Brèves

30/06/2016 – Géorgie : suppression du service militaire

Le 27 juin dernier, la ministre de la Défense géorgienne, Tinatine Khidacheli, a signé un décret proclamant la suppression du service militaire obligatoire en Géorgie. « Nous n’avons pas besoin de soldats enrôlés de force dans notre armée », a-t-elle déclaré. L’armée de Géorgie va donc devenir une armée de métier à part entière.

La ministre de la Défense avait pourtant annoncé en avril dernier que la suppression de la conscription, n’aurait pas lieu avant 2017. La signature de ce décret lundi était donc totalement inattendue. « L’une de mes promesses en tant que ministre de la Défense était la suppression du service militaire obligatoire. Servir dans l’armée géorgienne est une noble tâche, il faut le vouloir. Nous n’y forcerons pas ceux qui n’en ont pas envie », a expliqué Mme Khidacheli.

Jusque-là, l’armée géorgienne était composée de 4 types de soldats : les conscrits, les professionnels, les cadres et les réservistes. Le service militaire concernait tous les citoyens géorgiens masculins, âgés de 18 à 27 ans et durait 18 mois. Toutefois, les conscrits ne représentent que 10% de l’armée et n’occupent pas des postes très importants. La Géorgie peut donc se passer du service militaire obligatoire, estime la ministre de la Défense.

Les jeunes Géorgiens ne sont cependant pas encore définitivement débarrassés du service à la patrie. En effet, seul le ministère de la Défense s’est défait de la conscription, mais les jeunes hommes peuvent encore être appelés à servir dans la police ou le service pénitentiaire.

Malgré sa popularité au sein de la population, cette décision n’est pas du goût de tout le monde, et ce au sein même du gouvernement. Le président géorgien, Guiorgui Margvelachvili, reproche ainsi à Mme Khidacheli d’avoir agi sans consulter ses collègues : « De telles décisions – qu’elles soient bonnes ou mauvaises – ne devraient pas être prises par une seule personne. »

Iralki Aladachvili, rédacteur en chef du magazine d’analyse militaire Arsenali, critique également l’initiative de la ministre de la Défense. Selon lui, l’armée géorgienne n’est pas encore prête à abandonner la conscription. « Actuellement, les conscrits sont chargés de tâches comme la logistique, les services, la surveillance, etc. Si le service militaire obligatoire est aboli, le gouvernement devra alors employer des gens pour s’en charger, mais en échange d’une rémunération, ce qui créera un trou dans le budget militaire. Pour autant que je sache, le budget de cette année ne permet pas de telles dépenses », avait expliqué M. Aladachvili en avril dernier.

La décision de Mme Khidacheli pourrait aussi être une manœuvre politique en direction de l’OTAN. « L’abolition du service militaire sera un pas en avant majeur démontrant le développement rapide de notre pays », soutient Vakhtang Maisaia, docteur en sciences militaires. Cette mesure va ainsi donner la possibilité à la Géorgie de mettre son armée aux normes de l’Alliance atlantique. Il faut d’ailleurs noter que la signature de ce décret survient quelques jours seulement avant le sommet de l’OTAN à qui doit débuter à Varsovie la semaine prochaine.

La Géorgie est le premier pays post-soviétique à supprimer le service militaire obligatoire (à l’exception des pays baltes, même si la Lituanie l’a récemment rétabli sur fond de tensions avec la Russie).

Cette décision devrait rester l’exception dans la région et spécialement dans le Caucase où l’Arménie et l’Azerbaïdjan ne sont pas prêts à suivre le mouvement, le conflit dans le Haut-Karabagh ravivant sans cesse les exigences militaires des deux pays. L’Ukraine, de son côté envisageait l’abolition du service militaire en 2012, mais cette initiative est restée lettre morte avec la guerre en cours depuis 2014 dans le Donbass.

 

C.C.

 

Sources :

http://www.svoboda.org

http://gordonua.com

http://www.jamestown.org

http://www.eurasianet.org

29/06/2016 – Ukraine : promesses d'autonomie pour les Tatars de Crimée

En Ukraine, le 28 juin est férié en mémoire de l’adoption de la constitution en 1996. A cette occasion, le président ukrainien, Petro Porochenko, a fait un discours devant la Rada suprême (le parlement de l’Ukraine), lors duquel il a évoqué la situation de la Crimée affirmant que la reconquête de cette province restait une priorité pour les autorités ukrainiennes.

Au cours de ce discours il a évoqué un amendement de la constitution qu’il souhaite proposer concernant le statut de la Crimée, région pour laquelle l’Ukraine maintient une administration en exil depuis l’annexion de ce territoire par la Russie au printemps 2014.

Cet amendement vise à reconnaître le droit des Tatars de Crimée à l’autodétermination.

Le 3 juin, M. Porochenko avait déjà rappelé l’engagement des Tatars de Crimée aux côtés de Kiev pour retourner la Crimée à l’Ukraine malgré des méfiances traditionnelles du pouvoir de Kiev à leur endroit. « Tous les présidents [d’Ukraine] et les autorités les craignent, mais il n’y a aucune raison d’en avoir peur. Il faut accorder plus de confiance à ce peuple qui est un avant-poste du patriotisme ukrainien en Crimée », avait alors déclaré le président.

En mai, Refat Tchoubarov, le président de l’Assemblée des Tatars de Crimée (la Majlis, structure représentative des Tatars de Crimée), avait exigé qu’une plus grande autonomie soit, au moins de manière théorique, accordée à la minorité.

Que peuvent signifier de telles décisions alors que la Crimée échappe totalement au contrôle de Kiev ? Illégalement annexée à la Russie depuis mars 2014, la péninsule est désormais régie par la loi russe.

Les Tatars de Crimée représentent 12,5% de la population de Crimée tandis que les Russes en constituent 65% et les Ukrainiens 15%. Selon le journal ukrainien Ukrayinska Pravda, M. Porochenko aurait aussi garanti le respect des droits et des libertés des autres groupes ethniques peuplant la péninsule, dont les Ukrainiens et les Russes.

En apprenant la nouvelle d'un prochain amendement de la constitution ukrainienne en faveur des Tatars de Crimée, les médias et les officiels russes ont d'ailleurs immédiatement posé la question suivante : quid des Russes de Crimée ? Une question quelque peu osée au vu du traitement administré aux Tatars de Crimée par le nouveau gouvernement russe qui dirige la péninsule.

En avril 2014, Vladimir Poutine avait certes signé un décret réhabilitant les Tatars de Crimée et la reconnaissance de la langue tatare de Crimée comme l’une des langues officielles de la péninsule aux côtés du russe et de l’ukrainien. Cependant, depuis l’annexion du territoire, la minorité tatare reste lourdement opprimée par les nouvelles autorités russes. Ainsi, un an après son annexion par la Russie, en mars 2015, Amnesty International faisait état des persécutions subies par les Tatars de Crimée : cas d’enlèvements et de torture non instruits par les autorités, pression contre les médias et interdiction de manifester ou de célébrer la culture tatare de Crimée. « Depuis que la Russie a annexé la Crimée, les autorités de fait utilisent un large éventail de stratégies d’intimidation pour anéantir la dissidence », expliquait alors John Dalhuisen, le directeur d’Amnesty International pour l’Europe et l’Asie centrale.

Le 26 avril, la Russie a prononcé l’illégalité de la Majlis des Tatars de Crimée, la qualifiant d’organisation extrémiste. Cette condamnation intervient après le soutien de la Majlis au mouvement du Maïdan et son opposition au référendum de mars 2014 puis au rattachement de la Crimée à la Russie. La Majlis compte également parmi les principaux instigateurs du blocus alimentaire de la péninsule, débuté en septembre 2015.

L’édition 2016 de l’Eurovision, remportée par l’Ukraine avec la chanson « 1944 » de Jamala, évoquant la déportation des Tatars de Crimée par les autorités soviétiques après la Seconde Guerre mondiale, a permis de remettre sur le devant de la scène le sort de cette minorité persécutée depuis plusieurs siècles, provoquant un agacement certain dans les sphères du pouvoir moscovite.

 

C.C.

 

Sources :

https://lenta.ru

http://www.pravda.com.ua

https://www.amnesty.org

http://rus.azattyk.org

27/06/2016 – Russie : de nouvelles lois liberticides pour lutter contre le terrorisme

Vendredi 24 juin, la Douma d’Etat (chambre basse du Parlement russe) a adopté toute une série d’amendements pour lutter contre le terrorisme. Comme d’autres pays occidentaux touchés par le terrorisme international avant elle, la Russie se dirige ainsi vers l’adoption de lois jugées liberticides pas les organisations de défense des droits de l’homme.

Le site d’information russe Meduza dévoile en détail le contenu de cette nouvelle législation qui, bien que quelque peu édulcorée par rapport une version initiale, limite quand même assez nettement les droits et libertés garantis par la constitution. Les mesures du « paquet Iarovaïa », du nom de sa promotrice, Irina Iarovaïa (député à la Douma et membre du parti Russie unie, fidèle à Vladimir Poutine), sont les suivantes :

- obligation de transmettre aux autorités des informations relatives à de possibles actes terroriste, sous peine d’un an de prison ;

- interdiction de publier sur les réseaux sociaux des propos faisant l’éloge d’actes terroristes, sous peine de 7 ans de prison maximum ;

- obligation pour les opérateurs téléphoniques et internet de conserver les données de leurs clients pendant six mois ;

- obligation aux opérateurs numériques de fournir aux autorités russes la possibilité de décrypter les informations publiées sur internet ;

- durcissement de la législation sur la liberté de religion, et notamment sur le prosélytisme ;

- alourdissement des peines de prison pour les crimes liés au terrorisme ;

- peine de prison pour tout contact avec les organisateurs d’un acte terroriste, même si l’individu n’y a pas participé ;

- possibilité pour les employés de poste de fouiller les colis ;

- responsabilité pénale abaissée à l’âge de 14 ans dans certains crimes (comme participation à un acte terroriste, mais aussi non délation d’informations relatives à un acte terroriste).

Il faut toutefois noter que deux amendements ont été retirés du « paquet Iarovaïa » : la déchéance de nationalité (notamment pour les personnes travaillant dans des organisations internationales) et l’interdiction de sortie du territoire pour les personnes coupables de différents crimes, dont celui d’avoir partagé une publication jugée extrémiste sur les réseaux sociaux.

Cette série d’amendements vient d’être approuvée par le Conseil de la Fédération (la chambre haute du Parlement russe) ce lundi 27 juin et doit encore être signée par le président de la Fédération de Russie ; ce qui devrait se faire sans problème selon la rédaction de Meduza.

Le lanceur d’alerte américain Edward Snowden, réfugié en Russie depuis juillet 2013 après avoir dénoncé les excès de la NSA, a vivement critiqué ces lois antiterroristes : « Ces nouvelles lois à la Big Brother adoptées par la Russie représentent une violation injustifiable des droits des citoyens et ne devraient jamais être ratifiées. »

Pour l’association de défense des droits de l’homme et de la démocratie en Russie, Russie-Libertés, ces nouvelles lois sont très inquiétantes et ne visent pas seulement le terrorisme islamiste qui sévit aujourd’hui à travers le monde : « Depuis les grandes manifestations populaires de 2011-2012, plusieurs lois liberticides ont été adoptées. […] Nous rappelons également que plusieurs manifestants pacifiques ont été condamnés suite à des accusations d’« extrémisme » et d’« incitation au renversement de l’Etat ». Des citoyens ordinaires ont aussi été condamnés à des peines de prison ferme pour avoir publié des messages sur les réseaux sociaux ou pour des manifestations solitaires. »

 

C.C.

 

Sources :

https://meduza.io

http://www.rbc.ru

http://russie-libertes.org

22/06/2016 - Haut Karabagh : de vaines négociations sous l’égide de la Russie

Sur l’initiative de Vladimir Poutine, le président arménien Serge Sargsian et son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliev se sont retrouvés le 20 juin à Saint-Pétersbourg pour évoquer la situation dans le Haut-Karabagh.

Entre 1988 et 1994, un conflit opposant l’armée azerbaïdjanaise et les forces arméniennes du Haut-Karabagh (province reconnue internationalement comme partie intégrante de l’Azerbaïdjan mais ayant demandé son rattachement à l’Arménie en 1988) appuyées par Erevan avait fait près de 30 000 morts et des centaines de milliers de réfugiés.

Dans la nuit du 1er au 2 avril 2016, le conflit a repris avec les pires affrontements (plus d’une centaine de morts) qu’ait connus la région depuis le cessez-le-feu de 1994.

Moscou, qui livre des équipements militaires aux deux camps, est à l’origine du cessez-le-feu précaire signé le 5 avril dernier et se pose en médiateur du conflit. Cependant, depuis la reprise des combats début avril, les violations du cessez-le-feu sont quasi-quotidiennes et des négociations infructueuses sont régulièrement menées entre les deux parties.

Cette réunion inattendue du 20 juin n’a, comme les précédentes, guère arrangé la situation. Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, a fait part du résultat de ces négociations : « Les présidents se sont mis d’accord pour s’engager à normaliser la situation sur la ligne de front [située entre l’Azerbaïdjan et le Haut-Karabagh], ils ont également convenu de l’augmentation du nombre d’observateurs de l’OSCE [Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, ndlr] travaillant dans la zone du conflit. »

Le site d’information Kavkazi Ouziol a interrogé des politologues azerbaïdjanais sur l’issue de cette réunion. Rassim Moussabekov, politologue et membre du comité sur les relations internationales de l’Assemblée nationale d’Azerbaïdjan, est catégorique : « Cette rencontre n’a abouti à rien parce qu’aucune déclaration n’a été faite au sujet de la mise en place du processus politique de règlement du conflit. » Selon lui, le cessez-le-feu est extrêmement fragile : « La patience de l’Azerbaïdjan a des limites. Nous ne pouvons pas poursuivre les négociations pendant encore 25 ans », a-t-il ajouté.

Comme dans les autres républiques auto-proclamées de l’espace post-soviétique, Moscou joue un rôle très ambigu dans le conflit du Haut-Karabagh. Pour le politologue azerbaïdjanais Zardoucht Alizadie, interrogé par Kavkazi Ouziol, la Russie occupe la position du « sélectionneur qui construit le jeu et le transforme à son gré. […] Le Haut-Karabagh ne sera jamais rendu à l’Azerbaïdjan, ni cédé à l’Arménie. Le Haut-Karabagh restera un instrument utilisé par la Russie pour soumettre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. »

Dès le lendemain, de nouvelles violations du cessez-le-feu ont été dénoncées par les deux parties. Le 21 juin, le Haut-Karabagh a accusé l’Azerbaïdjan d’avoir effectué des tirs à l’arme légère dans la zone du conflit. Le 22 juin, c’est au tour de l’Azerbaïdjan d’accuser l’Arménie de seize bombardements.

La France, en tant que pays co-président du Groupe de Minsk - crée en 1992 par l'OSCE pour régler le conflit - devrait accueillir la prochaine rencontre entre les présidents Aliev et Sargsian, mais la date de ces nouvelles négociations n’a pas encore été fixée.

R.C. et C.C.

 

Sources :

http://www.ng.ru

http://polit.ru

https://www.kavkaz-uzel.ru

 

20/06/2016 – Russie : Jean-Claude Juncker au Forum économique de Saint-Pétersbourg

La 20ème édition du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) a eu lieu entre le 16 et le 17 juin derniers et a rassemblé des délégations de plus de 500 entreprises issues de 60 pays.

Si depuis 2014, les visiteurs occidentaux ne se bousculaient pas à ce forum, de nombreux acteurs politiques y ont pris part cette année, au premier rang desquels Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

Une présence qui semble amorcer une fébrile reprise du dialogue entre l’UE et la Russie, puisque cela faisait depuis mars 2014 qu’aucun représentant officiel de l’Union européenne ne s’était rendu en Russie.

La veille de l’inauguration du Forum c’est Nicolas Sarkozy, ancien président français, qui rencontrait Vladimir Poutine, « son ami », comme le cite le quotidien russe Vedomosti. L’actuel président du parti Les Républicains en a profité pour donner son avis sur le retrait des sanctions entre l’Occident et la Russie : « Je fais partie de ceux qui considèrent qu’il est temps de lever les sanctions. Nous avons suffisamment de problèmes en ce moment, nous n’avons pas besoin de compliquer les choses. C’est au plus fort de faire le premier pas, et le plus fort c’est Vladimir Poutine. » De nombreux journaux russes ont critiqué l’intervention de Sarkozy, notamment du fait que celui-ci n’occupe actuellement aucune fonction gouvernementale et n’a donc aucune légitimité pour représenter la France ou l’Europe.

Le président du parti Les Républicains a également fait une sortie remarquée à propos de la question pour le moins sensible de l’annexion de la Crimée : « Si nous voulons aller de l’avant, il vaut mieux ne pas soulever cette question. »

Prenant, le lendemain, le contre-pied de l’ancien président français, Jean-Claude Juncker a, pour sa part, encore une fois martelé l’illégalité de l’annexion de la Crimée. Il a également appelé la Russie à remplir ses obligations dans le cadre des accords de Minsk : « C’est la seule voie possible vers le retrait des sanctions. »

Le président de la Commission européenne est revenu sur les motivations de sa venue : « Ma présence devant vous aujourd’hui vous démontre ma volonté de rapprochement [entre l’UE et la Russie]. […] Certains soutiennent ma décision de venir en Russie, d’autres la critiquent. Personnellement, je suis content d’être ici. […] Il faut discuter avec la Russie tout entière, avec ses dirigeants comme avec son peuple. »

Comme le rapporte le quotidien russe Kommersant, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, s’est également exprimé sur les relations entre l’UE et la Russie lors du Forum économique : « Nous [les Russes] n’avons jamais cherché la confrontation et nous nous sommes toujours prononcés en faveur de l’égalité des droits et d’un dialogue stratégique. Alors qu’à Bruxelles, on entend dire que la Russie n’est plus un partenaire stratégique. » Il a tout de même appelé à la réconciliation des deux parties, tout en faisant l’éloge des tentatives de Moscou pour rouvrir le dialogue avec l’Union européenne.

Une « réconciliation » encore cependant très incertaine. Car comme l’indiquait M. Juncker lors d’une interview avec la chaîne Euronews le 20 juin, la prolongation des sanctions envers la Russie sera bel et bien votée très prochainement. « Durant les six prochains mois nous opèrerons une veille afin de comprendre si les progrès dans l’exécution des accords de Minsk sont suffisants pour lever une partie des sanctions », a-t-il seulement tenté de nuancer.

 

C.C.

 

Sources :

http://www.vedomosti.ru

http://www.kommersant.ru

http://euronews.com

17/06/2016 - Russie : le « pont Kadyrov » ravive le débat sur les guerres de Tchétchénie

C’est l’une des ces querelles topologiques qui, quand elles ne se concentrent pas sur des détails, confrontent les peuples à leurs propres fantômes. Mercredi 16 juin, le gouverneur de Saint Pétersbourg a – après bien des hésitations – confirmé, via son service de presse, que l’un des nouveaux ponts de la célèbre cité porterait bientôt le nom d’Akhmad Kadyrov.

Grand mufti de Tchétchénie de 1995 à 2000, Akhmad Kadyrov fut le président de la République de Tchétchénie de 2003 au 9 mai 2004, jour de sa mort lors d’un attentat à la bombe.

Son fils, Ramzan Kadyrov, aujourd’hui à la tête de ce petit territoire du Caucase russe, a immédiatement remercié le gouverneur de Saint Pétersbourg et l’ensemble de ses habitants. Selon lui, cette mesure entretient la mémoire d’un homme qui « a donné sa vie pour lutter contre le terrorisme international ».

Héros de la Russie

N’en déplaise à Ramzan Kadyrov, l’héritage de son défunt père n’est toutefois pas considéré comme positif par l’ensemble des habitants de l’ancienne capitale impériale. Le 30 mai, l’annonce par la mairie de son intention de baptiser le pont du nom de Kadyrov avait suscité une série de protestations de la part des Pétersbourgeois. Le 6 juin, ils étaient près de 350, selon l’agence de presse Ria Novosti, à s’être rassemblés devant l’édifice, qui enjambe un canal au sud de la ville. Une pétition lancée contre cette dénomination a de son côté obtenu, au 16 juin 2016, près de 91 000 signatures sur le site Change.org.

Mais c’est surtout la lettre d’un réalisateur renommé, Alexandre Sokourov, opposé au projet, qui a relancé le débat sur les deux guerres qui ont dévasté la Tchétchénie dans les années 1990 et au début des années 2000 : « Les politiciens et les historiens ne se sont toujours pas entendu sur la nature des événements qui ont eu lieu en Tchétchénie, mais il est clair qu’ils représentaient une révolte contre la Russie », a soutenu le cinéaste dans un courrier adressé, fin mai, au gouverneur de Saint Pétersbourg. Il ajoute que cette révolte avait « pris la vie de milliers de soldats russes ».

Figure du mouvement indépendantiste tchétchène arrivé au pouvoir après la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), Akhmad Kadyrov se rallia à Moscou en 2000, après la reconquête de Grozny par l’armée russe. C’est sous la supervision du Kremlin qu’il mena ensuite d’une main de fer la transition politique et la répression contre les rebelles et les extrémistes religieux. Selon la municipalité de Saint Pétersbourg, l’initiative de baptiser un pont en son honneur vient de plusieurs associations de la société civile, notamment l’Union des héros de l’Union soviétique et de la Russie. En effet, après sa mort, Akhmad Kadyrov a été élevé au titre de héros de la Russie. Le pont en question donne par ailleurs sur l’avenue des Héros.

La Tchétchénie des Kadyrov en question

Le débat n’a pas été exempt de récupérations politiques dépassant le seul cadre des guerres de Tchétchénie. Nicolaï Starikov, historien et leader du mouvement Anti-Maïdan à Saint Pétersbourg a ainsi affirmé : « Ceux qui s’opposent au pont Kadyrov sont les représentants du « demchiza » (en russe, contraction péjorative de démocratie et schizophrénie, ndlr) et des partis libéraux. Ce sont ceux qui sont prêts à laisser le pays se faire dévorer et à rendre la Crimée comme si c’était un simple bout de pain ».

Les partis démocratiques russes critiquent régulièrement la politique du clan Kadyrov, qu’ils accusent de s’éloigner progressivement de la Fédération de Russie. En février dernier, l’opposant russe Ilya Iachine a publié un rapport alarmiste sur la Tchétchénie où, selon lui, un « groupe de criminel a remplacé l’Etat ». Outre la critique d’une politique anti-laïcité menée par les Kadyrov, Ilya Iachine pointe la menace des forces armées tchétchènes, dévouées uniquement à Ramzan Kadyrov, et qui pourraient, un jour ou l’autre, se retourner contre Moscou. Iachine soutient par ailleurs que le pouvoir tchétchène est impliqué dans le meurtre, en 2015, de l'homme politique libéral Boris Nemtsov.

La critique d’une politique asymétrique en Tchétchénie a également été abordée lors des débats sur le pont Kadyrov. « Si nous parlons d’interaction avec les régions russes, en particulier avec la Tchétchénie, alors il est possible de soutenir le pont Kadyrov à la condition qu’une rue Anna Akhmatova (une célèbre poétesse russe, ndlr) soit inaugurée à Grozny », a affirmé un responsable pétersbourgeois du parti d’opposition RPR Parnass. « Mais si cela fonctionne uniquement dans une seule direction, alors ce n'est ni plus ni moins qu’une stimulation de sentiments nationalistes ».

Akhmad Kadyrov est déjà largement célébré en Tchétchénie, où de nombreux lieux et plusieurs musées portent son nom. Dans les autres régions de Russie, seule une rue en son honneur avait pour l’instant été inaugurée, à Moscou, en 2004. 

R.C.

Sources : 

Fontanka.ru
KavkazkiOuziol
Gazeta.ru
Komosomolskaya Pravda

14/06/2016 – Bosnie-Herzégovine : la constitution bosnienne, une « source de discrimination » selon la Cour européenne

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) [l’organe judiciaire du Conseil de l’Europe, basé à Strasbourg] vient de statuer le 9 juin sur le caractère discriminatoire de la constitution de la Bosnie-Herzégovine dans le cadre de l’affaire Ilijaz Pilav.

En 2007, Ilijaz Pilav avait déposé une plainte auprès de la CEDH contre son pays qu’il accusait de l’avoir empêché de présenter sa candidature aux élections législatives. A deux reprises, en 2006 et 2010, ce médecin de Srebrenica avait de fait vu sa candidature à la présidence du pays rejetée par la Commission électorale centrale.

Pour comprendre les entraves mises à sa candidature, il faut savoir que – selon la constitution bosnienne, héritière des accords de Dayton de 1995 – la présidence de la Bosnie-Herzégovine est assurée par un triumvirat obligatoirement composé d’un Bosniaque, d’un Croate vivant dans la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine et enfin d’un Serbe vivant dans la République serbe de Bosnie.

Selon la constitution Ilijaz Pilav, un Bosniaque résidant dans la République serbe de Bosnie n’est donc pas éligible.

En plus d’avoir reconnu le caractère discriminatoire de la constitution la CEDH a également condamné la Bosnie-Herzégovine à payer 6 607 euros de dommages et intérêts à Ilijaz Pilav dans les trois prochains mois. « Après un tel verdict, ma mission est accomplie, s’est félicité le médecin bosniaque. Ce n’était pas une lutte pour assurer ma candidature, mais pour tous ceux qui ont vu leurs droits d’éligibilité bafoués. »

Ce n’est pas la première fois que la CEDH qualifie la constitution bosnienne de discriminatoire. En 2009, Dervo Sejdic, d’origine rom, et Jakob Finci, d’origine juive, n’avaient pas pu se présenter aux élections présidentielles et législatives sous le prétexte qu’ils ne font partie d’aucun des trois peuples décrits comme « constitutifs » dans le texte constitutionnel. En 2014, c’était au tour d’Azra Zornic de voir sa candidature rejetée. Il avait pour sa part refusé de se définir comme faisant partie de l’un de ces trois peuples.

La reconnaissance de la CEDH n’apporte ainsi que peu de changements à la situation politique du pays. En 2009, suite au verdict de l’affaire Sejdic et Finci, les responsables politiques de la Bosnie-Herzégovine avaient en vain essayé de se mettre d’accord sur la façon d’amender la constitution du pays afin de prendre en compte le jugement de la CEDH. « Il y a des moyens pour résoudre ce problème, mais nous ne voulons pas d’une solution incomplète, nous voulons régler le problème une fois pour toute », avait alors déclaré Milorad Dodik, aujourd’hui président de la République serbe de Bosnie. Faute de solution optimale, la discussion s’était arrêtée là.

L’UE, qui travaillait elle aussi vers une modification de la constitution bosnienne, semble, elle aussi, de guerre lasse, avoir relâché ses efforts pour se concentrer sur l’amélioration de la situation socio-économique du pays.

En décembre 2015, l’ONG Minority Rights Group (MRG) a publié un rapport sur la situation en Bosnie-Herzégovine déplorant, elle aussi, le côté discriminatoire de la constitution du pays. « Le gouvernement continue à faire l’autruche au lieu de remédier aux imperfections flagrantes de la constitution. Au lieu de maintenir la position privilégiée des groupes ethniques majoritaires, le gouvernement devrait amender la constitution afin de créer les conditions permettant l’égalité de tous les citoyens », dénonce Mark Lattimer, directeur exécutif de MRG.

Srdjan Dizdarevic, un spécialiste bosnien des droits de l’homme cité dans le rapport de MRG, explique la gravité de la situation pour l’équilibre des minorités en Bosnie : « La discrimination est profondément ancrée dans la constitution. Cela ne mène pas seulement à l’exclusion des minorités au sein de la politique, mais peut aussi ruiner des vies et mener aux conséquences les plus désastreuses. »

 

C.C.

 

Sources :

http://www.balkaninsight.com

http://minorityrights.org

http://www.humanrightseurope.org

13/06/2016 – Ukraine : une gay pride surprotégée

La troisième gay pride de Kiev s’est déroulée, dimanche 12 juin, sans problème notable. Environ 1 500 personnes ont pris part à cette « marche de l’égalité », sous la protection d’une escorte massive de plus de 6 000 policiers, soit presque 6 policiers pour un manifestant.

Ces mesures de sécurité extrêmes et cette présence policière inédite semblent avoir dissuadé de nombreux casseurs et autres jeunes radicaux et homophobes de tenter quelque action violente que ce soit. 57 d’entre eux ont tout de même été brièvement arrêtées en marge du défilé.

Disposés en colonnes et se tenant par les épaules, les forces de l’ordre ont littéralement entouré les participants de la gay pride pour les protéger de toute agression. Des bus avaient aussi été mis à disposition des participants pour les raccompagner à la fin de la marche.

« Tout s'est déroulé de façon publique et en toute sécurité. [...] Grâce aux efforts des organisateurs de la marche et ceux de la police, tout s'est terminée dans le calme », souligne Dmytro Mazourok, représentant de l'Union ukrainienne d’Helsinki pour les droits de l'homme.

Cependant, une cinquantaine de jeunes radicaux masqués et cagoulés ont défilé à Kiev juste après la « marche de l’égalité ». Ces jeunes en colère ont traversé le centre-ville de Kiev en insultant la police, lançant des fumigènes et proférant des saluts nazis.

Pour mémoire, la première tentative d'organiser une Gay Pride, en 2012, avait échoué lorsque la marche avait été annulée, in extremis, 30 minutes avant son départ, sur les conseils de la police. D'après les forces de l'ordre, 500 hooligans d'extrême-droite attendaient les manifestants. En 2013, une cinquantaine de militants avaient réussi à se réunir et à obtenir une protection qui n'avait cependant pas empêché des participants d'être molestés. En 2014, le maire et les forces de l'ordre avaient refusé d'assurer la protection de la marche qui avait donc été annulée.

En 2015, pour la première fois des députés arrivés au pouvoir suite au Maïdan avaient participé aux côtés d'environ 300 participants mais la marche s'était terminée tragiquement avec de violents passages à tabac et le jet d'une grenade qui avait gravement blessé un policier.

La promotion et la protection de la gay pride par la police ukrainienne ce dimanche 12 juin semblent être largement dues à la volonté d’éviter des images de violence du plus mauvais effet à l’étranger et singulièrement dans l’Union européenne.

Malgré quelques améliorations, les Ukrainiens et leurs représentants à la Rada, ne semblent, cependant, pas prêts à faire davantage et surtout pas à entendre parler d’une hypothétique légalisation du mariage gay. C’est du moins ce que soutient Volodymyr Hroïsman, ancien président de la Rada et Premier ministre actuel.

En novembre 2015, le président de l’Ukraine, Petro Porochenko, avait appelé la Rada à voter en faveur d’une loi interdisant la discrimination contre les minorités sexuelles : « En tant que président, en tant qu’orthodoxe, en tant que mari très amoureux de sa femme depuis déjà 31 ans, en tant que père de quatre enfants, je suis en faveur de la conservation des valeurs familiales et traditionnelles pour la société ukrainienne. Toutefois, en tant que garant de la Constitution, je suis catégoriquement contre la discrimination de n’importe quel citoyen ukrainien, quel qu’en soit la raison. » Voyant que tout le monde ne comprenait pas sa position, il avait ajouté : « [Il faut] tout faire pour que chaque Ukrainien puisse voyager sans visa dans les pays de la zone Schengen »,semblant donner crédit à un possible marché sur cette question avec l’UE.

Cette première gay pride sans heurts reste toutefois un très bon signe pour les minorités sexuelles d’Ukraine. Pour le site d'information Parniplus.com, portail d'information LGBT ukrainien, cette marche réussie permettra d'élargir encore le nombre de soutiens publics et de personnes prêtes à participer à ce type d'évènement à Kiev et en région.

 

C.C. et C.B.

 

Photoreportage de l’événement (en russe) 

 

Sources :

https://lenta.ru

http://lb.ua

http://korrespondent.net

http://www.pravda.com.ua

10/06/2016 – Russie : découverte du « Guantanamo » du Caucase

En marge d’une réunion du Conseil présidentiel les droits de l’homme (CPDH) [un organe consultatif sur les droits de l’homme directement rattaché au président de la Fédération de Russie], consacrée à la situation dans les républiques du Caucase-nord organisée début juin 2016, plusieurs membres du Conseil sont allés visiter le centre de détention provisoire de Vladikavkaz, dans la république d’Ossétie du Nord.

A leur grande surprise et, suivant un modus operandi que l’on aurait pu croire abandonné depuis longtemps, le centre de détention provisoire était vide. Comme cela s’était déjà produit lors d’une précédente visite d’une délégation du Comité européen pour la prévention de la torture, en 2011, les détenus avaient été, au préalable, transférés dans une autre prison.

Plusieurs raisons semblent expliquer cette opération qui témoigne d’un affolement évident des autorités pénitentiaires locales et d’une puissante résolution à cacher certaines réalités.

Ce que les autorités souhaiteraient en premier lieu cacher est, semble-t-il, le fait que les détenus emprisonnés dans ce centre le sont pendant plusieurs mois, en flagrante infraction avec les règlements de détention provisoire qui n’autorisent la privation de liberté que sur une période de 10 jours au maximum. L’administration du centre de détention de Vladikavkaz se justifie de ces multiples violations en expliquant que les détenus, d’anciens terroristes pour la plupart, sont trop dangereux et qu’il vaut mieux pour la sécurité de tous qu’ils restent en isolement dans ce centre.

Autre réalité encore plus dérangeante, le centre serait aussi le théâtre d’abus bien plus graves et notamment de nombreux cas de torture. De fait, presque tous les prisonniers qui en sont sortis affirment y avoir subis des actes de tortures, surnommant ainsi la prison de Vladikavkaz le « Guantanamo » du Caucase. 

« Il semblerait que le centre de détention provisoire ne dépende pas du ministère de l’Intérieur d’Ossétie du Nord, il serait en fait géré par la force opérationnelle temporaire du ministère de l’Intérieur de la Fédération de Russie en Ossétie du Nord et utilisé comme prison secrète du ministère de l’Intérieur et du Comité d’instruction », vient récemment de révéler Elena Massiouk, l’une des membres du CPDH ayant visité la prison de Vladikavkaz, dans un article publié par Novaïa Gazeta.

Elena Massiouk et ses collègues ont aussi rencontré d’anciens résidents du centre de détention provisoire qui ont accepté de témoigner des actes de tortures sous couvert d’anonymat. « Pendant deux semaines, ils m’ont torturé à quinze reprises. L’infirmière m’a donné de l’aspirine ou du paracétamol, et c’est tout. J’ai fini par tout avouer. Ensuite, quand je suis sorti de là, je suis revenu sur mes aveux », confie un ancien détenu.

Les personnes détenues dans le centre de détention provisoire de Vladikavkaz ne sont pas toutes des terroristes ou des meurtriers, on trouve aussi des politiciens et des hommes d’affaires aux prises avec les autorités. Igor Bestoujii, ancien maire de Stavropol condamné à 9 ans de prison pour corruption, est lui-même passé par cette prison et affirme qu’on lui aurait extorqué des aveux sous la torture. « Aveux » sur lequel il est ensuite revenu.

Les avocats de ces anciens prisonniers du « Guantanamo » caucasien ont maintes fois porté plainte, mais le procureur d’Ossétie du Nord a toujours nié que la torture soit pratiquée dans le centre de détention. En 2013, le Barreau de la République d’Ossétie du Nord avait adressé un rapport sur les actes de torture perpétrés dans le centre de détention provisoire de Vladikavkaz au procureur et au gouvernement de la république, mais aucune mesure n’avait ensuite été prise.

 

C.C.

 

Sources :

http://www.novayagazeta.ru

http://graniru.info

http://ru.tsn.ua

08/06/2016 – Moldavie : second pays le moins visité au monde et pourtant…

Selon la base de données de la Banque mondiale, la Moldavie serait le deuxième pays le moins visité au monde, après les Tuvalu, un petit archipel polynésien paradisiaque mais difficile d’accès et victime de la montée des eaux.

En 2014, la Moldavie aurait ainsi accueilli seulement 11 000 touristes, ce qui est certes mieux que les 9 000 touristes qui s’y étaient rendus en 2011, mais reste extrêmement négligeable. Avec une population s’élevant à 3,5 millions d’habitants, la Moldavie compte ainsi 323 habitants pour un touriste en 2014, à comparer avec de nombreux autres pays qui comptent plus de visiteurs que d’habitants.

Et cette situation ne semble pas s’améliorer. De fait, selon le Bureau national des statistiques de Moldavie, le nombre de touristes pour le premier trimestre de 2016 serait presque moitié moins important que l’année dernière à la même période. La Moldavie serait ainsi le pays le moins touristique d’Europe. Les raisons de ce mauvais classement ne sont pas difficiles à trouver : enclavement du pays, capitale bétonnée, routes en piteux état, pauvreté du pays (le plus pauvre d’Europe, avec un salaire minimum brut de moins de 50 euros par mois)… La liste est encore longue et à de quoi décourager d’éventuels candidats à la découverte.

La Moldavie recèle pourtant quelques trésors bien cachés, comme les monastères de la Transnistrie (république autoproclamée qu’aucun pays de la communauté internationale ne reconnaît à ce jour) ou le site archéologique d’Orheiul Vechi réunissant des vestiges des différentes civilisations qui ont vécu dans la région.

Parmi les quelques attractions touristiques de la Moldavie, pays de tradition viticole, on compte aussi Milestii Mici et Cricova, les deux plus grandes caves à vin du monde. Véritables villes souterraines où l’on circule en voiture ou en bus, ces deux caves abritent à elles seules plus de 3 millions de bouteilles de vin.

Bien sûr, les rares touristes à s’aventurer en Moldavie viennent principalement de Roumanie, de Russie et d’Ukraine.

 

C.C.

 

Sources :

http://data.worldbank.org

http://www.ft.com

http://www.noi.md

06/06/2016 – Abkhazie : champions du monde de football, catégorie Etats non reconnus et minorités nationales

A quelques jours de l’ouverture de l’Euro 2016 en France, un autre tournoi de football vient de s’achever : le championnat du monde organisé par la ConIFA (Confédération internationale de football association). Très méconnu, cet événement rassemble des Etats non reconnus par la communauté internationale et des minorités nationales non affiliés à la FIFA mais qui souhaitent participer à des compétitions sportives internationales.

Cette année, la deuxième édition du championnat s’est déroulée à Soukhoumi, la capitale de l’Abkhazie (une république autoproclamée située à l’ouest de la Géorgie, reconnue par la Russie) du 28 mai au 5 juin. La finale a réuni l’équipe d’Abkhazie à celle du Pendjab, et c’est le pays hôte qui a remporté la victoire. La « république turque de Chypre du Nord » a décroché la troisième place.

La ConIFA a été créée en 2013 et rassemble aujourd’hui plus de 25 équipes, dont celles de l’Ossétie du Sud, de la Transnistrie et du Haut-Karabagh, trois autres petites républiques autoproclamées situées dans l’espace postsoviétique.

Suite à cette victoire, le président de l’Abkhazie, Raul Khadjimba, a décrété que le lundi 6 juin serait férié afin de célébrer le triomphe de l’équipe nationale de football. Dans la petite république d'environ 250 000 habitants, l’ensemble de la population s’était fait un devoir de soutenir l’équipe nationale lors du tournoi.

Juste avant la finale, le 5 juin, lors d’une conférence de presse, le « Premier ministre » de l’Abkhazie, Artur Mikvabia, a déclaré que le gouvernement soutiendrait la demande d’adhésion de l’équipe nationale de football à la FIFA. « La FIFA a déjà accepté par le passé des pays qui ne sont pas membres de l’ONU, c’est le cas du Kosovo et de Gibraltar », a-t-il ajouté.

Lors de cette même conférence de presse, un journaliste britannique a demandé à Artur Mikvabia si l’organisation du championnat du monde de football de la ConIFA en Abkhazie était une occasion pour la petite république de favoriser la reconnaissance de son indépendance. Le « Premier ministre » abkhaze y a répond à l’affirmative : « Pour l’Abkhazie, ce tournoi est un événement important. Nous aimons beaucoup le football, ce sport fait partie de notre société. Nous voulions que cet événement permette à notre pays d’être plus connu et mieux compris. »

Leonid Dzapchba, le « ministre de l’Intérieur » de l’Abkhazie, a lui aussi souligné cette corrélation entre sport et politique lors de sa propre conférence de presse le 5 juin : « Le sport ouvre le chemin vers une large reconnaissance internationale de l’indépendance de la république d’Abkhazie ».

Après la déclaration unilatérale de son indépendance de la Géorgie en 1992 suivie d’un conflit armé d’un an, la situation de l’Abkhazie sur la scène internationale reste très compliquée. La république autoproclamée n’a ainsi pour l’instant été reconnue que par la Russie, le Nicaragua, le Venezuela et Nauru (une île du Pacifique). Comme toutes les petites républiques autoproclamées de l’espace postsoviétique, l’Abkhazie se trouve au cœur d’un conflit opposant la Russie aux anciennes républiques soviétiques, en l’occurrence la Géorgie.

 

C.C.

 

Sources :

http://www.interfax.ru

http://www.kavkaz-uzel.ru

http://sputnik-abkhazia.ru

http://www.conifa.org

06/06/2016 - Kazakhstan : au moins 17 morts dans des affrontements armés

La ville d’Aktiobé, dans le nord-ouest du Kazakhstan, a été le théâtre, dimanche 5 juin, d’affrontements meurtriers entre les forces de l’ordre et plusieurs dizaines d’individus armés. D'après le dernier bilan du ministère de l’Intérieur kazakh, 17 personnes ont perdu la vie suite à ces heurts et 22 autres ont été blessées. Onze assaillants auraient été abattus, ainsi que trois militaires et des civils.

Selon les premières informations, le groupe aurait attaqué successivement deux armureries, dans lesquelles plusieurs armes auraient été dérobées, avant de s’en prendre à une unité de la Garde nationale. Une partie des assaillants, selon les autorités, auraient pris la fuite. Sept participants présumés seraient détenus actuellement par la police. Des vidéos de surveillance postées sur les réseaux sociaux montrent plusieurs hommes armés, à visage découvert, circuler dans les rues en pleine journée. Les autorités ont d'ores et déjà annoncé avoir identifié les assaillants.

Un représentant du ministère de l’Intérieur kazakh a affirmé que cette attaque était vraisemblablement l’œuvre d’individus radicalisés « adeptes de mouvements religieux non-traditionnels » (une formule habituellement employée pour désigner des combattants islamiques). Aktiobé avait déjà été frappée, en 2011, par le premier attentat suicide de l’histoire du Kazakhstan. La ville, toutefois, n'est pas connue pour être particulièrement instable.

Le site d’information Radio Azatyk rapporte qu’une certaine « Armée de libération du Kazakhstan » a revendiqué l’attaque et annoncé que cette action était un « premier affrontement entre les partisans d’un développement démocratique du Kazakhstan » et « la clique dictatoriale [du président] » Nazarbaiev, au pouvoir depuis 1990.

Selon des témoignages repris par Radio Azatyk, la majorité des supermarchés, lieux de distraction et grands restaurants d’Aktiobé auraient été fermés lundi. Les opérations spéciales se poursuivent dans une ville en état d’urgence et survolée par les hélicoptères de la police. L’accès à Internet, selon Radio Azatyk, y est fortement perturbé.

Ces affrontements interviennent alors que le Kazakhstan a connu le mois dernier plusieurs vagues de protestation inédite contre un projet de réforme agraire. Après une tentative de compromis, les autorités ont finalement opté pour la répression et arrêté plusieurs dizaines de personnes à l’approche d’une manifestation de grande ampleur, le 21 mai. La plupart d’entre elles devraient être remises en liberté dans les jours à venir. Lundi 6 juin, le procureur général kazakh a accusé publiquement l’homme d’affaire Tokhtar Touleshov, arrêté le 1er février, d’avoir financé ces actions de protestations dans le but de préparer un coup d’Etat.

R.C.

Lire aussi sur Gare de l'Est : Kazakhstan : le pouvoir étouffe une nouvelle journée de contestation

 

Sources :

Radio Azzatyk
Ferghana News
BBC

02/06/2016 – Russie : à l’assaut de la Sibérie orientale !

Signée par Vladimir Poutine le 2 mai, la loi dite des « hectares de l’Extrême-Orient » vient d’entrer en vigueur le 1er juin. Conformément à cette loi, tout citoyen russe peut obtenir un terrain d’un hectare dans l’une des neuf régions de l’Extrême-Orient russe (kraï du Primorié, kraï de Khabarovsk, oblast autonome du Birobidjan, Iakoutie, oblast de Magadan, oblast d’Amour, kraï du Kamtchatka, district autonome de Tchoukotka et oblast de Sakhaline).

Cette loi vise à repeupler la Sibérie orientale, où résident seulement quelque 6,5 millions d’habitants, et à favoriser le développement de la région. Les hectares distribués sont des terres laissées à l’abandon dont le gouvernement souhaite relancer l’exploitation.

Différentes aides sociales sont en cours de préparation pour inciter les Russes à venir s’installer dans cette région lointaine : aides au logement, au déménagement, au travail et aux entrepreneurs, entre autres. Les nouveaux propriétaires pourront disposer de leur parcelle comme bon leur semble, tant que leur activité est légale. Pendant 5 ans, les demandeurs pourront exploiter librement leur terrain, à la suite de quoi ils devront choisir soit de le louer, soit d’en devenir propriétaire.

Ce projet se limite strictement aux citoyens russes : aucun étranger n’est autorisé à faire la demande d’un hectare et aucun nouveau propriétaire n’est autorisé à vendre sa parcelle à un étranger ou à une personnalité juridique financée par des capitaux étrangers. Lors d’une conférence de presse avec le ministre du Développement de l’Extrême-Orient, Alexandre Galouchka, des journalistes ont mentionné le risque de voir des propriétaires louer leur parcelle à des étrangers. Le ministre a toutefois affirmé que les Chinois – la communauté étrangère la plus présente en Sibérie – n’étaient pas intéressés par ces territoires.

Vladimir Miklouchevski, le gouverneur du kraï du Primorié, a expliqué qu’au 1er juin 2016, seuls les habitants de l’Extrême-Orient russe pouvaient demander des parcelles réparties dans des municipalités « pilotes ». « A partir du 1er février 2017, le programme sera élargi à tous les habitants de la Fédération de Russie », a ajouté le gouverneur Miklouchevski. Les citoyens russes intéressés par la proposition peuvent déposer leur demande en ligne en moins de 15 minutes. Cependant, un sondage mené en avril montre que seulement 9% des Russes seraient véritablement intéressés par le projet. Pas de ruée vers l’est en perspective pour la Russie donc.

Cette proposition est loin de séduire massivement les Russes, en particulier les peuples autochtones de Iakoutie. Certains d’entre eux ont réclamé le retrait de la Iakoutie du projet des « hectares de l’Extrême-Orient ». En effet, la privatisation des terres perturberait les traditions de certains Iakoutes, notamment en ce qui concerne la chasse. Le 19 mars, la Commission électorale centrale de Iakoutie a cependant interdit la tenue d’un référendum pour décider de l’exclusion des territoires iakoutes du projet. Entretemps, le projet de loi a été promulgué par le Président et la voix des Iakoutes ignorée.

C.C.

 

Vidéo de présentation du projet gouvernemental (en russe) : https://youtu.be/n0iZxPBYnWA

 

Sources :

http://rg.ru

http://www.rbc.ru

http://www.sakhanews.ru

https://надальнийвосток.рф

01/06/2016 – Russie : des primaires dans l’indifférence avant les élections législatives

Les prochaines élections législatives approchent à grands pas en Russie, et sont précédées par des primaires qui se sont déroulées la semaine dernière.

Pour Russie Unie, le plus grand parti du pays sur lequel s’appuie Vladimir Poutine, ces primaires ont eu lieu le dimanche 22 mai. Ces élections se sont illustrées par une participation incroyablement faible (environ 9,5%) qui s’est en outre accompagnée, d’après les observateurs, d’un grand nombre de fraudes (système du « carrousel » [certaines personnes disposent d’une carte d'électeur avec laquelle ils vont voter dans plusieurs bureaux de vote], pots-de-vin, menaces). Si l’organisation de primaires est une tradition à Russie Unie à l’approche des élections législatives, elles n’étaient jusqu’alors réservées qu’à ses membres. Cette fois-ci, c’est l’ensemble de la population russe qui a été invité à y participer, une première.

Si du côté de l’opposition, certains partis ont refusé de suivre Russie Unie dans cette voie, notamment le Parti communiste, le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, un parti nationaliste) et Russie Juste (un parti proche du Kremlin), d’autres partis de l’opposition lui ont, au contraire, emboité le pas, non sans de grosses déconvenues. Ainsi pour PARNAS (le parti de la liberté du peuple) dirigé par Mikhaïl Kassianov, les primaires du 29 mai se sont soldées par un échec cuisant. La Commission électorale centrale a ainsi jugé impossible d’établir les résultats du vote, le site sur lequel les électeurs devaient faire leur choix ayant été piraté par des hackers. Ilia Iachine, l’un des leaders du PARNAS a mis en cause la possible présence d’une « taupe du FSB ». Dans cette situation, une liste de candidats pour les élections législatives a donc été dressée par la direction du parti.

Le PARNAS faisait d’ailleurs partie d’une coalition pour la démocratie, la « Demcoalition », aux côtés d’Alexeï Navalny et du Parti du progrès, un parti non enregistré. Le rassemblement s’est cependant rompu au mois d’avril avec le départ de Navalny et de Iachine, tous deux en désaccord avec Kassianov, notamment à propos de la liste de candidats pour les élections législatives.

L’opposition montre ainsi un visage divisé en perspective des élections législatives. Depuis l’étranger, Mikhaïl Khodorkovski a créé un nouveau mouvement constitué de jeunes politiciens, la « Liste de Khodorkovski ». Le parti Iabloko un parti de centre-gauche, a refusé de s’associer à ces candidats. 

 

C.C.

 

Sources :

http://www.rbc.ru

http://inosmi.ru

http://www.utro.ru

31/05/2016 - Ossétie du Sud : le référendum de rattachement à la Russie repoussé à 2017

Cela attendra encore un peu. Vendredi 27 mai, les « présidents » de l’Assemblée parlementaire et de l’Etat d’Ossétie du Sud ont confirmé le report d’un vote populaire sur le rattachement de ce petit territoire du Caucase – considéré par la quasi-totalité de la communauté internationale à l’exception de la Russie comme partie intégrante de la Géorgie –  à la Fédération russe.

Dans un communiqué commun, les deux hommes ont soutenu qu’un tel vote devra avoir lieu après les élections présidentielles ossètes, prévues fin 2016. Ce report vise selon eux à « assurer la stabilité socio-politique de la République d’Ossétie du Sud ». Le « président » ossète, Leonid Tibilov, avait initialement envisagé un référendum dès le mois d’août 2016.  Un conflit avec le président du Parlement sur la procédure à suivre avait toutefois ralenti les choses.

Positions russe et américaine

Mi-avril 2016, Vladimir Poutine était intervenu dans le débat en affirmant en direct à la télévision que la Russie ne pouvait pas s’opposer à l’organisation d’un tel vote. « Rien ne nous retient, si ce n’est les intérêts de la population d’Ossétie du Sud ». L’organisation du vote, selon le président russe, n’avait toutefois pas encore été précisée : « Nous ne savons ni sur quel fondement reposera ce référendum, ni comment seront définies les questions. Nous allons y réfléchir. »

Le 27 mai, les Etats-Unis, par la voix du porte-parole de la Maison blanche, ont rejeté fermement cette initiative : « Nous soutenons l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Géorgie. […] Par conséquent, nous ne reconnaitrons aucune tentative visant à donner sa souveraineté à l’Ossétie du Sud ». Le chef du comité de la Douma sur les Affaires étrangères a immédiatement critiqué à ces déclarations et affirmé qu’il s’agissait d’ « un exemple précis quand l’avis des Etats-Unis n’est d’aucune importance ».

Dépendance à la Russie

En 1992, un premier référendum organisé en Ossétie du Sud avait officiellement recueilli 99,89% de votes en faveur d’un rattachement à Moscou. A l’issue de la brève guerre entre la Russie et la Géorgie, en 2008, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie étaient devenues de facto indépendantes. Les autorités russes avaient alors débloqué près de 500 millions de roubles (environ 6,7 millions d’euros) pour soutenir l’Ossétie du Sud et annoncé un plan de 10 milliards de roubles (près de 134 millions d’euros) pour rénover les infrastructures de la région, éprouvées par ce conflit éclair.

Depuis, le budget de ces deux territoires dépend quasi-uniquement de l’aide russe. En Ossétie du Sud, comme le rapporte Kommersant, le budget de 2014 reposait à 91% (6,7 milliards de roubles – près de 90 millions d’euros) sur les subsides russes. En mars 2015, Moscou et Tsinkhvali, la capitale d’Ossétie du Sud, ont conclu un accord d’intégration qui prévoit la création d’une zone de libre échange, l’augmentation des retraites et de l’aide médicale versées par la Russie, ainsi que des garanties en cas d’attaque militaire.

R.C.

Sources :

Kommersant.ru
Kavkaski Ouziol

 

31/05/2016 - Russie : la justice donne raison à un ouvrier en colère contre les impayés

Le tribunal du kraï du Primorié a finalement jugé illégale l’arrestation d’Anton Tiourichev, un ouvrier de la société de construction de l’Océan pacifique (TMK), le 30 mai : « Le tribunal a annulé la décision de la cour du district d’Oussouriisk. Nous avons prouvé notre innocence », s’est réjoui Tiourichev. Il avait été arrêté et mis en garde à vue pendant 5 jours, le 13 avril, pour avoir proféré des injures dans un lieu public, en l’occurrence le commissariat d’Oussouriisk.

Cette accusation absurde s’inscrit dans un contexte bien précis qu’il convient d’expliquer plus en détail. Chaque année, Vladimir Poutine organise une émission appelée « Ligne directe avec Vladimir Poutine » durant laquelle il prend les appels de citoyens russes et leur répond en direct sur les plus grandes chaînes russes. Lors de l’édition de 2015, Anton Tiourichev et ses collègues de TMK, désespérés, avaient appelé le président pour se plaindre des impayés de salaires. Poutine avait alors promis de prendre personnellement les choses en main pour débloquer cette situation.

En mars, Anton Tiourichev et ses collègues avaient fait part de leur intention d’appeler à nouveau le président durant l’édition 2016 de la « Ligne directe », prévue le 14 avril, pour lui expliquer que la situation n’avait pas changé. Arrêté par la police d’Oussouriisk la veille de l’émission, Tiourichev n’a donc pas pu appeler le président. « Quelqu’un a voulu nous empêcher de nous adresser au président », soutient Tiourichev. L’employé de la TMK a très facilement pu se laver de tout soupçon : après avoir été libéré le 18 avril, il a fait appel auprès du tribunal du kraï du Primorié et a produit les images de la caméra de vidéosurveillance du commissariat d’Oussouriisk qui prouvent son innocence.

Selon Tiourichev, cette tentative de le faire taire a totalement échoué : « Ceux qui ont essayé de nous réduire au silence ont produit l’effet inverse : les médias ont largement diffusé l’histoire de ma détention, si bien que le monde entier est au courant du problème des impayés de salaires et les autorités sont désormais contraintes d’y prêter attention ».

TMK, l’une des plus grosses sociétés de construction de l’Extrême-Orient russe, a notamment pris en charge la construction du cosmodrome de Vostotchny, une nouvelle base de lancement russe située dans la région de l’Amour, au sud-est de la Sibérie, visant à réduire la dépendance de la Russie au célèbre cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan. Fin avril, la Russie a effectué son premier lancement depuis Vostotchny.

Des condamnations ont récemment été prononcées à l’encontre de plusieurs dirigeants de TMK. Igor Nesterenko, PDG de la société, a été condamné en avril à 3 ans et 3 mois de prison pour fraude et Sergueï Ioudine, représentant du conseil d’administration de la société, à 3 ans et 4 mois pour le vol de plusieurs millions de roubles. Le procès de Victor Grebnev, président de la société, est toujours en cours. Selon les preuves dont dispose la justice, il serait le principal responsable de la ruine de TMK et, donc, des impayés de salaires.

Malgré toute cette agitation, les salaires n’ont pas encore été payés. Début mars, TMK devait 117 millions de roubles à ses employés (1,6 million d’euros).

En outre, le problème des impayés de salaires est un mal très répandu en Russie. Au 1er avril, la somme globale des salaires en retard s’élevait à 4,47 milliards de roubles (60,9 millions d’euros). Les secteurs économiques les plus touchés sont la manufacture, les transports, la construction, l’exploitation minière et l’agriculture.

C.C.

 

Sources :

http://www.kasparov.ru

http://www.interfax.ru

http://www.novayagazeta.ru

http://www.kommersant.ru

 

 

27/05/2016 - Ukraine : Savtchenko présidente ?

Un jour à peine après sa libération et son retour en Ukraine, Nadia Savtchenko a fait une déclaration surprenante lors de sa première grande conférence de presse en Ukraine, vendredi 27 mai : « Ukrainiens, si vous avez besoin de moi comme présidente, alors je serai présidente ». Pilote de formation, elle est aussi députée de la Rada (le Parlement ukrainien) depuis fin novembre 2014 au sein de l’Union panukrainienne « Patrie » dont la dirigeante n’est autre que la célèbre Ioulia Tymochenko, sans que les deux femmes soient véritablement proches. Nadia Savtchenko avait été élue alors qu’elle se trouvait incarcérée en Russie.

« Pour être honnête, je n’en ai pas vraiment envie [d’être présidente]. Je préfère voler. Mais si c’est nécessaire, alors je ferai tout pour me diriger vers la présidence. En revanche, je ne suis pas encore sûre que les gens soient habitués à voter librement », a-t-elle précisé.

Pour mémoire, Nadia Savtchenko avait été arrêtée par les autorités russes, le 17 juin 2014, pour complicité dans le meurtre de deux journalistes russes dans le Donbass. Son procès, ouvert le 15 septembre 2015 à Donetsk, en Russie, s’est clos par une condamnation à 22 ans de prison le 21 mars dernier. Le 25 mai, elle a finalement été échangée par la Russie contre deux prisonniers russes, Evgueni Erofeïev et Alexandre Alexandrov, accusés par Kiev d’avoir combattus aux côtés des rebelles pro-russes dans le Donbass. A son arrivée en Ukraine, le président Petro Porochenko l’a décorée de la médaille de « Héros de l’Ukraine ».

La jeune pilote de chasse ukrainienne reste néanmoins une figure controversée. Symbole de la résistance ukrainienne face à l’injustice des autorités russes, elle est aussi une représentante du nationalisme ukrainien le plus extrême. Lorsque le conflit a éclaté dans le Donbass, face à l’inaction du gouvernement ukrainien, Nadia Savtchenkoa décidé de rejoindre le bataillon Aïdar, une formation paramilitaire de volontaires, responsables de violations et de crimes de guerre. Le 27 mai, les propos de Savtchenko étaient toutefois relativement mesurés : elle s’est dite prête à entamer des négociations avec les séparatistes pro-russes du Donbass.

Lors de la conférence de presse, Nadia Savtchenko a aussi promis de se battre pour faire libérer les Ukrainiens qui sont encore dans les prisons russes. Parmi eux, Mykola Karpyouk et Stanislav Klykh, accusés d’avoir participé à la première guerre de Tchétchénie aux côtés des rebelles et condamnés, le 26 mai 2016, à 20 et 22 ans et demi de prison par un tribunal de Grozny. L’Ukraine serait aussi en train de négocier la libération de deux autres Ukrainiens incarcérés en Russie, l’un condamné pour terrorisme, l’autre pour espionnage.

C.C.

Sources :

http://www.unian.net

http://www.pravda.com.ua

http://nv.ua

http://ukranews.com

27/05/2016 - Turkménistan : le président publie son quatrième livre de l'année

Le président de la République du Turkménistan, Gurbanguly Berdimuhamedov, vient de publier son quatrième ouvrage en moins de six mois, rapporte « Chronicles of Turkmenistan », un site d’opposition basé à l’étranger mais possédant des correspondants dans le pays.

Le livre, qui a été offert aux membres du gouvernement le 24 mai, a pour sujet les tapis traditionnels turkmènes, l’une des fiertés de ce pays d’Asie centrale parmi les plus fermés au monde. Sa publication intervient à quelques jours de la célébration, le 29 mai, de la journée du tapis turkmène. Cet évènement doit s’accompagner d’une exposition internationale sur le raffinement de cet emblème de la culture nationale.

Le président turkmène, au pouvoir depuis 2006, publie très régulièrement. Son ouvrage sur l’art de la tapisserie a été précédé de trois autres depuis le début de l’année.

Littérature et politique

Gratifié du titre de « protecteur de la Nation », le président Berdimuhamedov a logiquement publié, en janvier, un ouvrage portant sur L’origine de la sagesse (non-traduit). Celui qui poursuit la politique mégalomane de son prédécesseur, Saparmourat Niazov, affirme que ses deux derniers ouvrages expriment « ses considérations philosophiques sur l’existence » et « seront utiles aux pédagogues, enseignants et philosophes turkmènes ».

Dentiste de formation et ancien ministre de la Santé, le président Turkmène a également été annoncé comme l’auteur, en mars 2016, d’un livre sur les bienfaits du thé pour la santé. Cette publication fait écho à la politique hygiéniste prônée par les autorités qui n’hésitent pas à organiser, chaque année, des marches obligatoires pour leurs concitoyens. En janvier, la disparition temporaire des cigarettes dans les rues d’Achgabat, la capitale, avait été présentée comme la volonté d’interdire prochainement la vente de tabac. Les difficultés monétaires ainsi que les problèmes liés à la contrebande semblent toutefois avoir joué un rôle non négligeable dans cette disparition, comme le relevait le magazine Novastan.

Toujours au mois de mars, le très prolifique leader Turkmène a terminé son deuxième ouvrage sur l’Akhal-Téké, un célèbre pur-sang turkmène loué à travers le monde pour sa beauté et sa rapidité.  L’année précédente, Berdimuhamedov avait élu au titre « d’éleveur des chevaux turkmènes ». Une statue en or massif,  le représentant à cheval, avait ensuite été inaugurée dans le centre d’Achgabat. L’Akhal-Téké est l’un des emblèmes les plus mis en avant par le régime, qui s’en sert notamment comme outil diplomatique.

Concurrence littéraire

 « Chroniques du Turkménistan » indique que les livres du président en exercice sont de plus présents dans les bibliothèques du pays et tendent à remplacer l’héritage littéraire du président précèdent (aux publications également foisonnantes). Mi-avril, une ordonnance du ministère de l’Education annonçait ainsi le retrait obligatoire des bibliothèques de l’ouvrage Hemişelik bitaraplyk (Neutralité permanente) - attribué à l’ancien chef d’Etat - et dont la couverture représente l’Arche de la Neutralité, l’un des monuments emblématiques de la présidence Niazov.

Notons que les salles de classe turkmènes sont contraintes de posséder au moins trois livres du président actuel – il en a, à ce jour, publié près d’une trentaine – et ce, sur leur propre budget, comme le rapporte « Chronique du Turkménistan ». Tirés initialement à un maximum de 6 000 exemplaires, il est pour l’instant peu probable que le dernier ouvrage de Gurbanguly Berdimuhamedov devienne un best-seller dans un pays qui, tout de même, compte plus de cinq millions d’habitants.

R.C.

Sources :

Chronicles of Turkmenistan

Novastan.org

 

26/05/2016 - Russie : l’intelligentsia libérale se dote d'un nouveau prix littéraire

Est-ce la naissance d’une nouvelle distinction littéraire d’importance en Russie ? Le 25 mai, deux auteurs ont été récompensés lors de la cérémonie officielle du concours LibMissia, organisé par le fonds Liberanalnaya Missia (« Mission libérale »).

Le jury a choisi de mettre en avant le travail d’Alexandre Baounov et de Sergueï Koldobski (écrivant sous le pseudonyme de Sergueï Shelin). Le premier, rédacteur en chef pour le site du centre Carnegi – un célèbre centre d’analyse en Russie – a remporté la catégorie « Analyse » pour un essai remarqué sur l’étude des mythes. Le second, journaliste pour le site d’informations et d’opinion Rosbalt.ru, a été sacré pour une série d’articles. Tous deux se sont vus remettre 250 000 roubles (3400 euros).

« Un libéral est l’avocat de la liberté. La liberté, c’est l’accomplissement du droit », a affirmé Sergueï Koldobski lors de la remise des récompenses. « Les droits de l’homme étant inaliénables, ils résistent à la moindre tentative de réduction, de négation ou de destruction. C’est pourquoi le véritable libéralisme est toujours fort, profond et durable », a-t-il ajouté. Son co-récipiendaire a quant à lui soutenu que le libéralisme était une « résistance au totalitarisme et à la propagande ».

Le représentant du jury, Denis Dragounski, a toutefois regretté de ne pas avoir pu décerner de prix à l’ouvrage d’Elena Klimova, journaliste et militante LGBT à l’origine d’une plateforme en ligne (http://www.deti-404.com) venant en aide aux adolescents homosexuels, bisexuels et transsexuels vivant en Russie.

Promouvoir les valeurs libérales

Lancé fin février 2016, le prix « Mission Libérale » vise, selon ses organisateurs, à soutenir enquêtes, livres et articles portant sur la situation sociale et politique en Russie. Pour Alexandre Gavrilov, organisateur, critique littéraire et animateur d’émissions de télévision, cette récompense doit pallier l’absence de « mécanismes permettant de sélectionner et d’évaluer les textes qui suscitent de la confiance au sein des opinions libérales », ainsi que promouvoir les « valeurs libérales » dans la société russe.

Le jury de ce premier concours se composait d’Alexandre Arkhangelski, critique littéraire et également animateur d’émissions ; d’Anna Katchkaeva, professeur à la Haute Ecole d’Economie de Moscou ; Dmitri Oreshkin, politologue et géographe. Denis Dragounski, le représentant du jury, est philologue et politologue.

Ex-agent de l’étranger

En mai 2015, le fonds « Mission libérale » avait été inclus dans la liste des agents étrangers établie par le ministère de la Justice au motif qu’elle était soutenue à l’époque par Dynastie, un important fonds de charité crée par l’homme d’affaire, Dimitri Zimine. L’inclusion de Dynastie dans la liste des « agents étrangers » avait suscité une vague d’indignation au sein des milieux universitaires russes. En juillet 2015, les dirigeants du fonds Dynastie avait finalement opté pour l’autodissolution. Cette dernière avait conduit, selon Radio Svoboda, à la fin d’une vingtaine de programmes d’étude et de recherche d’une valeur de plus de 400 000 millions de roubles (près de 550 000 euros).

Lire aussi sur Gare de l’Est : Le ministère de la Justice intensifie sa lutte contre les agents de l’étranger

Le prix « LibMissia » vient remplacer le prix « PolitProsvet » qui visait lui aussi à promouvoir les écrits politiques et sociétaux. En septembre 2015, le fonds « Mission Libérale » a finalement été retiré de la liste noire du ministère de la Justice pour avoir « mis fin à ses fonctions d’agents étrangers ».

R.C.

Sources :

www.svoboda.org
http://premialibmissiya.ru/

26/05/2016 - Azerbaïdjan : libération de la journaliste Khadija Ismaïlova

La journaliste azerbaïdjanaise Khadija Ismaïlova a enfin été libérée, mercredi 25 mai 2016. Arrêtée en décembre 2014, elle avait été condamnée à sept ans et demi de prison en septembre 2015 pour détournement de fonds et évasion fiscale. Il ne fait cependant aucun doute que la véritable raison de son emprisonnement résidait dans ses enquêtes contre la corruption de la classe dirigeante. Des enquêtes notamment ciblées sur le président Aliev et sa famille qui contrôlent l’économie pétrolière du pays.

Khadija Ismaïlova avait en particulier travaillé pour le média Radio Free Europe / Radio Liberty, financé par le Congrès américain.

« Il est possible que ce soit lié aux événements en Ukraine. De toute évidence, les membres de notre gouvernement vivent dans une autre réalité – la plupart d’entre eux ont entre 70 et 80 ans – et ils ont dû penser que ce qui s’est passé en Ukraine avait été planifié et que nous pourrions être les prochains », a commenté Maggeram Zeïnalov, journaliste et sociologue azerbaïdjanais en revenant sur les raisons de l’arrestation de Mme Ismaïlova survenue le 5 décembre 2014, au cours d’une vague d’arrestations et de procès politiques.

Cette libération, bien qu’assez inattendue, survient après une vague d’amnistie. En mars, le président Aliev a ainsi gracié 14 prisonniers politiques, dont le défenseur des droits de l’homme Rasoul Djafarov, des membres du mouvement civil NIDA et Intigam Aliyev, juriste et défenseur des droits de l’homme.

Eldar Namazov, directeur de l’Institut de recherches stratégiques de Bakou, considère que la libération de Mme Ismaïlova tombe sous le sens, puisqu’elle ne représente plus une menace pour le pouvoir : « En ce qui concerne Khadija Ismaïlova, la raison de son arrestation était bien entendu la série d’articles dénonçant la corruption en Azerbaïdjan, les schémas de corruption, en particulier ceux des sociétés offshores, mais à présent que toutes les données sur les sociétés offshores ont été dévoilées, continuer à lui mettre la pression, à la garder en prison, ça n’a évidemment plus aucun sens ». Khadija Ismaïlova a toutefois déclaré qu'elle « avait hâte de se plonger dans la Panama Papers ».

Cette décision d’Ilham Aliev semble loin d’être dictée par un soudain élan de compassion. Mekhman Aliev, directeur de l’agence de presse privée azerbaïdjanaise Turan, souligne ainsi qu’il s’agit là d’une manœuvre politique afin de recevoir l’aide de l’Occident. En effet, l’Azerbaïdjan se trouve dans une situation économique difficile, en particulier du fait de la chute du prix du pétrole. Mais si le président Aliev veut toucher une aide financière de l’Occident, il doit faire une concession sur les droits de l’homme et libérer ses prisonniers politiques. Cette libération « s’inscrit dans un schéma bien plus large : la résolution de la crise économique, le conflit du Haut-Karabakh, la sécurité de la région et ainsi de suite », poursuit Mekhman Aliev.

En ce qui concerne cette relation entre l’Azerbaïdjan et l’Occident, Maggeram Zeïlanov, va encore plus loin : « C’est une stratégie face à laquelle l’Occident assiste passivement. L’Azerbaïdjan enferme les voix trop critiques. Il les libère ensuiteen expliquant qu’ils étaient allés un peu trop loin. Ce n’est pas la première fois que ça se produit, et depuis toutes ces années il n’y a pas eu de véritable amélioration. Je pense que l’Etat continuera à jouer à ce petit jeu et à l’imposer à l’Occident ».

En tout cas, Khadija Ismaïlova ne compte pas renoncer. « Je vais continuer à me battre pour la justice », a-t-elle déclaré juste après sa libération.

C.C.