« Maman, papa, je suis gay » : une association de Saint-Pétersbourg vient en aide aux familles d’homosexuels

À Saint-Pétersbourg, l'association "Vikhod" (Sortie) organise des groupes de discussion pour réconcilier les familles de personnes ayant décidé de vivre ouvertement leur homosexualité. 

 

"L'amour rend tout le monde heureux". Une mère porte une affiche lors d'un rassemblement pour les droits LGBT en Russie.

"L'amour rend tout le monde heureux". Une mère porte une affiche lors d'un rassemblement pour les droits LGBT en Russie.

 

 

Tous les troisièmes lundis du mois, le ‘Club des parents’ se réunit dans les bureaux de l'association LGBT ‘Vykhod’ (Sortie), située dans un immeuble banal du centre de Saint-Pétersbourg. Pourtant, l'accès à cet événement est difficile pour celui qui ne connaît pas l'adresse, l'étage et le numéro de la salle. A l'extérieur comme à l'intérieur, on ne trouve aucune indication. Seul le gardien, qui demande à voir vos papiers d'identités, vous donne la direction l’endroit où se réunissent les parents d’enfants homosexuels. Ilnur Sharafiev s'y est rendu, spécialement pour Meduza.

Les organisateurs peuvent refuser l'accès à la rencontre à n'importe qui, sans justification. Cette règle est apparue après l'intrusion pendant l'une des réunions d’un membre du mouvement « Cathédrale populaire », Anatoli Artiukh. Selon les militants de ‘Vykhod’, rien de grave ne s'est passé : « il a juste crié quelque chose puis s'en est allé ». Pendant les réunions, seul peut s’exprimer celui qui a entre les mains le dragon bleu, une peluche utilisée depuis les débuts du Club, il y a de cela quatre ans. Il est interdit d'interrompre et de juger. On ne parle que de soi. Il est préférable d'éteindre son téléphone.

Au début, tout le monde se présente tour à tour. Valentina et sa fille, Olga, se tiennent par la main. Ils vivent dans des villes différentes et ne se sont pas vues depuis longtemps. Nina, Marianna et Elena, trois mères membres du ‘Club des parents’ depuis sa fondation, sont également présentes. Quelques mères sont là pour la première fois. Elles regardent les gens autour d'elles avec curiosité ou fixent le sol timidement. Bien qu'il s'agisse officiellement d'une réunion de parents, on compte davantage de jeunes hommes et de jeunes filles. Pas un seul père n'a fait le déplacement.

« Maman est tombée malade il y a peu de temps. J'ai pris soin d'elle, car elle n'a pas résisté au choc », raconte Sergueï, un jeune homme d'une trentaine d'années. Il tient dans ses mains la peluche. « Au moins, elle n’avait plus la force de crier comme avant : berk, sale gay, va-t’en et ne touche pas mes affaires ! ». Dix-sept personnes l'écoutent. Assises en cercle, elles portent des badges avec leurs noms écrits à la main.

« Si elle ne me rejette pas, ça veut dire qu'elle ne s'en fout pas tout à fait », poursuit Sergueï à propos de sa mère, avec qu’il a rarement l'occasion de discuter. Il a déposé dans la boîte aux lettres les brochures et les livres édités par ‘Vykhod’ de peur de lui remettre en main propre. Elle a voulu les jeter, mais la voisine a demandé à les lire.

Nina, la plus ancienne du Club, demande la peluche. Elle estime que les homosexuels doivent à tout prix essayer de parler avec leurs parents : « Vous devez leur faire comprendre que les gays ne sont pas les gens dont on parle à la télévision. Il leur faut forcément beaucoup de temps pour comprendre, mais appelez-vous combien de temps vous avez mis vous-mêmes ! Tout le monde aime ses enfants, tout le monde les comprend ».

Certaines personnes rappellent immédiatement l'histoire de parents ayant renvoyé leur enfant de la maison ou l’ayant envoyé se faire soigner.

Nina se ravise : « D'accord, pas tous, mais la majorité. Ils ne veulent parfois pas lire les brochures que vous leur apportez. C'est pourquoi il est mieux d'engager le dialogue ».

La peluche passe à Nikita. Il pense que ceux qui cachent leur homosexualité à leurs parents veulent d'abord se protéger : « J'ai le sentiment que les gens préfèrent faire face à un pic d’émotion plutôt qu’à un état négatif chronique. Se murer dans le silence, être constamment malhonnête, pour les parents, c'est même plus dur que le coming out ».

Au ‘Club des parents’, on parle et on demande tout ce que l’on veut. Quand l’un raconte ce qui lui est arrivé dernièrement, d'autres lui conseillent des films sur les thématiques LGBT. L’un d’entre eux, qui n'a pas encore décidé de faire son coming out, demande conseil.

 

Manifestation contre la loi sur la propagande homosexuelle votée en juin 2013 par la Douma.

Manifestation contre la loi sur la propagande homosexuelle votée en juin 2013 par la Douma.

 

La plupart des intervenants ne viennent pas pour la première fois. Les nouveaux, qu’ils soient parents ou enfants, écoutent davantage. Ce n'est qu'à la fin de la réunion que la peluche passe à Sasha : il est arrivé à Saint-Pétersbourg il y a peu de temps. « J'ai longtemps vécu dans un petit village. Là-bas, le mot ‘gay’ est terrible, on peut t'attraper dans la rue et te tuer. Mes parents, ce sont des gens de la vieille école. J'ai peur qu’en l’apprenant ma mère ne se sente coupable. Vous n'avez pas eu la même chose ? »

On lui répond que cette étape de l'acceptation est inévitable. On lui conseille de se préparer et de réfléchir aux conséquences. D'après leur expérience, faire son coming out dans une petite ville est encore plus difficile.

La rencontre du Club se termine après deux heures et demie. Elena regarde Valentina et Olga. Elles se sont tenu la main pendant toute la réunion. Elena sourit. Puis elle tourne la tête vers la fenêtre et dit doucement : « Je ne veux pas retourner là-bas ».

« Après le coming out, l’ancien monde s’effondre »

Elena est devenue active parce qu'elle estime que les parents LGBT sont les mieux placés pour comprendre les gens qui font face à des problèmes qu’ils ont eux-mêmes vécu. Il y a cinq ans, son fils Dimitri est revenu du Japon où il avait vécu et travaillé pendant dix ans. Elena a tout de suite senti que quelque chose préoccupait son fils. D’abord, elle pensait plutôt à un problème d'adaptation à la réalité russe. Dimitri a introduit son coming out avec ces mots : « J'ai envie que tu m'écoutes jusqu'au bout, mais ça peut te faire peur ». Elena a craint une maladie, imaginait qu'il avait commis un acte dont il avait honte. Elle pensait à tout un tas de chose, mais l’homosexualité de son fils ne lui avait même pas traversé l’esprit.

« Après notre conversation, c'était terrible et amer », se rappelle Elena. « Il me semblait que j'étais la seule mère qui était frappée. Je n'ai pas pu lui montrer directement ma bienveillance ; cela aurait été un mensonge, mais j'ai essayé de ne pas lui montrer que j'étais très contrariée. C’est une phrase qu’il ma dite par la suite qui m’a réconfortée : ‘Maintenant, je suis plus heureux que lorsque je faisais semblant’ ».

Un an après son coming out, Dimitri l'a emmenée avec lui à la rencontre du ‘Club des parents’. Elena se souvient de son appréhension : il lui semblait que son fils l'emmenait dans un ‘sous-sol à gays’. « Quand j'ai vu que personne n'y dansait en collants, mais qu'il y avait des gens polis, j'étais un peu étonnée », plaisante-t-elle. Rapidement, Elena est devenue une activiste du Club. Aujourd’hui, elle aide les parents à accepter les orientations sexuelles de leurs enfants.

« Souvent, les parents viennent chez nous les yeux remplis d’horreur. Il semble qu'il leur est arrivé une immense douleur. Ils restent silencieux la plupart du temps. Nous leur demandons de se calmer et de nous regarder : est-ce qu'on a l'air effondrés ? Ce n'est pas mortel, on peut vivre avec ça et être totalement heureux », dit-elle.

Elena nous affirme que l'acceptation peut prendre des mois, voire des années : « Une mère qui accepte facilement et rapidement l'homosexualité de son fils, ça n’arrive qu’au cinéma ». Elle souligne l’aspect positif qui réside dans le fait-même de voir un parent continuer à se rendre au Club. « On voit que la mère se redresse un peu, sourit ; elle est prête à discuter de la situation... C'est déjà bien ! Cela signifie qu'elle ne pense plus que son enfant a un vice ». La plupart du temps, les parents qui viennent à la rencontre restent silencieux, remercient pour l'aide et ne reviennent plus. Il est arrivé aux membres du Club de se faire traiter de sectaires, incapables de comprendre l’importance de la loi sur la propagande de l'homosexualité. Les mères du Club perçoivent ce problème non comme le leur, mais comme celui de toute la société : « si dans les médias, on critique constamment les gays, alors pourquoi devrait-on immédiatement croire une poignée de gens qui n'est pas d'accord avec ça ? »

« Après le coming out, la tête tourne, l'ancien monde s'effondre en même temps que les plans pour l'avenir de l'enfant », raconte Marina Miller, fondatrice du ‘Club des parents’. Son fils, Roman, lui a parlé de son homosexualité il y a six ans. Elle explique que chaque parent dans cette situation passe par cinq stades d'acceptation. Elle parle de son exemple : « Le choc a duré dix jours. Après, c'est le déni, mais je ne l'ai personnellement presque pas ressenti : c'est quand tu essayes de convaincre ton enfant que ce n'est qu'une impression. J'ai immédiatement ressenti de la douleur. Une fois, alors que nous étions au café, Roma prêtait attention à un joli garçon : je me suis sentie mal. J'aurais voulu qu'il regarde une jolie fille.  Je me suis longtemps sentie coupable. Ne l'ai-je pas assez aimé ou l'ai-je mal aimé ? L'ai-je élevé trop durement ou pas assez ? Je me demandais si dans son enfance je lui avais acheté le mauvais jouet : un animal en peluche au lieu d’une voiture... ».

C’est un an et demi après avoir accepté l’homosexualité de son fils que Marina a décidé de devenir activiste. Avec d'autres mères rencontrées au festival de cinéma LGBT « Bok a bok » (Côte à côte), elle a fondé le ‘Club des parents’. Elle se rappelle que lors de leur première rencontre, quatre personnes étaient venues. Aucun d'entre eux ne savait quoi faire de ce sentiment de culpabilité. « Après en avoir parlé avec d'autres mamans, ça a fini par passer », constate Marina.

Elle a ensuite atteint le dernier stade : l'acceptation.  Il faut ensuite l’assumer auprès de son entourage : « J'avais peur de le raconter à la famille, aux amis. Cela a pris un an ».

Les activistes du Club sont d’accord pour dire que cette situation est très fréquente. Une mère a invité un voisin à venir prendre le thé, car il soupçonnait son fils d’être gay. Elle a aussi convié à ce rendez-vous une fille à qui elle a demandé de faire semblant d’être en couple avec son fils. « Le ‘Club des parents’ est l'unique endroit où on n'a pas besoin de mentir ou d'hésiter », dit-elle.

 

"L'amour des parents ne dépend pas de l'orientation sexuelle des enfants."

"L'amour des parents ne dépend pas de l'orientation sexuelle des enfants." 

 

Igor a pu emmener sa mère au ‘Club des parents’ deux ans après son coming out. Il explique que jusque-là parler avec elle des thèmes LGBT était difficile.

« Dans notre famille, personne ne prononçait le mot ‘gay’. Maman utilisait le mot ‘tapette’ et papa celui de ‘pédéraste’ », se rappelle Igor. Il décrit sa mère et son père comme des gens avec des opinions différentes. Son père est un national-patriote orthodoxe. Son auteur préféré est Grigori Klimov, auteur de la phrase : « Si ce n'est pas en ordre entre les jambes, alors ce n'est pas non plus en ordre dans la tête ». La maman est une personne apolitique, équilibrée et « culturellement plus libérale ».

« Quand j'étais petit, je ne comprenais pas comment on pouvait avoir des sentiments pour les personnes de son sexe. J'ai demandé à maman ce qu'était l'orientation sexuelle, elle m'a répondu : ‘c’est la différence entre ce qui est pédé et ce qui ne l’est pas’. Je ne savais même pas ce que signifiait ‘pédé’. Vers onze ans, à l’occasion de discussions dans la famille, il m’est apparu qu'un pédé, c’était un pervers qui pratiquait le sexe anal. »

Igor raconte que son père l'a éduqué selon des règles orthodoxes : ils lisaient ensemble la vie des saints, priaient le matin, le soir, avant et après le repas. Il allait alors souvent se confesser, faisait sa communion et se rendait aux cours de religion du dimanche. Son coming out a eu lieu de manière inattendue. En septembre 2007, il est parti de son village natal dans l'oblast Pskov pour étudier à Saint-Pétersbourg. En octobre, il est revenu pour rendre visite à ses parents. La mère a demandé, l'air de rien : « Tu as l'air si nerveux, tu es amoureux ? ». Igor a répondu honnêtement que oui. « D'un homme ou d'une femme ? » a-t-elle demandé subitement. Puis ils ont pleuré ensemble, mais ils se ont vite séché leurs larmes. Une semaine après, Igor est retourné à Saint-Pétersbourg. Son père a rapidement appris la nouvelle.

 « Papa réagit toujours comme ça aux choses qui ne correspondent pas à sa vision du monde : il casse la vaisselle, brise les portes », raconte Igor. « A Saint-Pétersbourg, cette affaire s'est terminée par des cris au téléphone. Il a dit que l'homosexualité était un grand péché, et a exigé que je retourne sur le droit chemin. »

Très vite, à la demande de son père, Igor a accepté de revenir à la maison pour aller confesser ses péchés. Il a expliqué au prêtre qu'il était amoureux d'un jeune homme.  Celui-ci a conseillé de « corriger cette maladie de l'âme » et de faire repentance. Igor s'y est opposé. « Il a formellement pardonné mes péchés, mais il était évident que ni lui ni moi n'étions satisfaits du résultat. Après ça, j'ai abandonné l'Eglise. Ça a été ma dernière confession et ma dernière communion. Depuis, je me sens bien ! », lance-t-il en riant. 

Il y a un an et demi, Igor a présenté son petit ami à ses parents : « Il n'y a eu aucun rituel particulier, je l'ai présenté comme on le fait habituellement ».

Maintenant, ils se passent le bonjour. Il n'y a pas longtemps Igor parlait avec son père sur Skype et a mentionné son ami. « Son visage ne s'est pas déformé, il a réagi absolument normalement. »

Avec sa mère, la relation est plus simple. Igor est certain que si elle regardait moins la télévision et vivait avec lui à Saint-Pétersbourg, et participait au Club, alors elle l'accepterait vite. Mais c'est encore rare en Russie. Il n'y a pas de statistiques exactes, mais les activistes du ‘Club des parents’ estiment que pour une acceptation LGBT par la famille, il y a environ cinq rejets.

Vivre une double vie

Dimitri est l'un de ces cinq. Après son deuxième coming out malheureux, il a pris une petite amie comme couverture. « Maman connait très bien Ira, donc la question ne se pose pas », explique-t-il en souriant.

Son premier coming out a eu lieu à 18 ans. Dimitri admet qu'il pensait que tout irait bien et ne s’était donc pas vraiment préparé à la discussion. Au début sa mère a réagi calmement, mais au bout de quelques heures, elle s'est mise à pleurer et a commencé à faire un scandale. « Elle a crié à propos du VIH, sur le fait que je n'aurai jamais d'enfants », se rappelle-t-il. Après ça, Dimitri a décidé de ne plus parler à sa mère de sa vie privée. S'il sortait avec son copain, il lui disait qu'il allait retrouver des amis. Elle a progressivement oublié l'homosexualité de son fils, et leur relation s'est améliorée.

Dimitri ne pouvait pas se débarrasser du sentiment que sa mère ne le comprenait pas. C'est pourquoi au bout de trois ans, il s'est décidé à faire un second coming out. Cette fois-ci, il était mieux préparé. Il a pris une brochure du groupe d'initiative ‘Vykhod’ et a imaginé les réponses aux questions que pourrait lui poser sa mère.  Mais après lui avoir dit « désolé, maman, je suis gay de toute façon, et le fait d'éviter ce sujet ne rime à rien », ils ont recommencé à se quereller.

Dimitri ne savait plus quoi faire. Il s'est rendu plusieurs fois aux réunions du ‘Club des parents’ où on lui a conseillé de montrer à sa mère le film « Prière pour Bobby ». On y parle d'un gay qui s'est suicidé parce que ses parents religieux l'ont rejeté. « Je l'ai d'abord regardé moi-même. J'ai pleuré, c'était très douloureux », dit Dimitri. « Puis, j'ai vu le film avec maman, mais je n'ai pas compris sa réaction. Elle a dit que les parents avaient perdu leur fils parce qu'ils ne croyaient pas assez en Dieu et n'avaient pas suffisamment prié. »

Rapidement, des icônes, des calendriers de la Vierge Marie, des magazines orthodoxes et des brochures sur les monastères ont commencé à apparaître dans leur appartement. Dimitri dit qu'ils ne se sont pas parlé pendant une longue période et que visiblement sa mère avait alors décrété que l'Eglise était l'unique chemin pour sauver son fils. « Je rentrais à la maison et, du palier, je sentais l'odeur de l'encens brûlé », raconte-t-il. « Maman pouvait dépenser ses derniers roubles pour un nouveau calendrier, une croix, une bible, elle les posait sur la table, les accrochait aux murs. »

Dimitri ne fera pas de troisième coming out. Il sort avec Grigori depuis deux ans et demi, mais sa mère dit qu’il a une copine, « Irina ». Comme après le premier coming out, ils évitent le sujet de l'homosexualité. Les croix et les bibles ont peu à peu disparu de l'appartement. Certaines ont été données, d'autres sont dans une boite au grenier. Sa mère a arrêté de se rendre à l'église.

Sa double vie lui demande beaucoup de forces : pour discuter au téléphone, Dimitri s'enferme dans la salle de bain et ouvre le robinet. Si sa mère lui pose des questions sur sa vie privée, il raconte tout en échangeant le nom de « Grigori » par « Irina ». L'an dernier, ils sont partis en Égypte, mais il n'a pu montrer à sa mère que des photos de l'hôtel, de la plage et de la nature. « Le ‘Club des parents’ n'approuve pas les mensonges comme le mien. On m'a proposé de venir avec elle, mais j'ai peur de sa réaction », explique Dimitri. « Si elle pense que la religion m'a aidé, laissons tomber.  La chose principale est que ma mère soit heureuse et satisfaite. »

 

Ilnur Sharafiev

                                                      Article traduit du russe par Léo Frey et publié avec l’aimable autorisation de Meduza.io