Le processus de démocratisation en Europe de l'Est : le regard de Jacques Rupnik

Politologue spécialiste de l'Europe post-communiste, directeur de recherches à Sciences-Po Paris et ancien conseiller de Vaclav Havel, Jacques Rupnik nous livre ses analyses concernant le processus de démocratisation en Europe de l'Est.  

 

 Jour d'élections au Belarus, BelTa

Démocratie et processus de démocratisation sont des notions assez compliquées à définir. Quelle est votre définition ?

Je partirais d’une définition limitée qui est le choix libre des gouvernants - donc à travers un processus électoral. C’est le sommet de l’iceberg sur lequel tout le monde est d’accord. Généralement, on identifie la démocratie avec des élections libres mais bien sûr ce n’est pas seulement cela.

Tel qu’on la conçoit en Europe, s’y ajoute une deuxième dimension, celle de la séparation des pouvoirs (cf. Montesquieu) et donc l’Etat de droit puisqu’une démocratie sans Etat de droit, c’est la possibilité d’élire des dirigeants qui n’ont pas de contre-pouvoir. Ce que l’on observe d’ailleurs dans nombre de pays à l’Est de l’Union européenne  (ancienne URSS, Balkans, etc.).

Enfin la société civile est une troisième dimension. Là, on passe de Montesquieu, c’est Tocqueville ; il n’y a pas de démocratie s’il n’y a pas une société civile où se créent les conditions d’existence d’un système pluraliste démocratique, ce lien civique sur lequel tout repose en dernière analyse : ce sentiment que l’on fait partie du même ensemble qui permet la confiance entre gouvernants et gouvernés, entre partis au pouvoir et opposition (je vous fais confiance de ne pas m’écraser une fois que vous serez au pouvoir). 

Ces trois dimensions, celles des élections, des institutions et de la société civile sont  interdépendantes et quand elles sont réunies, vous pouvez postuler que vous êtes une démocratie européenne ou compatible avec l’UE...

Ceci dit, même dans ces cas-là, rien n’est jamais définitivement acquis. On le voit par exemple avec le cas de la Hongrie aujourd’hui.

 

La démocratie exerce-t-elle toujours le même pouvoir d’attraction auprès des populations d’Europe de l’Est qu’à l’époque de la chute du mur ?

En 1989, peu de gens là-bas vous auraient donné la définition de la démocratie que je vous ai exposée. Presque tous optaient pour la première dimension. La démocratie était l’antidote du régime qu’ils connaissaient, celui de  la dictature d’un parti. 

On est facilement blasés en Occident par rapport à la démocratie, la liberté et leur limites… On peut disserter des heures sur ce qu’est la liberté, mais je peux vous donner en une phrase ce qu’est l’absence de liberté et ça, les citoyens de l’Europe orientale l’ont connu pendant un demi-siècle. Et dans cette absence de liberté, la démocratie, c’est la référence, l’alternative. Evidemment, une fois que c’est obtenu, les idées divergent sur la façon de l’organiser et les difficultés commencent  avec l’inévitable désenchantement qui suit les ruptures révolutionnaires caractérisés par l’unité et la transparence

 

Est-ce par intérêt ou par idéalisme que l’UE exporte la démocratie en Europe de l'Est ?

Elle le fait d’abord par conviction puisque c’est sensé être un club de pays démocratiques Ensuite, il se trouve que c’est l’intérêt bien compris de l’UE d’œuvrer dans cette direction.

Elle le fait par conviction parce que personne n’oblige l’UE à chercher à promouvoir la démocratie en Bulgarie, en Bosnie, etc., et rien dans ce qu’elle était à l’époque de la chute du communisme ne l’y poussait non plus - rappelons qu’elle était encore avant 1989 la Communauté Economique Européenne, soit le marché commun d’Europe de l’Ouest…

Mais apporter une réponse face à l’effondrement du rideau de fer est vite apparu comme une nécessité voire une évidence. Nous pensions que c’était le bon système pour nous, nous voulions le faire partager à ceux qui sortaient du communisme et qui étaient d’ailleurs plus persuadés que nous que la démocratie était une bonne chose !

Il est vrai que pour les européens de l’Ouest l’identité démocratique découlait de la guerre froide et qu’avec sa fin on était  un peu blasés et des critiques se faisaient déjà entendre. Celles de gauche disaient que la démocratie n’était qu’une couverture du capitalisme ; celles de droite affirmaient que la démocratie est un régime faible, peu compatible avec l’efficacité : légitimité et efficacité c’est le vieux dilemme des démocraties libérales . Les critiques, les colloques sur la « crise de la représentation démocratique » ne sont donc pas nouveaux !

 

La démocratie a donc en quelque sorte reçu un coup de jeune via l’élan démocratique venu de l’Est en 1989 ?

Il y avait en effet alors l’idée que nos démocraties un peu figées et fatiguées pouvaient trouver une inspiration, un nouveau souffle venu de l’Est. Qu’y ait été possible une révolution non violente, « de velours », en rupture avec le modèle révolutionnaire de 1789 sans guillotine, sans Terreur... a aussi joué dans l’engouement que cela a suscité ici. Cela a également contribué au fait qu’un personnage comme Havel ait autant fasciné en Occident.

La fin ne justifiait pas les moyens : ici se trouvait la principale rupture avec le modèle communiste issu de la Révolution russe et, plus loin, de la Révolution française. 1989 est un rejet de la culture révolutionnaire héritée de 1789.

Si l’expérience postcommuniste en Europe centrale et orientale attirait, c’est aussi parce que ceux qui étaient propulsés sur les devants de la scène n’étaient pas des professionnels de la politique... Pas qu’en Tchéquie ! En Hongrie, et en Pologne plus de la moitié du premier gouvernement était constitué d’historiens, de scientifiques... L’alternance au pouvoir était non-professionnelle et la démocratie réalisée par des intellectuels et non des apparatchiks.

Lorsqu’une dictature totalitaire s’effondre et qu’on essaye de constituer à partir de pratiquement rien des institutions gouvernementales, il faut réinventer les concepts de base. Vous devez définir ce qu’est la constitution, ce qu’est un Parlement, ce qu’est la représentation politique. Bref, toutes les vertus civiques sont à redéfinir. Rien n’est donné d’avance. Et l’Est s’est trouvé confronté à ce moment de réinvention qui aurait pu inspirer l’Ouest. Ce fut un moment très important et qui n’a malheureusement pas eut les suites que l’on pouvait en escompter. C’est dommage pour la démocratie en Occident, mais surtout dans cet espace oriental qui n’a pas capitalisé sur ce moment où il était possible de mélanger l’héritage de la dissidence (une pensée de la démocratie formulée dans des conditions de dictature) et la réinvention de la démocratie dans cette phase cruciale du lendemain de 1989.

 

Les Balkans ont également été confrontés à une transition, autrement plus difficile, et aujourd’hui, on affirme parfois que l’esprit démocratique s’y affaiblit fortement…

Dans les Balkans, la transition a été dévoyée soit par les appareils postcommunistes reconvertis (en Roumanie et en Bulgarie), soit par les nationalismes et la guerre dans l’ancienne Yougoslavie. En ex-Yougoslavie, la transition démocratique n’a pu trouver une raison d’être qu’après la guerre. Tout simplement parce que la première condition à la démocratie, c’est la sécurité et sur ce plan notamment il y a eu une autre trajectoire qu’en Europe centrale.

Par ailleurs, la référence à la « démocratie » a essentiellement servi à légitimer de nouveaux Etats-nations nés sur les ruines de l’ex-Yougoslavie. Si les nouvelles élites politiques se sont placées dans cette perspective, elles n’étaient pas forcément des démocrates au sens de notre définition initiale.

Ces élites politiques se sont fait élire sur une perspective souvent nationaliste, mais ne croyaient pas en la séparation des pouvoirs et ont préféré mobiliser la société par le prisme du nationalisme... Ils n’avaient et n’ont toujours pas le projet d’un lien horizontal. Ils veulent un lien vertical : la Nation, le peuple uni avec son leader. Le lien horizontal, constitué par la société civile, dépasse les clivages ethniques...Vous avez là une autre défaillance démocratique dans les Balkans.

Une troisième difficultés, c’est que vous avez aujourd’hui dans les Balkans des sociétés à la fois postcommunistes, et post-guerres, et qui sont non seulement épuisées par la longue décomposition de l’ancien Etat, de l’ancienne structure, mais aussi exaspérées par la façon dont les nouvelles élites ont confisqué, corrompu, et dévoyé les ressources de l’Etat. « ils sont élus, certes, c’est une soi-disant démocratie, mais ils ont confisqué le pouvoir et en fait ils sont tous des voleurs » : voilà le leitmotiv qu’on entend partout...La démocratie dévoyée par les processus de construction de nouveaux Etats-nations. D’où ce désenchantement balkanique.

 

Mais du coup, quels leviers l’UE peut-elle utiliser pour encourager la démocratie dans ces pays ?

L’UE n’a pas de programme de promotion de la démocratie du même type que celui des Etats-Unis avec le National Endowment for Democracy... Encore qu’elle ait créé il y a peu de temps quelque chose qui se voudrait être l’équivalent : le European Endowment for Democracy. Elle s’est  toujours bien gardée de clamer : « nous faisons la promotion de la démocratie ! », en dépit d’un programme de démocratisation efficace qui s’appelle « l’élargissement » dont le Partenariat oriental est une sorte de prolongement plus à l’Est mais dans d’autres conditions, sans perspective d’adhésion.

Le processus d’élargissement lui-même a donc été un levier de démocratisation, grâce à la conditionnalité que cela implique.

Autrement dit, vous souhaitez adhérer : voilà les conditions, qui vous amèneront à faire telle ou telle réforme, à respecter :

1) les droits de l’Homme ;

2) la démocratie et ses élections libre ;

3) l’Etat de droit, qui transcrit l’acquis communautaire dans le droit de chacun des pays et de l’appliquer (justice indépendante, etc.) ;

4) une économie compatible avec l’UE et la possibilité pour les sociétés  de ces pays d’être en interaction avec le reste de l’Europe

Ce programme, appelé élargissement, est en fait un processus de transformation qui nous permet de parler de transformative power. La puissance transformatrice de l’UE est essentiellement portée par cette perspective d’élargissement.

 

Mais que se passe-t-il quand cette perspective d’élargissement n’existe pas ? Quels sont les moteurs de réforme possibles ? Les leviers sont-ils suffisants ?

Ce qui a marché en Europe centrale est appliqué avec un décalage dans le temps dans les Balkans occidentaux (conditionnalité, perspective d’adhésion). Avec une spécificité : on négocie avec des Etats en gestation. Pour l’Europe de l’Est postsoviétique, l’UE avait l’idée d’utiliser la même boîte à outil de la conditionnalité pour obtenir des réformes dans ces pays (réforme de gouvernance politique et économique), en échange de l’ouverture du marché de l’UE, et avec en plus la libre circulation des personnes - avec les visas que l’on promettait d’accorder plus facilement - et avec des aides financières aux réformes en cours. Ca, c’était le modèle tel qu’il était conçu pour le Partenariat oriental. Mais sans la perspective d’adhésion à l’UE. Tout ça nous a explosé à la figure avec la crise ukrainienne, le refus de signer par le président ukrainien sous la pression russe, tout ce qu’on a vu se développer depuis la révolution Euromaïdan.

Deux logiques s’opposent : l’UE, qui a banni la géopolitique non seulement de son vocabulaire, mais même de sa pensée, et en face, un acteur Russe qui met la logique de puissance au premier plan et fait du rétablissement de sa domination sur sa périphérie une priorité. Moscou perçoit les incursions européennes via sa politique de voisinage comme une menace, mise pratiquement sur le même plan que la menace de l’OTAN.

 

L’UE se retrouverait-elle ainsi face aux limites de son soft power ?

Voilà. Elle découvre que le projet de démocratisation né avant 1989 avec les pays du Sud de l’Europe (Espagne, Grèce, Portugal après les chutes des dictatures) et poursuivi après 1989 avec les pays d’Europe centrale qu’elle a intégrés et aidés à se démocratiser, ce projet a des limites géopolitiques et géographiques. Cela  oblige donc l’UE à repenser sa politique de voisinage, la démocratisation. Elle découvre des limites géographiques à l’Est ; mais jusqu’où peut-elle aller dans le Sud-Est ? Je ne parlerai même pas du Sud où, après le printemps arabe durant lequel on mettait en avant la démocratisation, affirmant que l’UE devait s’y engager. Aujourd’hui, nous sommes face à l’effondrement de ces Etats, au chaos, à la guerre civile et à la poussée de l’Islam radical avec toutes les menaces sécuritaires qui en découlent.

Nous ne sommes déjà plus dans le langage de la démocratisation... On voit comment en Ukraine et dans la périphérie Sud de l’Europe, une promesse de démocratisation peut devenir une menace de sécurité.

 

Aurait-il mieux fallu d’après-vous favoriser le politique ou l’économique ?

On a pensé dans les pays d’Europe centrale que les deux allaient de pair ; d’un côté l’intégration économique par le marché et de l’autre, parallèlement, transition à la démocratie et intégration politique. On découvre que là aussi, ce lien entre démocratie et marché est problématique. Nous ne connaissons pas de démocratie qui n’ait pas d’économie de marché, mais nous connaissons des économies de marché qui ne sont pas des démocraties. Pinochet avait ouvert la voie et les camarades chinois nous confirment chaque jour qu’on peut avoir le capitalisme sans la démocratie. Toute cette période des 25 dernières années invite à faire le bilan. Pour certains auteurs, il faut une séquence : l’émergence d’une nouvelle classe moyenne qui va peu à peu exiger un Etat de droit, des droits de propriété, et ce n’est qu’à terme que les conditions du passage à la démocratie seront créées.

C’est la question posée par les évolutions contrastées de la Russie et de la Chine et on peut tirer des leçons de la comparaison. Les Chinois disent qu’ils ne veulent pas refaire l’erreur de Gorbatchev d’abolir d’abord la censure avec la glasnost pour finir par tout mettre par terre. Sur le plan économique, cela leur a réussi (10% de croissance par an pendant 25 ans et des centaines de millions de gens sortis de la pauvreté au cours de ces 20 dernières années.  A la longue, cela apportera-t-il des bonnes conditions pour la démocratie ? Ce n’est pas une révolution, mais une évolution.

En revanche, ce que nous voyons en Russie, c’est l’inverse. On a commencé par les libertés, la démocratie. On est passé à un capitalisme oligarchique sous Eltsine et maintenant, nous assistons à une restauration autoritaire du pouvoir d’Etat. Toute la question est de savoir comment les nouvelles classes moyennes vont s’accommoder ou pas de la nouvelle donne, comment elles vont réagir si le contrat social économique signé par Poutine avec les classes moyenne est rompu ? C’est–à-dire « je vous assure une amélioration de votre niveau de vie et des libertés individuelles de consommateur et vous acceptez de ne pas interférer dans la sphère publique ». Sauf qu’avec la dégringolade actuelle du rouble qui a perdu la moitié de sa valeur en quelques mois, le pétrole dont les cours sont en chute libre depuis  un an, et les sanctions introduites suite à la crise ukrainienne, le contrat social russe va être mis à l’épreuve. Pour le moment, il tient encore grâce au carburant du nationalisme.

 

Les espoirs de démocratisation via l’UE n’ont-ils pas été douchés par des résultats parfois décevants au sein même de l’UE, notamment pour ce qui concerne la corruption (Hongrie, Croatie, Roumanie, Bulgarie) ?

La corruption est un problème réel dans l’ensemble de ces pays et il est important d’y renforcer l’Etat de droit européen et ses normes de droit partagé. En ce sens là, entre la pression européenne et la société civile, on peut tenter d’atténuer le fléau de la corruption, afin d’éviter que la confiance en la démocratie ne disparaisse.

Ce que j’observe en Europe centrale, y compris en République tchèque, c’est que le thème de la corruption est devenu une sorte de réponse facile pour attaquer les élites politiques en place. « Ils sont tous pourris, tous corrompus »... Qui tient ce discours ? Ce ne sont pas seulement les ONG ou les extrêmes, en République tchèque,  par exemple ce discours est notamment tenu par Andrej Babis, le deuxième homme le plus riche du pays qui s’est lancé en politique et qui a fait de la lutte contre la corruption son principal programme, il n’y a d’ailleurs rien d’autre dans son programme ! Son slogan c’est : « faites-moi confiance, les partis sont fatigués, pourris, usés ; ils n’ont plus d’idée. Moi, comme je suis riche, je n’ai pas besoin de ponctionner la caisse de l’Etat et je vais faire le ménage ! »

Vous avez là un programme qui est d’une simplicité enfantine ; vous n’avez pas besoin d’un programme élaboré, simplement d’un programme anti-corruption et l’image d’un leader qui, avec l’efficacité, l’imagination, l’énergie, le dynamisme d’un chef d’entreprise, va régler toutes les défaillances de l’Etat... Je trouve cela pour la démocratie tout aussi préoccupant.

 

C’est le « populisme » que vous pointez ici du doigt ?

Ce populisme d’Europe orientale a deux dimensions : une, la décommunisation (se défaire des élites de la transition) et puis le deuxième thème est la lutte contre la corruption.

Critiquer le populisme ne revient pas à dire que la corruption et le problème des anciennes élites communistes n’existent pas mais ce qui est problématique, c’est de voir apparaître des mouvements politiques qui se dispensent soudain d’avoir un programme concret, de se situer sur l’éventail droite/gauche et qui viennent seulement avec des slogans anti-élites.

 

Comment tenir une politique claire sur l’élargissement et le Partenariat oriental avec 28 Etats-membres ayant des intérêts divergents dans ces régions du voisinage ?

Pour l’élargissement, on s’est mis d’accord lors du sommet de Thessalonique en 2003 : l’engagement solennel de faire entrer les pays d’ex-Yougoslavie, les « Balkans occidentaux » n’a jamais été remis en cause. Si des pays ont des réticences, personne ne s’est vraiment exprimé contre. C’est le seul élargissement possible à moyen terme. Je n’en vois pas d’autre. La Turquie ? Sa trajectoire actuelle l’éloigne de l’UE L’Ukraine ? C’est une idée polonaise mais c’est un gros morceau : un pays de surcroît en faillite et divisé... On n’a même pas pu faire le Partenariat oriental, alors l’élargissement, je ne vois pas comment ça peut être possible. Le seul élargissement sur lequel il y ait consensus, c’est celui des Balkans. Il faut s’en tenir à ça et il faut pousser vers la réalisation de cet engagement-là. C’est leur intérêt et c’est notre intérêt bien compris.

Pour ce qui est du Partenariat oriental, il est à la fois plus facile de se mettre d’accord car c’est moins exigeant vu qu’il n’est pas question, jusqu’à nouvel ordre, d’adhésion... mais c’est aussi un objet de division puisque ça engage non plus seulement la conditionnalité européenne, mais aussi la politique étrangère et de sécurité et là-dessus les Européens ont des intérêts communs mais des visions divergentes.

 

Et comment expliquer le deux poids deux mesures de l’UE vis-à-vis de deux pays du Partenariat oriental, le Belarus et l’Azerbaïdjan ?

Je pense que l’expliquer, ce serait dire que l’un a du pétrole, l’autre non. Première raison, pas suffisante, mais pas négligeable. Et l’Azerbaïdjan est prêt à livrer le pétrole via une route qui ne serait pas la filière russe. A l’inverse, Loukachenko a été un allié privilégié de la Russie et a été un des membres fondateurs de l’Union économique eurasienne. Le registre est différent : il a choisi la Russie et, par la nature de son régime, a été ostracisé par l’UE. Ce n’est pas le degré de démocratie qui est à remettre en cause, c’est plutôt l’orientation géopolitique et les ressources de ces pays. En plus d’être incompatible avec l’UE, le régime du Belarus n’a rien qui nous intéresse. En fait, la vraie question à terme c’est quelles relations entre l’UE et la Russie dans le voisinage partagé.