"Sous Ianoukovitch, 50% de notre temps était consacré à la défense des entrepreneurs rackettés"

M. Jacques Faure, ancien ambassadeur de France en Ukraine (2008 – 2011) et représentant français au sein du groupe de Minsk chargé de la résolution du conflit du Haut-Karabagh (2012-2014) était notre invité pour le lancement du quatrième numéro de Gare de l'Est. Retour les points forts de son intervention.

 

 

Pour M. Faure, la révolution de février 2014 a suscité des changements profonds au sein de la majorité de la population qui « a pris conscience de sa force » en réalisant « une révolution de la dignité ».

Sur la base de son expérience, l’ancien ambassadeur a affirmé que les nouvelles élites politiques ukrainiennes au pouvoir soutenaient plus sérieusement qu’auparavant un rapprochement avec l’Union européenne. Quand il était à Kiev, sous le mandat de Viktor Ianoukovitch, l’ambassadeur a ainsi souligné combien le régime était corrompu, l’ambassade consacrant alors près de « 50% de son temps » à la défense d’entrepreneurs français « victimes de racket d’Etat ».

M. Faure est également revenu sur la situation économique et politique dans le Donbass, région dont le potentiel militaro-industriel continue d’intéresser la Russie. Il a notamment pointé le fait que, profitant de la situation, Moscou aurait fait transférer en Russie des machineries industrielles du Donbass. Interrogé sur la solidité des accords de Minsk 2, l’ambassadeur a regretté que ces derniers ne soient que difficilement applicables, alors que 400 kilomètres de frontière ne sont toujours pas contrôlés par Kiev.

Concernant la Crimée, notre invité a rejeté l’affirmation selon laquelle les habitants de la presqu’île étaient victimes avant l’annexion de discriminations anti-russes de la part des autorités ukrainiennes. Le respect des droits de la minorité tatare représente au contraire selon lui une vraie source préoccupations, même si M. Faure a toutefois rappelé que des tensions existaient déjà entre cette minorité et le pouvoir ukrainien, notamment au sujet de la reconnaissance par Kiev des propriétés confisquées après la déportation des Tatars en 1944.

 

 

Ancien membre du groupe de Minsk chargé de la résolution du conflit dans le Haut-Karabakh, M. Faure est également revenu sur la situation des zones dites « grises ». Il a affirmé que concernant le Karabakh des solutions raisonnables de paix se trouvaient sur la table des négociations, mais que leur mise en application souffrait d’un manque de volonté politique de la part des autorités arméniennes et azerbaïdjanaises. Le contexte actuel, marqué par de nouveaux affrontement ayant entraînés la mort d’une quinzaine de personnes depuis novembre 2014, ne permet pas, selon notre intervenant, de qualifier cette situation de « conflit gelé ».

Suite à une question portant sur l’absence de garantie juridique pour les cinq millions de personnes vivant dans les zones grises d’ex-URSS, M. Faure a dénoncé un « cycle de l’abandon ». Dans la perspective de la rencontre sur le partenariat oriental prévu le 22 mai 2015 à Riga, notre invité a mis en avant la nécessité de « surmonter les face-à-face haineux » et a appelé, comme Anatole France un siècle plus tôt, à « s’enrichir de la vérité des autres ».

 

L’équipe de Gare de l’Est tient à remercier M. Faure pour sa présence ainsi que la trentaine de personnes ayant fait le déplacement.