessa ?

Mikheil Saakachvili en Ukraine.

Samedi 29 mai, le Président ukrainien a nommé Mikheil Saakachvili, 47 ans, président de Géorgie entre 2004 et 2013, gouverneur de l'Oblast d'Odessa, dans le sud du pays. La veille, Petro Porochenko avait naturalisé l'ancien président géorgien. Il l'a ensuite présenté aux responsables régionaux et à la population en le qualifiant de « grand ami de l'Ukraine ». Il remplace à ce poste le milliardaire Igor Palista, proche d'Igor Kolomoiski, lui-même ancien gouverneur de l’Oblast de Dnipropetrovsk. Ce dernier est le propriétaire de PrivatBank, la première banque d’Ukraine, et de la chaîne de télévision 1+1. Kolomoiski détient également 43% des parts de la compagnie nationale de pétrole et de gaz UkrNafta et de sa filiale UkrTransNafta, qui gère plusieurs oléoducs, ce qui lui permet de contrôler une grande partie de la circulation des carburants en Ukraine. Il a quitté ses fonctions en mars dernier après une lutte de pouvoir avec l'État. Il est aussi accusé de vouloir prendre trop d'indépendance vis-à-vis de Kiev en développant des milices privées. En effet, il finançait sur ses propres deniers une dizaine bataillons de volontaires. Très actifs dans le sud du pays, ces bataillons ont joué un rôle décisif face aux séparatistes. Or, cette «armée privée» échappait au contrôle de Kiev. La nomination de Saakachvili marque la volonté de reprise en main par le gouvernement de la situation en province face à certains gouverneurs jugés trop puissants et trop indépendants.

La région d'Odessa, peuplée de 2,5 millions d'habitants, connait une stabilité précaire. La corruption, contre laquelle est censée lutter Saakachvili, y est endémique. En outre, la région est russophone. Bien que les revendications séparatistes y soient faibles, plusieurs explosions contre des organisations pro-ukrainiennes y ont eu lieu ces derniers mois. Le 2 mai 2014, un incendie y a tué 48 personnes, principalement des pro-russes. Mais la région est aussi frontalière de la Transnistrie, province sécessionniste pro-russe de Moldavie, dans laquelle stationnent des troupes russes. « Odessa est une région très compliquée qui est considérée par Poutine comme faisant partie du projet de Novorossia », dit-il pour expliquer sa nomination. « J'ai refusé le poste de vice-premier ministre de l'Ukraine et de chef du bureau de l'anti-corruption. Ici, le travail est vivant et c'est une région avec un potentiel énorme ». Porochenko, milliardaire et toujours propriétaire de la confiserie industrielle Roshen, a fait de la lutte contre les oligarques son principal enjeu de politique interne. Impressionné par les transformations de la Géorgie sous Saakachvili, il veut s'en inspirer et parvenir aux mêmes résultats en Ukraine. « Mikheil est un homme qui rend possible l'impossible » précise Porochenko, qui déclare connaître l'ancien chef d'Etat depuis 20 ans.

Saakashvili compte renouveler le personnel à la tête de la région : « Il faut mettre en place des concours, trouver des jeunes. Il nous faut de nouvelles personnes, une classe politique nouvelle. Je pense que presque tous les adjoints et que tous les chefs d'administrations locales doivent être remplacées. Nous avons besoin de nouvelles personnes qui viennent de la région. . Je ne conseille à personne de me recommander des gens selon le principe « je travaillais avec lui », « c'est un cousin » ou « on fait des affaires ensemble ». C'est le dernier principe que j'applique pour choisir quelqu'un. Si vous êtes dans une sorte de groupe fermement établi, vous servirez ce groupe, pas la population. Je l'ai déjà appris : en Ukraine, tout fonctionne de cette manière-là ».

Les liens entre les camps pro-occidentaux ukrainiens et géorgiens ne se limitent pas à cette nomination. Plusieurs anciens ministres géorgiens conseillent le gouvernement ukrainien ou occupent des fonctions au parquet général, au Ministère de la Justice et à la Mairie de Kiev. Saakachvili lui-même occupait jusqu'à présent le poste de chef du Conseil Consultatif international de réformes auprès du Président ukrainien.  En décembre 2014, deux ministres géorgiens ont été nommés au gouvernement ukrainien : il s'agit d'Alexandre Kvitashvili, ministre de la santé et d'Eka Zgouladzé, vice-ministre de l'Intérieur. Cette dernière, à l'origine d'une ambitieuse réforme de la police géorgienne, prépare une réforme similaire en Ukraine. Selon Giorgi Vashadzé, ancien vice-ministre de la Justice géorgien et conseiller du gouvernement ukrainien, c'est justement pour affaiblir la main-mise de l'oligarchie que Porochenko décide de confier les réformes à des étrangers.

Le Kremlin et la presse russe ont immédiatement critiqué cette nomination. Le délégué aux Droits de l’homme du Ministère des Affaires étrangères russes, Konstantine Dolgov a twitté : «Saakachvili, accusé de crimes contre le peuple géorgien, est nommé gouverneur d'Odessa où les néonazis ont brûlé des gens en toute impunité : c'est un symbole profond de la démocratie à la Kiev observée avec bienveillance par l'Occident ». L'ancien chef d'État géorgien est en effet poursuivi par la justice géorgienne pour « abus de pouvoir ». Exilé à New York à la fin de son second mandat, le pouvoir géorgien demande régulièrement son extradition. Or, en prenant la nationalité ukrainienne, il perd automatiquement la nationalité géorgienne. « Un passeport géorgien est synonyme d’emprisonnement garanti pour moi en Géorgie », déclare-t-il.

La presse russe est dubitative, accueillant la nouvelle avec ironie. Saakachvili est également dépeint comme « l'homme des Etats-Unis », qui risque de privatiser les infrastructures d'Odessa au profit des entreprises américaines et de raviver les tensions avec la Transnistrie. Les médias russes d'opposition soulignent que cette nomination est un signe supplémentaire de l'incapacité de Porochenko de trouver dans le personnel politique ukrainien des personnes capables d'occuper un tel poste. Pour Vladimir Varfolomeev, il s'agit de faire dans un court laps de temps d'Odessa la vitrine de l'Ukraine moderne, pacifique et prospère, pour compenser la perte de la Crimée et le conflit à l'est.

Selon le dernier rapport de l'ONU, le conflit ukrainien a fait plus de 6400 morts, 16 000 blessés et des millions de déplacés depuis avril 2014.

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27/05/2015 - Ecoutes téléphoniques et insurrections ethniques : retour sur les événements en Macédoine

   La Macédoine connaît un nouvel épisode mouvementé qui rappelle la crise de 2001. A l'époque, les minorités albanaises du nord du pays s'étaient opposées à la majorité ethnique macédonienne, slave. Une médiation internationale avait dû être organisée pour accorder plus de droits à la communauté albanaise et désamorcer les velléités sécessionnistes.

   Les Albanais forment la minorité la plus importante de Macédoine : ils représentent un quart de la population. Cette division ethnique structure la vie politique du pays: aucun gouvernement ne peut être formé sans un accord entre minorité albanaise et majorité macédonienne. Le week-end du 9 au 10 mai 2015. des combats à Kumanovo, près de la frontière avec le Kosovo, ont opposé la police à un groupe qualifié de « terroriste »  par le gouvernement. Le bilan est de 22 morts : 8 policiers et 14 insurgés d'origine albanaise. Lundi 11 mai, suite à ces événements, 30 personnes ont été inculpées pour leur « mise en danger de l'ordre constitutionnel » et pour « terrorisme ». Parmi eux se trouve une majorité de Kosovars d'origine albanaise. L'enquête tend en effet à montrer que l'insurrection a été préparée depuis le Kosovo. Les autorités kosovares condamnent l'implication de leurs citoyens dans cette insurrection. Cette crise du mois de mai avait été précédée par d’autres événements violents : le 21 avril, un autre groupe armé venu du Kosovo avait brièvement pris en otage des policiers macédoniens dans un commissariat frontalier en revendiquant le rattachement à l’Albanie d’une partie du nord de la Macédoine.

   Avant ces événements, le pays se trouvait dans une grave crise politique : l'opposition social-démocrate avait révélé en février dernier une affaire d'écoutes téléphoniques organisées par le chef du gouvernement à l'échelle nationale. Selon les informations recueillies par le leader de l'opposition de gauche Zoran Zaev, Nikola Gruevski aurait procédé à 20 000 écoutes illégales, concernant donc 1% de la population. A la suite de ces révélations, le ministre de l'Intérieur a interdit à Z. Zaev de sortir du territoire national, évoquant des menaces de coup d'Etat. Malgré ces tentatives d’intimidations, Zaev révèle ses informations au rythme d'une conférence par semaine, fracassante et très attendue.

   Parmi les victimes de ce programme d'espionnage à grande échelle, de nombreux journalistes, chefs religieux ou membres du personnel politique. Zaev leur propose même de se procurer auprès de lui la retranscription des écoutes, pour prouver qu'il n'avance pas d'accusations sans fondement. Pêle-mêle dans ces enregistrements on peut entendre des ministres « vouloir en finir avec les Albanais », le ministre des Finances avouer que le pays « est au bord de la faillite », ou que le Premier ministre serait prêt à renégocier le nom de la Macédoine, contesté par la Grèce. Des informations sur des affaires de corruption et une surveillance étroite des magistrats sont également régulièrement dévoilées à l'occasion de ces « conférences-révélations ». Selon lui, c'est Nikola Gruevski qui est le commanditaire de ces écoutes, aidé en cela par le directeur des services secrets, Saso Mijalkov, qui n'est autre que son cousin.

   Selon le magazine Fokus, l’opération de police de Kumanovo aurait été destinée à remettre en selle le chef du gouvernement, fragilisé depuis le début de cette affaire. Nikola Gruevski, conservateur et nationaliste, dirige le pays depuis 2006. On l’accuse souvent de dérive autoritaire ; que le scénario guerrier pour restaurer la confiance dans l'Etat ait été préparé à l’avance n’est pas à exclure.

   Gruevski se dédouane de toute responsabilité et laisse entendre qu'il s'agit d'un complot dans lequel seraient impliquées l'opposition et une puissance étrangère. Il ne dément pas l'existence des enregistrements mais prétend que ce ne sont pas les services secrets macédoniens qui les ont effectués : ceux-ci auraient été commandités de l'étranger. Si aucun pays n'est jamais nommé, le message est clair. Il s'agit d'une accusation à l'encontre des Etats-Unis, très influents dans les pays voisins que sont l’Albanie et le Kosovo. Le gouvernement veut faire passer cette affaire de politique interne pour un scandale international. L’affrontement larvé entre les Etats-Unis et la Russie est ainsi pointé du doigts, avec les points de vue divergents concernant le projet russe de construction du gazoduc Turkish Stream, dans lequel la Macédoine semble prête à s’impliquer.

   Une manifestation a rassemblé 20 000 personnes le dimanche 17 mai. Décrite comme grandiose par la presse d'opposition, la presse proche du gouvernement a quant à elle dénoncé la « déstabilisation du pays ». Des manifestants sont restés toute la nuit devant le siège du gouvernement. « Nous parlons au nom de toutes les communautés ethniques de Macédoine, Macédoniens, Albanais et Serbes », a déclaré Zaev dans une foule brandissant des drapeaux macédoniens et albanais en signe d'unité communautaire. Les manifestants exigent la démission du Premier ministre, réélu en avril dernier pour quatre ans. Saso Mijalkov, chef des services secrets, ainsi que le ministre de l'Intérieur et celui des Transports ont été contraints à la démission.

   Une contre-manifestation pro-gouvernementale a rassemblé 30 000 personnes le lendemain. L’opposition les accuse d’avoir été payées par le gouvernement

   Lundi 18 et mardi 19 mai jusque tard dans la nuit, Zaev et Gruevski se sont réunis à huis clos à Strasbourg sous l'égide du Parlement européen. La Macédoine est candidate à l'adhésion à l'UE ainsi qu'à l'OTAN depuis 2004. Zaev déclare : « Nous croyons au dialogue et demandons des garanties de la communauté internationale quant à la mise en œuvre de ce qui aura été convenu » et laisse planer au-dessus de la tête de Gruevski la menace de nouveaux enregistrements compromettants. Ces tractations laissent sceptiques la plupart des manifestants, qui cachent pas leur hostilité à l’autocratique Zaev, aussi bien qu’à l’opposition sociale-démocrate.

   De ce conflit menaçant de s’internationaliser, le Kommersant prévient : « Comme pour le cas de l’Ukraine, l’Occident et la Russie s’impliquent de plus en plus dans la crise de Skopje, et la Macédoine menace de devenir une arène de confrontation entre l’Est et l’Ouest ».

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21/05/2015 - Après un incendie meurtrier, l’un des superviseurs des Jeux olympiques de Bakou démissionne

Rasim Adjalov, l’un des jeunes responsables de l’organisation des Jeux olympiques européens de Bakou, a annoncé sa démission dans un message publié sur Facebook. « Je suis désolé, mais mes valeurs comptent plus que mon gros salaire. C’en est trop », a-t-il déclaré sur le réseau social en partageant une page à la mémoire d'un enfant décédé lors d'un gigantesque incendie survenu le 19 mai.

La catastrophe, qui a fait 16 morts, a entièrement dévasté une tour d’habitation située dans le quartier de Binagadi, au nord de la capitale azérie. Des scènes de panique ont été reportées, certaines victimes ayant été contraintes de sauter dans le vide pour échapper aux flammes.

Selon le procureur général du pays, Zakir Garalov, le sinistre serait dû à la « faible qualité des matériaux de revêtement utilisés ». Une enquête a été ouverte. Le président du pays, Ilham Alyiev, s’est rendu sur les lieux du drame le 20 mai.

Cette catastrophe met en lumière la dangerosité des matériaux employés pour la rénovation des façades des bâtiments de la capitale, alors que le pays se prépare à accueillir les premiers Jeux olympiques européens. A Bakou, plus de 800 immeubles seraient ainsi recouverts de ce type de matériau. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du programme « d’embellissement » de la capitale destiné à promouvoir l’un des régimes les plus répressifs d’ex-URSS.

Voir également : "Les valeurs olympiques cédées à Bakou".

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17/05/2015 - Le mariage forcé d'une adolescente tchétchène suscite l'indignation

Les réseaux sociaux russes ont vivement réagi ces derniers jours à la vidéo du mariage de Kheda Guoïlabieva et de Najoud Goutchigov à Grozny. Il ne s'agit pas, en effet, d'un mariage comme les autres. Le marié s’appelle Najoud Goutchigov, il a officiellement 47 ans (57 selon plusieurs médias russes). Il est le chef de la police de Noja-Yourt en Tchétchénie, et l'ami de Ramzam Kadyrov, président de la République tchétchène. Louisa Guoïlabieva, elle, n'a que 17 ans.

En guise de bans de mariage, la future mariée avait, en avril dernier, contacté Elena Milashina, journaliste à Novaïa Gazeta, pour qu'elle lui vienne en aide. Elle déclarait que Najoud Goutchigov menaçait de l'enlever, si sa famille ne donnait pas son accord au mariage. Des amis de Kheda ont aussi contacté les médias, affirmant qu'elle tentait d'échapper aux demandes en mariage. En vain. La famille a finalement changé d'avis et la presse spécule sur les pressions et les compensations perçues.

Le doute plane d’ailleurs sur le consentement de la mariée. Sur les vidéos de la cérémonie, elle apparaît tête baissée, effrayée. Lifenews, tabloïd proche du Kremlin, publie un entretien dans lequel elle exprime sa satisfaction de se marier. Néanmoins, de nombreux titres de la presse russe parlent de « viol public », de « viol légal » et de « mariage forcé ». Les témoins déclarent qu'elle a acquiescé du bout des lèvres à la question « voulez-vous prendre Najoud Goutchigov pour époux ? ».

Incongruité supplémentaire dans cette perturbante cérémonie : c'est Asya Belova, journaliste à radio Grozny qui a officié. Les apparences formelles de la légalité semblent secondaires ici. L'immense cortège a ensuite rejoint un restaurant de Grozny, la capitale tchétchène, où Ramzan Kadyrov était présent, en personne, et a fait des démonstrations de danses traditionnelles.

En off, beaucoup d'invités au mariage se déclarent en réalité choqués. « J'aurais tué ma fille plutôt que la laisser se marier comme ça. Je suis contre les mariages précoces », a déclaré sous couvert d'anonymat une femme assistant à la cérémonie.        

Autre élément qui a ému l’opinion publique russe : Najoud Goutchigov est déjà marié et déclare ne pas compter divorcer de sa première épouse. Ainsi, il s’agit d’un mariage polygame, ce qui est parfaitement interdit par la Constitution de la Fédération russe, dont la Tchétchénie est un sujet à part entière.

Les associations de défense des droits de l'homme s'offusquent du fait que tout soit permis pour les amis de Ramzan Kadyrov en Tchétchénie. Le responsable des droits des enfants auprès du Kremlin, Pavel Astakhov, a pour sa part affirmé n'avoir trouvé aucune infraction à la loi dans ce mariage. « Aucun crime n'a été commis et les accusations selon lesquelles l'âge minimum légal n'est pas respecté sont fausses », a-t-il déclaré vendredi sur son compte Instagram. Ni Ramzan Kadyrov, ni Pavel Astakhov, n'ont répondu aux accusations de polygamie.

Ramzan Kadyrov est un défenseur de longue date de cette pratique. Considéré comme un protégé de Vladimir Poutine, qui l'a placé à la tête de la Tchétchénie, il multiplie les provocations contre le pouvoir central russe. Fin avril, il avait ainsi demandé à ses troupes de « tirer pour tuer » sur tout policier russe n'ayant pas l'autorisation de se trouver sur le territoire tchétchène. 

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04/05/2015 - Les bikers des « Loups de la nuit » entrent finalement en Europe

Après un passage à travers la Hongrie, les « Loups de la nuit » seraient actuellement en Allemagne. La semaine dernière, la Pologne a refusé l'accès de ce groupe de motards nationalistes et orthodoxes qui souhaite commémorer à sa manière la victoire soviétique sur l'Allemagne nazie. Partis le 25 avril aux cris de « À Berlin ! », ses membres organisent pour la troisième année consécutive une virée en moto de Moscou jusqu'à la capitale allemande. En Pologne, ils comptaient notamment s'arrêter à Katyn pour rendre hommage aux victimes du massacre perpétré en 1940 par les Soviétiques, ainsi qu'à Auschwitz.

Le 30 avril, le leader des « Loups de la nuit », Aleksandr Zaldostanov, dit le «Chirurgien», a annoncé que son club avait réussi à passer légalement la frontière de l'Union européenne. Vraisemblablement, seule une trentaine de motards, sur les centaines alignés sur la ligne de départ à Moscou, serait parvenue à entrer en Union européenne. 

Les « Loups de la nuit » forment un club de motards créé pendant la perestroïka. Composés uniquement d'hommes de l'ex-Union soviétique, les 5000 membres des «Loups de la nuit» se revendiquent homophobes, anti-occidentaux et orthodoxes fervents. Depuis 2013, l'organisation, dont Vladimir Poutine se dit proche, prend une place politique de plus en plus importante. Ils sont entre autre à l'origine des manifestations anti-Maidan de Moscou, soutenus par le Kremlin, et accusent « les fascistes » d'être à l'origine de la révolution ukrainienne. Plusieurs membres des « Loups de nuits » sont partis combattre en Ukraine et une virée de motards avaient eu lieu en Crimée juste avant son rattachement à la Russie.

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29/04/2015 - Interdiction surprise du parti d’Alexeï Navalny

Alexei Navalny a déclaré sur Twitter avoir appris par le site internet du Ministère de la Justice russe l'interdiction du Parti du progrès. Le très médiatique opposant avait créé ce parti en février 2014. La loi électorale russe, modifiée au début des années 2000, rend pourtant très difficile la création de partis politiques. Navalny avait six mois pour justifier de sections locales dans au moins la moitié des 85 sujets de la Fédération russe. Ces sections existent bien, mais leur enregistrement a été fait en retard. C'est l'argument qui a motivé la décision du Ministère. Ainsi, le parti du progrès n'a désormais plus le droit de présenter des candidats aux élections.

Cette annonce se fait dans un contexte bien particulier : le parti du progrès a annoncé au début du mois la formation d'une coalition électorale avec le RPR-Parnas, parti de centre-droit dont Boris Nemtsov était le leader. Celle-ci présentera des candidats lors d'élections locales cette année à Novossibirsk, Kostroma et Kalouga ainsi que lors des législatives de décembre 2016. Navalny et Kassianov, actuel co-président du RPR-Parnas et ancien premier Ministre de Vladimir Poutine, avaient expliqué la mise en place de cette coalition pour rejeter le « mensonge, la corruption et l'agression » et contre un système autoritaire « qui a anéanti l’opposition, détruit l’économie et plongé la Russie dans un conflit avec l’Ukraine ».

D'autres partis ont rejoint Kassianov et Navalny, dont le Parti libertarien, l'Initiative civique, le Parti du 5 décembre et Open Russia de Mikhail Khodorkhovski. Navalny estime qu'un « parti n'est pas un document administratif, mais des hommes, des sections et des projets » et que cette interdiction n'empêchera pas la coalition de présenter des candidats issus des rangs du parti. « Nous continuons le travail » a-t-il déclaré.

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26/04/2015 - Kazakhstan : réélection « pour la forme » de Noursoultan Nazarbaïev

Dimanche 26 avril, Noursoultan Nazarbaïev a été reconduit à la tête du Kazakhstan pour un cinquième mandat. Le Président sortant a recueilli 97,7% des voix avec un taux de participation atteignant les 95%.  Il s'agissait d'un scrutin anticipé : M. Nazarbaïev souhaitait consolider son pouvoir dans un contexte de grandes difficultés économiques. Réélu pour cinq ans, il aura, à la fin de ce mandat, régné plus de trente ans sur le Kazakhstan. Il bénéficie d'ailleurs d'une loi votée en 2007 qui lui permet à titre personnel de se présenter indéfiniment à l’élection présidentielle. En effet, cette loi stipule que seul le premier président du Kazakhstan peut participer à un nombre illimité de scrutins, tandis que les présidents suivants ne pourront effectuer qu'un seul mandat. Noursoultan Nazarbaïev est depuis 2010 le Chef de la nation. Ce titre, crée sur mesure et décerné à vie, l'autorise à décider des grandes orientations politiques de la république kazakhe.

 Le millier d’observateurs internationaux présents sur place ont mis en cause la validité du scrutin : le culte de la personnalité est tel au Kazakhstan que «l'abondance de panneaux et d'affiches » à la gloire de Nazarbaïev empêche toute expression politique alternative. Deux autres candidats à l'élection ont recueilli respectivement 1,6 et 0,7% des voix. Il s'agit du candidat communiste, Turgun Syzdykov, et d'Abelgazi Kusainov, Président de la Fédération des syndicats. Tous deux sont en réalité proches du pouvoir et ont déjà occupé de hauts postes administratifs. Trois autres candidatures avaient été refusées par la commission électorale, au motif que les candidats n'avaient pas réussi l'examen de langue kazakhe. Parmi eux se trouvait le candidat de l'Union des Musulmans du Kazakhstan, Murat Telibekov.

A l'issu du scrutin, Noursoultan Nazarbaïev a déclaré que le Kazakhstan avait prouvé sa propre cohérence. Bien que lié à la Russie, le Kazakhstan, dont la partie septentrionale est largement russophone, observe avec inquiétude les déchirements identitaires à l’œuvre actuellement en Ukraine.

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18/04/2015 - Un ex-volontaire russe revient sur son engagement aux côtés des rebelles du Donbass

 

Dans un entretien paru le 17 avril sur la version russophone de Radio Free Europe, Bondo Dorovskikh, homme d’affaires moscovite, revient sur son expérience décevante au sein de la brigade de volontaires « Prizrak » présente dans le Donbass aux côtés des séparatistes. Evoluant jusque-là confortablement dans le milieu des hydrocarbures, Dorovskikh affirme s’être engagé pour des motifs purement idéologiques. Ses attentes, cependant, ont été très rapidement déçues. « Quand tu arrives là-bas, tu comprends littéralement dès les premières minutes que tu n’as pas affaire à une unité militaire, mais à une véritable bande armée ».

Dorovskikh décrit la facilité avec laquelle il a pu rejoindre les troupes combattantes. Aucune demande ne lui a été faite concernant une potentielle expérience militaire, par exemple. Après avoir franchi la frontière russo-ukrainienne en compagnie d’autres volontaires, des armes lui auraient été remises en territoire ukrainien. L’homme décrit des hommes très bien équipés et soutient, d’après les témoignages de ses anciens compagnons d’armes, que l’intervention de l’armée de l’air russe a été décisive dans le succès militaire des rebelles pendant l’été 2014.

L’ancien combattant estime à 30%, maximum, le nombre de combattants étrangers présents dans les rangs de la brigade « Prizrak », au moment où lui-même s’y trouvait. Il s’agirait majoritairement de Russes, mais également de quelques Espagnols, Italiens et Français. Les combattants locaux seraient, selon lui, principalement des repris de justice ayant décidé de rejoindre la rébellion. Il décrit par ailleurs des relations peu chaleureuses entre son unité et les habitants locaux. « Les habitants,  qui nous considéraient comme des forces d’occupation, nous ont adressés des réflexions à plusieurs reprises. Ils nous demandaient : pourquoi vous êtes venus jusqu’ici ? »

Le combattant repenti sur fond de guerre hivernal.

Envoyé sur la ligne de front après les premiers accords de cessez-le-feu signés début septembre 2014, l’homme affirme avoir été dégouté par les bombardements persistants des rebelles sur les lignes ukrainiennes. C’est à partir de ce moment qu’il aurait commencé à avoir « de l’empathie pour la partie adverse ». Toutefois, dès le début de son engagement, une bagarre entre rebelles et des tentatives d’exécutions de civils avaient déjà commencé à le faire douter. Visiblement très dépité, l’ancien volontaire « conseille à tous de ne pas partir dans le Donbass. C’est un patriotisme trompeur. Il n’y a pas de Russie là-bas, seulement une véritable agression ».

Fait notable, Bondo Dorovskikh souligne les relations conflictuelles entre la brigade « Prizrak » et les autorités des Républiques populaires de Louhansk et de Donetsk. Soucieuse de conserver son indépendance, la brigade Prizrak aurait ainsi refusé à plusieurs reprises de fusionner avec les troupes rebelles de Louhansk. Dans un contexte de lutte d’influence entre les différents groupes armés du Donbass, le chef de la brigade Prizrak, Alexeï Mozgovoï, a ainsi été victime, début mars, d’une tentative d’assassinat qui a coûté la vie à deux de ses gardes du corps. Fin mars, le groupe a finalement été intégré aux milices populaires de la République populaire de Louhansk, chargées de maintenir l’ordre dans cette nouvelle « zone grise » d’Europe orientale.

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1/03/2015 - La marche moscovite en images

Ce dimanche 1er mars se sont réunies dans le centre de Moscou des dizaines de milliers de personnes pour rendre hommage à l'ancien vice-Premier ministre et opposant à Vladimir Poutine Boris Nemtsov , assassiné vendredi soir à quelques mètres du Kremlin.

Le témoignage en images du photographe moscovite Vladimir Yarotskiy.

 

 

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19/02/2015-Bosnie : Le premier Bosnien reconnu par la Bosnie

   Pratiquement vingt ans après les accords de Dayton, l'état-civil de Bosnie-Herzégovine a accepté pour la première fois de reconnaître comme "Bosnien" l'un de ses citoyens. Alors qu'on ne pouvait auparavant se déclarer qu'en tant que Bosniaque, Croate, Serbe ou "autre", le combat administratif et judiciaire des parents du petit Faruk Sakala (né à Sarajevo en avril 2014, reconnu comme Bosnien début février 2015) a abouti à un changement symbolique d'importance. Cette famille, de confession musulmane, a, par cette procédure, effectué un acte politique visant à "combattre les divisions renforcées par l'assimilation de la nationalité à l'ethnie" et permettant de prouver que des points communs, autres que les Ćevapi (ou Ćevapčići), peuvent exister entre les habitants de Bosnie-Herzégovine .

 

Ćevapis mangés àTuzla

 

  Les tensions entre les différentes ethnies présentes dans le pays  inquiètent les citoyens d'ex-Yougoslavie qui, régulièrement, affirment craindre une nouvelle guerre. La situation d'inégalité entrainée par le fait que les trois ethnies majoritaires soient considérées comme les seuls "peuples constitutifs" a été condamnée en 2009 par la Cour européenne des droits de l'Homme. En effet, les Rroms et les Juifs n'ont pas la possibilité d'être élus à la tête du pays ou à la Chambre haute du Parlement.

  En raison des situations politique, économique et sociale particulièrement mauvaises en Bosnie, de nombreux observateurs décrivent cet État comme "un navire à la dérive". L'espoir peut tout de même venir des citoyens qui, de plus en plus, manifestent et organisent leur mécontentement : un an après un mouvement social d'envergure (parfois appelé "Printemps bosnien"), la situation ne s'est pas améliorée et laisse penser qu'une suite est à venir.

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