Brèves

17/02/2015-Belarus : Comment Loukachenko tire profit de la crise ukrainienne

 Ce document est une traduction de l'article "How Lukashenko Is Milking the Ukraine Crisis" écrit par William H. Hill pour le Moscow Times (http://www.themoscowtimes.com/opinion/article/how-lukashenko-is-milking-the-ukraine-crisis/516000.html%29)

 

   L’encre avait à peine séché sur les documents signés à Minsk pour résoudre le conflit en Ukraine de l’Est que les spéculations commençaient déjà pour savoir qui étaient les « gagnants » et les « perdants » de cet accord.

   Pratiquement tous les commentateurs ont oublié l’un des probables grands vainqueurs en la personne du président bélarusse Alexandre Loukachenko, pour qui le processus en lui-même, indépendamment de ce qui en résultait, constitue un succès, lui permettant de jeter un pont entre Moscou et Bruxelles tout en maintenant un contrôle incontesté sur les affaires intérieures de son pays.

   Lorsque l’on regarde les vidéos du sommet de Minsk, il semble incongru de se rappeler à quel point Loukachenko était un paria international il y a à peine cinq ans.

 

Lors du sommet Minsk II le 11/02/2015 : le président bélarusse avec ses homologues russe, allemand, français et ukrainien

 

   Suite à une élection présidentielle de 2010 largement jugée comme non respectueuse des normes internationales, et à des manifestations post-électorales violemment réprimées par les forces de sécurité, Loukachenko et des membres de son gouvernement ont été soumis à des sanctions venant à la fois de l’Union européenne et des États-Unis. En outre, les relations officielles ont été réduites au strict minimum : il s’agissait d’une réponse non seulement aux violations du droit international lors des élections parlementaires, mais aussi aux violations répétées des droits de l’Homme et à la répression de la société civile au Belarus.

   Alors, que doit-on penser en voyant Loukachenko dans le rôle d’hôte rayonnant pour le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président ukrainien Petro Porochenko et, bien sûr, le président russe Vladimir Poutine ?

   Apparemment, tout n’est tout de même pas pardonné puisque l’Union européenne a récemment prolongé d’un an ses sanctions contre le Belarus: c’était le 30 octobre 2014. Mais un flux croissant de représentants de l’Union européenne et des pays occidentaux a visité Minsk récemment dans l’optique de régler la crise en Ukraine.

   En fait, depuis longtemps, Loukachenko a cherché à marcher sur une ligne très fine entre la Russie et l’Ouest, en professant la loyauté de son pays envers Moscou (avec notamment la participation au projet d’Union eurasiatique de Poutine) tout en cherchant à soutenir et développer des relations diplomatique et économique avec l’Ouest (et l’Union européenne, en particulier).

   Le Belarus n’a jamais cessé de soutenir son intégration aux projets économique russes, mais s’est également montré prêt à défier Moscou pour défendre ses propres intérêts. La détention en 2013 du dirigeant d’Uralkali (géant russe dans le domaine des engrais) pour « abus de pouvoir » lors d’un différend commercial en est un exemple.

Dans le même temps, le Belarus a fait des concessions mineures sur les droits de l’Homme et les prisonniers politiques en échange d’un dialogue accru avec Bruxelles -cela a été le cas lors des récentes négociations sur le processus de facilitation des visas.

   Dans ce contexte, la crise et la guerre en Ukraine ont amené à la fois des menaces et des opportunités pour Loukachenko. La menace la plus évidente est la présence d’un conflit militaire ouvert non loin de ses frontières, mettant clairement en danger la stabilité et la sécurité de son pays.

   Le conflit entre la Russie et l’Ukraine constitue également une menace économique pour Minsk, qui dépend fortement des marchés en Europe de l’Est, spécialement de ceux de ces deux grands voisins. La polarisation politique entre la Russie et l’Ouest (et particulièrement l’Union européenne), amenuise les chances diplomatiques de Loukachenko pour monter des nouvelles initiatives politiques avec l’Ouest. Enfin, les sanctions économiques contre la Russie et la chute du rouble qui en découle ont un potentiel extrêmement négatif sur la balance commerciale du Belarus.

   Cependant, la crise et la guerre en Ukraine et le froid entre la Russie et l’Ouest ont également permis des ouvertures économiques et politiques  pour Loukachenko. L’embargo alimentaire russe sur les produits européens offre de grandes possibilités pour les entrepreneurs bélarusses : ils peuvent s’enrichir en expédiant ces biens en Russie après les avoir déguisés en produits bélarusses -un stratagème déjà employé lors des embargos russes sur les produits moldaves et géorgiens-. La crise a offert à Loukachenko à la fois la chance d’affirmer sa propre indépendance et celle de gagner la bienveillance de l’UE en critiquant les sanctions russes à l’égard de l’Ukraine et de la Moldavie, perçues comme une punition de leurs velléités à développer des relations plus étroites avec Bruxelles.

   Surtout, la guerre en Ukraine a donné à Loukachenko l’inestimable opportunité d’endosser le rôle du médiateur honnête et impartial entre la Russie et l’Ouest, ainsi qu’entre Kiev et les séparatistes de l’Est.

   Minsk s’est imposé comme le lieu naturel pour des pourparlers sur l’Ukraine. Maintenant des relations étroites avec Moscou et Kiev, la capitale du Belarus s’est avérée être un site suffisamment neutre aux yeux des négociateurs européens. Loukachenko a pris soin d’apparaître en hôte neutre et courtois.

      Lors d’une conférence de presse, il a fait allusion aux liens sacrés de son pays avec la Russie et a assuré qu’il n’avait pas l’intention d’aller en guerre avec l’Ouest « pour faire plaisir à quelqu’un ». En plus de recevoir les leaders occidentaux lors des négociations sur la crise ukrainienne, Loukachenko est récemment allé encore plus loin en annonçant une visite à Tbilissi en Géorgie au prochain printemps.

   Les leaders nationalistes et les analystes en Russie ont dénoncé certaines des prises de positions du président biélorusse comme bien trop pro-occidentales. Néanmoins le Kremlin ne souhaite probablement pas le freiner puisqu’un Belarus ostensiblement indépendant est un lieu idéal pour la tenue de futures négociations avec les leaders occidentaux sur le futur de l’Ukraine.

   En outre, alors que l’offensive de charme diplomatique de Loukachenko a peut-être amélioré ses relations avec les pays occidentaux, pratiquement rien n’a été fait pour changer la nature de sa politique intérieure. Les violations des droits de l’Homme restent systématiques, des prisonniers politiques de premier plan sont encore en prison et les libertés de la presse sont toujours très limitées par les autorités gouvernementales.

   Mais alors, pourquoi Loukachenko devrait-il jouer le rôle du médiateur neutre et d’artisan de la paix ? Du côté positif, si l’on met de côté la vanité du Président et sa volonté de restaurer sa réputation internationale, les relations avec l’Union européenne (et même les États-Unis) se sont améliorées et le Belarus a des liens économiques avec l’étranger plus équilibrés. D’un point de vue cynique, des élections vont avoir lieu cette année et aucune amélioration dans la presse ou dans la société civile ne semble poindre à l’horizon. Loukachenko ne craint certainement pas de perdre, mais une condamnation internationale d’ampleur vis-à-vis d’une autre élection truquée peut être un sujet de préoccupation.

   Peut-être les autorités de Minsk espèrent-elles que les succès diplomatiques et l’amélioration des relations avec Bruxelles seront en mesure de cacher l’absence de changement dans la politique répressive exercée à l’intérieur de ses frontières. A un moment, les autorités pourraient répondre plus positivement aux désirs de la société civile de leur pays. Pour l’instant, ce sont les cyniques qui ont la main.

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17/02/2015 - Mikheil Saakashvili, nommé conseiller pour les réformes en Ukraine

   Le président ukrainien Petro Poroshenko a annoncé le 13 février dernier la mise en place d’un Conseil international sur les réformes. L’ex-président géorgien Mikheil Saakashvili a été nommé à la tête de cet organe consultatif qui a pour principale mission d’élaborer des propositions et des recommandations pour la bonne exécution des réformes en Ukraine. Le gouvernement ukrainien souhaite réformer l’appareil législatif du pays et mise sur ce conseil qui sera constitué d’experts internationaux. De plus, ce nouvel organe devrait servir de portail de dialogue de l’Ukraine vers l’international et vice versa.

   Mikheil Saakashvili, réformateur pro-occidental arrivé au pouvoir en Géorgie par une révolution pacifique en 2003, tenait déjà un rôle de conseiller auprès du président ukrainien, mais aujourd’hui c’est un rôle officiel qu’il se voit attribué.

Saakachvili et le drapeau ukrainien (Mstyslav Chernov/Unframe)

   Instigateur de grandes réformes en Géorgie, l’ancien président a notamment lutté contre la corruption et réussi à relancer le pays économiquement. Les Géorgiens retiennent souvent de lui qu’il a réussi à amener l’électricité dans les chaumières. Cependant, son autoritarisme et la guerre de 2008 lui ont valu une chute de popularité.

   La réaction de Bidzina Ivanishvili, ancien Premier ministre et fondateur du parti Rêve géorgien, ne s’est pas fait attendre : il juge ce choix regrettable. L’ex-président Saakashvili est en effet recherché par la justice géorgienne, accusé d’abus de pouvoir notamment lors de la répression des manifestations antigouvernementales de novembre 2007.

   En Ukraine, ce n’est pas la première fois que des Géorgiens sont affectés à de hauts postes depuis le début de la crise. Ekaterine Zguladze a ainsi été nommée le 17 décembre 2014 vice-Premier ministre de l’Intérieur, un poste qu’elle avait occupée en Géorgie de 2006 à 2012. Ce poste avait auparavant été proposé à Saakashvili qui l'avait refusé pour ne pas avoir à renoncer à sa citoyenneté géorgienne.
   
   Alors que trois étrangers avaient déjà été nommés à des postes ministériels le 2 décembre 2014, le nouveau gouvernement confirme par cette nouvelle nomination une nouvelle tendance, peu à l'abri des critiques.

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16/02/2015-Ukraine-Nouvelles sanctions européennes : le "Frank Sinatra" russe visé

      L’Union européenne a publié aujourd’hui, 16 février 2015, une nouvelle liste de 19 individus et 9 entités sanctionnés pour leur « action déstabilisant ou menaçant l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». Parmi eux, l’artiste les plus décoré de Russie, parfois décrit comme le « Frank Sinatra russe », Yossif Kobzon.

Poutine décore Kobzon au Kremlin (Misha Japaridze/AFP)

    Septuagénaire né dans l’oblast de Donetsk, l’ « artiste du peuple de l’URSS » paye ainsi son soutien à l’autoproclamée République populaire de Donetsk, notamment lors d’une visite ponctuée par un concert à la fin du mois d’octobre 2014. A la suite de cette visite, il avait été nommé consul honoraire en Russie par les forces séparatistes, alors même que sa présence dans la sphère politique était effective depuis 1997 et son élection à la Douma (http://www.liberation.fr/culture/1997/09/19/la-douteuse-election-du-iossif-kobzon-depute-crooner-proche-de-la-mafia-il-s-acheterait-ainsi-un-sta_214436).

Statue de Kobzon à Donetsk

    Dans un exercice aux allures de propagande soviétique, médiatisé par la chaîne de télévision Novorossia (organe de propagande pour les « séparatistes »), ce « colosse du music-hall soviétique et contemporain » (selon les termes de Boris Litvinov, Président du conseil suprême de la République de Donetsk)  clamait son amour pour la Russie et « son » Donbass « qui ne pourra jamais être humilié ». Accompagné par l’Ensemble académique du ministère de l’Intérieur russe (chœurs de l’Armée rouge), il avait à cette occasion chanté plusieurs chants populaires soviétiques avant d’entonner avec le Premier Ministre de la République populaire de Donetsk la chanson : « Ô vie, comme je t’aime ! »

Kobzon (à droite et à 77 ans) et le Premier Ministre de la République populaire de Donetsk, Aleksandr Zakhartchenko. 27 octobre 2014

   Abordant les thèmes anti-guerre et le conflit dans l’Est ukrainien, Kobzon avait pour mission déclarée « de remonter le moral au public et de rehausser l’esprit patriotique de tous les spectateurs ».

      C’est donc son soutien affirmé aux séparatistes dans un Donbass décimé par la guerre qui lui vaut d’être ajouté à la liste des 151 personnalités sanctionnées par l’Union européenne depuis le début d’un conflit. Cette guerre a fait plusieurs milliers de morts et, selon le rapport rendu par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, près d’1,6 millions de personnes déplacées.

 

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14/02/2015-Géorgie : des progrès selon Reporters Sans Frontières

Selon l’organisation non gouvernementale Reporters Sans Frontières, la Géorgie fait des progrès en matière de liberté de la presse puisqu’elle gagne 15 places dans le classement, figurant aujourd’hui en 69ème position mondiale, et en hausse depuis 3 années consécutives. L’ONG note que la Géorgie est pratiquement revenue au niveau qu’elle avait avant la guerre avec la Russie de 2008. Cette avancée est due à diverses réformes mises en place récemment et notamment après les élections qui ont porté au pouvoir la coalition du « Rêve géorgien » ; l’une des réformes importantes a notamment visé à changer les procédures de nomination du conseil d’administration de la Radio télévision publique géorgienne, en garantissant une dépolitisation de ces nominations. Cependant, le paysage médiatique se caractérise toujours par une forte polarisation politique.  Rustavi 2, la principale chaîne du pays, est ainsi fortement liée au parti de l’ancien président Saakashvili, le Mouvement National Uni.

 

Un géorgien lit son journal au lendemain de l'électionde Margvelachvili, dimanche 27 octobre 2013

 

Reporters Sans Frontières publie chaque année un rapport sur l'état de la liberté de la presse dans le monde. Elle propose un classement où 180 pays sont notés selon différents critères, dont l’indépendance des médias. L’ONG déplore cette année un recul généralisé pour une majorité des pays qui peut s’expliquer par diverses raisons comme la recrudescence des conflits, la menace d’acteurs non étatiques gagnant du pouvoir ou la crise sociale et financière.

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13/02/2015- Sommet serbo-kosovar à Bruxelles : l'analyse du Ministre kosovar pour l'intégration européenne

    Une rencontre a eu lieu à Bruxelles les lundi 9 février et mardi 10 février 2015 entre les gouvernements serbe et kosovar. Après des « discussions âpres et longues », un accord judiciaire a été signé, symbolisant le réchauffement des relations entre ces deux pays. Plusieurs décisions significatives ont été prises : la présidence du tribunal de première instance de Mitrovica Nord sera confiée à un Kosovar serbe et la parité entre les procureurs du Tribunal de Mitrovica a été décidée. De plus, et d’un point de vue plus symbolique, la Serbie s’est engagée à détruire le « parc de la paix » planté en juin dernier sur le pont de cette même ville, qui avait provoqué l’ire des Albanais. Mitrovica, ville emblématique des tensions entre communautés serbe et albanaise, a ainsi été au centre de ce dialogue supervisé par la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Federica Mogherini.

 

 

A Mitrovica, devant le « Pont Austerlitz » (baptisé par des militaires français en 1999), symbole des discordes entre communautés albanaise et serbe. Les petits sapins verts forment le « parc de la paix » si critiqué par les Albanais en juin 2014. Ce parc qui empêchait le passage des voitures sur le pont devrait être bientôt retiré. On y perçoit des soldats italiens de forces de l’OTAN. Photo prise en décembre 2014.

 

L'intervention du Ministre pour l'intégration européenne

   C’est donc fatigué mais satisfait qu’est apparu le ministre kosovar pour l’Intégration européenne, Bekim Çollaku, à l’occasion d’une conférence organisée par le "European Policy Center" mardi 10 février. Dans un exercice classique de justification de la politique de son gouvernement, il s’est réjoui des dernières élections en les décrivant comme « équitables et démocratiques », mais est également revenu sur la crise institutionnelle de 2014 en la qualifiant d’épreuve particulièrement difficile, ayant nuit à l’image du Kosovo à l’intérieur comme à l’extérieur.  « C’est plutôt bon signe puisque des pays européens, comme la Belgique, ont connu ce type de situation », a-t-il ensuite ajouté non sans ironie.

   Bekim Çollaku a tenu à présenter les priorités de son gouvernement en mettant l’accent sur sa position europhile. Conscient de la complexité de la voie vers l’intégration à l’Union européenne de son pays, il a affirmé que son pays faisait tout dans ce sens en travaillant notamment sur un rapport prévu pour l’été 2015 dont l’objectif est de régler le problème des visas pour les citoyens de son pays. Loin de sous-estimer le problème de l’émigration, il a dénoncé le statut de réfugié octroyé par certains pays aux ressortissants kosovars : « nous ne sommes pas un pays en guerre, la sécurité règne ». La nécessité d’une coopération avec la Serbie et la Hongrie, pays de transit privilégiés par les Kosovars pour rejoindre illégalement l’Europe de l’Ouest, a elle aussi été soulignée. Il a par ailleurs appelé à une amélioration rapide du processus d’octroi de visas Schengen pour les citoyens kosovars, spécialement les jeunes, qui « veulent découvrir l’Europe ».

   La situation particulièrement compliquée de la jeunesse kosovare (qui représente 70% du pays et la majorité des chômeurs) a ainsi été décrite comme l’une des priorités du gouvernement. Le renforcement de l’économie de marché, notamment à travers des privatisations massives, sera le pivot de l’ensemble des réformes prévu pour les années à venir, avec pour objectif de « créer des milliers d’emplois ». La privatisation du principal complexe skiable kosovare et la construction d'une centrale ont été présentées comme les mesures-phares de cette approche.

   Le ministre a de son mieux séparé le « politique » et le « socio-économique », n’abordant qu’à la suite d’une question dans l’audience les mouvements sociaux qui ont ébranlé le Kosovo il y a deux semaines. Ces manifestations, « d’une violence intolérable » et « dont le nombre de manifestants (nous) a étonné(s) » ont été qualifiées par le ministre d’ « événement politique » et non « socio-économique » ; il a néanmoins admis que les deux principales revendications (nationalisation de la mine de Trepça et renvoi du ministre serbe Jablanovic) étaient portées par un fort sentiment de frustration de la part de la population. Si le ministre Jablanovic a été remercié le 3 février pour ses « propos indécents » envers la population albanaise du Kosovo, il a balayé la possibilité de nationaliser le complexe minier en décrivant cette perspective comme déraisonnable et en contradiction avec la politique libérale de son gouvernement. Le plan de nationalisation annoncé avant le recul de son gouvernement visait selon lui à restaurer la mine pour attirer les investisseurs : pas un mot n’a été dit sur les pressions serbes et européennes.

   « Les emplois sont notre priorité », a-t-il répété à plusieurs reprises. Reste à savoir si les réponses engagées endigueront l’exode massif des citoyens résultant du manque de confiance vis-à-vis des décideurs politiques et d’une situation socio-économique particulièrement difficile. On peut en douter et ainsi s’attendre à une réponse européenne visant à renforcer le contrôle aux frontières pour limiter l’émigration et éviter des crises humanitaire (conditions de vie des réfugiés) et démographique (risque pour le pays de se vider) importantes.

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4/02/2015 Kosovo : Retour sur un mois de janvier tendu

      Le Kosovo a connu au mois de janvier un brusque regain de tensions sociales et politiques, un mois à peine après la formation d’un gouvernement de coalition qui mettait fin à une longue crise institutionnelle. Depuis la fin 2014, la situation kosovare semblait s’être stabilisée, permettant même au Premier ministre serbe Aleksandar Vučić d’effectuer un voyage officiel dans les enclaves serbes du Kosovo à l’occasion du Nouvel An orthodoxe. Cette visite devait témoigner par la même occasion d’une certaine « normalisation » des relations entre la Serbie et son voisin, dans la suite logique de l’accord signé sous la houlette de l’Union européenne en avril 2013.

      Les appels au dialogue et à la tolérance (« Nous ne devons pas avoir peur de communiquer entre nous ») du Premier ministre se sont mêlés à un discours assez classique dont l’objectif était de rassurer les 120 000 Serbes dispersés à travers les fameuses enclaves. Lors de cette visite, assez mal perçue par de nombreux Kosovars albanais, l’écart de conduite n’est pas venu de lui, mais de l’un des trois ministres kosovars issus de la minorité serbe : le ministre du Travail Aleksandar Jablanović. Alors qu’un petit groupe de Serbes s’apprêtaient à visiter un monastère à Gjacovica/Djakova, une ville de l’ouest du Kosovo pratiquement vidée de sa population serbe après 1999, une poignée de militants kosovars albanais les en ont empêchés. Ces militants, qui réclament notamment que lumière soit faite sur les nombreuses disparitions de Kosovars albanais dans cette ville en 1999, critiquaient la visite de « criminels de guerre » sur leur sol : parmi ces visiteurs se trouvaient en effet plusieurs anciens habitants suspectés d’avoir collaboré avec les forces serbes.

      Un incident qui a fait réagir Aleksandar Jablanović. En qualifiant publiquement les manifestants de « sauvages », le ministre ne s’attendait cependant probablement pas à devenir la cible d’un mouvement d’envergure, auquel viendrait s’ajouter la question de la mine de Trepça.

La mine de Trepça

      Complexe minier du nord du Kosovo dont sont extraits plomb, zinc et argent, Trepça est situé aux alentours de la ville symbolisant le mieux les tensions serbo-albanaises du pays : Mitrovica. Encore propriété du gouvernement serbe, Trepça a fait l’objet d’un projet de loi de nationalisation par les autorités kosovares, projet rendu véritablement public le 23 janvier 2015 et dont l'annulation a grandement contribué à jeter les citoyens du Kosovo dans la rue.

 

"Le Kosovo est la Serbie" (en langue russe)//"La Crimée est la Russie" (en serbo-croate)

 

Manifestation, conflit social et incertitudes

      Le 24 janvier 2015 a eu lieu la première manifestation d’une série qui pourrait s’avérer longue. Les revendications à caractère politique et économique ont souvent pris un aspect anti-serbe. Entre 7000 et 10 000 manifestants ont répondu à l’appel de l’opposition pour exprimer leur colère vis-à-vis du gouvernement et exiger du Premier ministre Isa Mustafa à la fois le limogeage de Jablanović et le vote de la loi sur la nationalisation de Trepça.

      Le 26 janvier, sous la pression de la Serbie, mais aussi de l’Union européenne, les autorités kosovares ont enterré le projet de nationalisation du combinat. Le lendemain, les slogans « A bas le gouvernement ! », « Jablanović dehors » ou encore « Je suis Trepça » résonnaient dans les rues de la capitale, arpentées par plus de 10 000 personnes. Les journalistes et témoins sur place ont décrit une situation très violente avec des affrontements entre manifestants et forces de police ayant fait entre 50 et 100 blessés (les deux camps compris). De 100 à 170 manifestants ont été interpellés et des cars venus de Mitrovica et de Prizren (sud-ouest du pays) ont à plusieurs reprises été arrêtés.

      Le 3 février, première victoire pour ce mouvement de protestation avec le limogeage de Jablanović. Cette décision permet au gouvernement kosovar de souffler un peu et de partiellement répondre aux attentes des manifestants. Concernant la mine de Trepça, il ne semble pas vouloir ni pouvoir reculer. Les manifestations devraient reprendre courant février malgré un coup d’arrêt.

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31/01/2015-Kirghizistan : Accord économique franco-kirghize: un trompe-l'œil?

    Eutelsat, société française spécialisée dans les télécommunications, a annoncé lors du salon international CTSB qui s’est tenu fin janvier à Moscou la signature d’un important contrat avec le groupe audiovisuel kirghize public RPO RMTR, ayant pour objectif de favoriser la transition numérique dans un pays très montagneux où l’accès aux nouvelles technologies est encore peu développé.

    La conclusion de ce contrat détonne dans un contexte d’omniprésence des entreprises chinoises et, à moindre échelle, russes au Kirghizstan. La Chine, partenaire et voisin proéminent, accorde une importance toute particulière à ce pays en vue de l’établissement d’une « nouvelle route de la soie ». C’est dans cette dynamique qu’elle investit des milliards de dollars pour la construction de plusieurs autoroutes ou pour un réseau de voies ferrées dont l’objectif à terme est de rallier l’Allemagne. Parallèlement, les autorités kirghizes affichent leur préférence pour une option de politique étrangère les menant à l’Union eurasiatique proposée par Vladimir Poutine plutôt qu’à un partenariat avec l’Occident. Un choix qui les a par exemple menées à ne pas renouveler le bail de la base militaire américaine de Manas en juin 2014. D’un point de vue purement économique, les rapprochements ont été spectaculaires avec le rachat par Gazprom de l’opérateur publique Kirghizgaz en avril 2014. Fin janvier 2015, le géant russe a affirmé vouloir accroître ses investissements dans le pays.

     

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16/12 (Courrier International) La dégringolade du rouble rappelle le krach de 1998

La Banque centrale russe a annoncé au milieu de la nuit une très forte hausse de son taux directeur. Elle tente ainsi de juguler la déroute du rouble, qui a encore chuté de près de 10 % le 15 décembre. A Moscou, l'inquiétude grandit.

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09/12 (Alternatives Internationales) Russie : de la difficulté à freiner la machine de l’histoire

Cherchant à affoler l'Ukraine, les fauteurs de trouble du Kremlin pourraient subir quelques effets boomerang. Des personnages proches du pouvoir commencent à exprimer à voix haute leurs inquiétudes, les opposants précisent leurs diagnostics, tandis que les « leaders » des enclaves séparatistes se montrent décidément très bavards.

Cette machine à dévier le cours de l'histoire lancée à toute allure il y a une année pourrait bien au passage venir bousculer son initiateur.

 

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3/12 Ukraine : trois étrangers à des postes ministériels

Ce mardi 2 décembre, le parlement ukrainien a voté la confiance au nouveau gouvernement mené par le premier ministre Arsenii Iatseniouk. Dans le même temps, le parlement a aussi confirmé la nomination de trois étrangers à des postes ministériels.

Ainsi, c'est un lituanien, Aivaras Abromavicius, qui sera ministre de l'Economie. A la Finance, on retrouvera une américaine d'origine ukrainienne ayant travaillé pendant de nombreuses années pour le département d'Etat américain. Enfin, le ministre de la Santé sera le géorgien Alexandre Kvitachvili. Celui-ci avait occupé le même poste en Géorgie dans le gouvernement de l'ex-président Sakaachvili à qui le poste de vice-premier ministre aurait aussi été proposé. Ce dernier l'a cependant refusé car il aurait dû renoncer à sa citoyenneté géorgienne.

Le 1er décembre, un décret a officiellement accordé la nationalité ukrainienne aux trois nouveaux ministres. Selon le président Porochenko, ces nominations de ressortissants étrangers à des postes de pouvoir répondent aux besoins de réformes du système économique et s'inscrivent dans une perspective de lutte contre la corruption.

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(Courrier international) 26/11 - Russie-Abkhazie : un partenariat très stratégique

Le 24 novembre à Sotchi, la Russie et l'Abkhazie, représentée par son président Raoul Khadjimba (élu en 2014), ont signé un accord de coopération et de partenariat stratégique. L'accord prévoit la création d'un espace de défense et de sécurité commun, d'un centre de coordination des organes de l'Intérieur, l'amélioration des normes sociales en Abkhazie et l'augmentation progressive des salaires. A cet effet, Moscou versera à Soukhoumi 5 milliards de roubles (soit 87 millions d'euros) en 2015.

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25/11 - Ukraine : nomination controversée du nouveau chef de la police de Kiev

En Ukraine, le ministre de l'Intérieure a désigné Vadim Troyan en tant que nouveau chef de la police de Kiev. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette désignation est des plus contestée.

Vadim Troyan, 35 ans, est le commandant du bataillon Azov, qui combat dans l'est de l'Ukraine depuis des mois. Connu pour ses symboles controversés, ce bataillon est infiltré par des groupuscules d'extrême droite. Troyan lui-même est suspecté d'être membre de l'organisation « Patriotes d'Ukraine » qui s'est fait connaitre par ses attaques violentes de migrants et étudiants étrangers à Kharkiv. De plus, au-delà du caractère sulfureux du personnage, le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov n'a pas consulté les associations de la société civile lors cette nomination, ce qu'il aurait pourtant dû faire.

Au final, comme l'indique le « Kharkiv Human Rights Protection Group », la nomination d'un tel personnage sans consultations avec la société civile s'inscrit en porte-à-faux total avec « l'esprit et le sens de la réforme de la police » en Ukraine.

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04/11 - Belarus : nouvelle exécution selon le Centre des droits de l'Homme Viasna

Les autorités du Belarus auraient procédé à l'exécution d'Alyaksandr Hrunou, condamné l'année passée à la peine capitale pour le meurtre d'une jeune femme. C'est en tout cas ce que révèle le Centre des droits de l'Homme Viasna, dirigé par Ales Bialitaski. Selon l'organisation, tous les recours auraient été épuisés le 13 octobre dernier. Par la suite, le 4 novembre, la mère du condamné aurait reçu par la poste un colis contenant les vêtements portés par son fils dans le couloir de la mort, ce qui attesterait de l'exécution de la peine.

Le Belarus est le dernier pays européen ayant recours à la peine de mort. Les exécutions se déroulent dans le plus grand secret, souvent sans avertir officiellement les familles des condamnés. Leurs dépouilles ne sont pas remises à leurs proches et ceux-ci ne sont même pas informés du lieu où le corps a été inhumé.

En avril de cette année, deux autres personnes ont été exécutés au Belarus. Depuis 1990, ce sont plus de 300 personnes qui auraient été condamnées à mort dans le pays.

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(Courrier international) 28/10 - Emprisonnée à Moscou, fraîchement élue en Ukraine

La pilote ukrainienne Nadia Savtchenko, kidnappée par les séparatistes dans le Donbass le 18 juin 2014 puis transférée en Russie où elle est jugée pour "crimes de guerre", vient d'être élue députée en Ukraine. "Tout laisse croire que Savtchenko, qui était tête de liste, a été élue aux législatives du 26 octobre. Les décomptes confirment que son parti, Batkivchtchina, a dépassé le seuil des 5 % nécessaires pour siéger à la Rada", explique le quotidien polonais Gazeta Wyborcza.

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21/10 - Ukraine : Human Rights Watch dénonce l'utilisation de bombes à fragmentation

 (Credit : Televiseus/ Flickr)

Selon Human Rights Watch, des bombes à fragmentation auraient été largement utilisées dans les combats opposant Kiev aux séparatistes dans l'est de l'Ukraine. L'organisation dénonce l'utilisation de ces armes à sous-munitions dans des zones densément peuplées, ce qui pourrait relever du crime de guerre.

Si, dans de nombreux cas, Human Rights Watch ne peut déterminer avec certitude les responsables, il apparait clair que les forces gouvernementales auraient fait usage de ce type d'armes lors de récents bombardements sur la ville de Donetsk. Ces accusations ont été immédiatement démenties par Andriy Lissenko, porte-parole de l'armée ukrainienne. Selon lui, les bombes à fragmentation « ne peuvent être utilisées que par l'aviation et nos avions ne volent plus depuis l'annonce d'un cessez-le-feu le 5 septembre ».

L'utilisation de bombes à fragmentation est interdite par la Convention sur les armes à sous-munitions entrée en vigueur en 2010. Cependant, ni l'Ukraine ni la Russie ne l'ont ratifiée.

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(Le Monde) 03/09 - L'Occident inepte face à la crise ukrainienne

Notre propos n'est pas ici d'évoquer la tragédie du peuple ukrainien, qui lutte seul pour s'arracher à l'orbite mortifère de son voisin plus fort et acharné à sa perte. C'est un autre spectacle affligeant qui nous inspire ces réflexions amères. Celui de l'Europe et des Etats-Unis tétanisés devant Vladimir Poutine comme un lapin face à un boa. Que nous apprennent en effet la crise ukrainienne et la longue complaisance dont les Occidentaux ont fait preuve à l'égard de l'autocrate russe ?

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(Arte) 06/08 - Documentaire : Patrick Chauvel : Grozny, le massacre oublié d'une ville

(Documentaire) - 1994. Boris Eltsine déclenche une offensive des forces armées de la Fédération de Russie face aux séparatistes de Tchétchénie qui souhaitent gagner leur indépendance. Mais les forces militaires russes sont confrontées à la résistance féroce des combattants tchétchènes. Le photographe Patrick Chauvel est à Grozny lorsque le conflit éclate. Commentant ses propres photos, il revient sur la violence inouïe des combats, se souvient de la belle photographe Heidi Bradner, des combattants tchétchènes dont il partage le quotidien, des jeunes soldats russes inexpérimentés...

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(Arte) 04/08 - Documentaire : "La négociation"

Ultime chapitre des guerres de Yougoslavie, le conflit entre la Serbie et le Kosovo a donné lieu entre 2011 et 2013 à d'âpres négociations, menées sous l'égide de la diplomatie européenne. Ce documentaire offre un regard acéré, parfois décalé, sur les coulisses de ces conférences et la personnalité des négociateurs.

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En 2008, le Kosovo déclare unilatéralement son indépendance au grand dam de la Serbie. Pendant trois ans, la tension est extrême entre les deux pays, jusqu'à ce que les esprits se calment dans l'espoir d'un rapprochement avec l'Union européenne. En mars 2011, des négociations s'engagent alors sous la houlette du SEAE (Service européen pour l'action extérieure) de la Commission. Autour de la table, la vice-Premier ministre kosovare Edita Tahiri, le directeur des affaires politiques du ministère serbe des Affaires étrangères Borko Stefanovic et le très chevronné diplomate britannique Robert Cooper, médiateur pour l'UE. Plusieurs accords "techniques" sont progressivement signés entre les deux parties. À l'automne 2012, les entretiens passent à une phase plus politique grâce à l'engagement personnel de Catherine Ashton, haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Mais il faudra dix cycles de négociations pour que Belgrade et Pristina parviennent le 19 avril 2013 à un premier accord d'ensemble pour améliorer durablement leurs relations. Il portait principalement sur le statut du nord Kosovo à majorité serbe (cette communauté représente 120 000 personnes sur les 1,8 million d'habitants du Kosovo). Depuis, il semblerait que la feuille de route soit respectée. En avril 2014, le Kosovo était formellement reconnu par 104 États, dont 23 des 28 États membres de l'Union européenne. Des entretiens sont en cours depuis le début de cette année pour préparer l'adhésion de la Serbie à l'UE ainsi qu'un ASA (Accord de stabilisation et d'association) pour le Kosovo. Ce documentaire offre un regard acéré, parfois décalé, sur les coulisses de ces conférences et la personnalité des négociateurs.

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18/07 - Russie : pressions sur le musée du goulag Perm-36

(Source : Gerald Praschl/ Wiki)

 

Depuis plusieurs mois, la pression monte contre le Musée du goulag Perm-36 qui retrace l'histoire de la répression en Union soviétique. Connu pour ses difficiles conditions de détention, le goulag Perm-36 fut construit sous Staline en 1943 et est, à ce jour, le dernier camp en bon état de conservation. Ce célèbre musée de la répression et du totalitarisme en URSS, géré par l'organisation russe de défense des droits de l'Homme, Memorial, risque cependant de devoir fermer en raison du contexte actuel de chasse à l'ennemi intérieur.

En effet, si son budget avait déjà été réduit il y a un an, les autorités régionales ont à présent décidé de supprimer son financement public. L'eau et l'électricité ont également été coupées et le directeur renvoyé sans plus d'explications.

Alors qu'on assiste en Russie à une poussée de nationalisme sur fond de crise ukrainienne, le travail de mémoire du Musée est de plus en plus discrédité. Dans un documentaire qu'elle a récemment diffusé et qui était intitulé « La Cinquième colonne », la chaine russe NTV accuse, par exemple, le Musée d'être profasciste et de recevoir des financements américains. Selon ce documentaire, « le but de Perm-36 est d'enseigner aux enfants que les fascistes ukrainiens n'étaient pas aussi mauvais que les manuels d'histoire les dépeignent ». Ces accusations de propagande fasciste portées à l'encontre de Perm-36 et de Memorial, qui a été obligé de s'enregistrer en tant qu'« agent étranger » en mai dernier, ont notamment été reprises par le Parti Communiste et des membres des autorités régionales.

Selon Robert Latypov, directeur régional de Memorial, le musée est mis sous pression, parce qu'il est vu par les autorités comme une force d'opposition ou une potentielle plateforme pour l'opposition. Cependant, il ne pense pas que le Musée sera fermé car cela ferait trop mauvaise presse. L'idée, serait plutôt de le transformer en un petit musée provincial sans importance. En tout cas, toujours selon Latypov, les pressions exercées sur le Musée sont l'illustration inquiétante d'une tendance à la chasse aux « ennemis intérieurs »

 

 

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17/07 - Tadjikistan : la fin des purs noms tadjiks ?

Au Tadjikistan, l'heure ne semble plus être aux « purs noms tadjiks ». Si la plupart des noms dans le pays avait pris une forme slave suite à l'inclusion du pays dans l'Union soviétique, le pouvoir a voulu, dans un élan de construction de l'identité nationale, pousser la population à adopter de « véritables » noms tadjiks (entendez ici d'origine persane). Afin de donner l'exemple, le président Emomali Sharipovich Rahmonov est ainsi devenu, en 2007, Emomali Rahmon, abandonnant son patronyme ainsi que la terminaison en « -ov » de son nom. De nombreux dirigeants l'avaient alors suivi.

Si dans un premier temps, les changements de noms furent nombreux, il apparait aujourd'hui que peu de jeunes suivent encore cette voie. Si le pouvoir lie cette tendance à un manque de patriotisme, la réticence des jeunes est cependant à chercher ailleurs. En effet, au-delà des lourdeurs administratives requises pour changer de nom, il faut savoir que nombre de Tadjiks travaillent actuellement en Russie. Or dans la Russie actuelle, il apparait évident qu'un nom à sonorité russe permettra d'obtenir plus facilement un emploi et de se protéger des différentes formes de discriminations et violences perpétrées contre les « étrangers ». Le peu d'engouement pour les noms tadjiks semble donc à rechercher davantage du côté de l'économie plutôt que de celui du patriotisme.

De plus, et n'en déplaise aux défenseurs des « purs noms tadjiks », la tendance est plutôt aux noms d'origines « islamiques » qui sont de plus en plus populaires dans ce pays majoritairement musulman et où la religion gagne en influence au sein de la société.

 

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