« Sanctions », « OTAN » et « URSS bis » : les médias russes réagissent au « Brexit »

 

Comme partout dans le monde, la victoire surprise du « Brexit », le 24 juin 2016, a fait la une des principaux quotidiens russes. Entre l’espoir d’une levée des sanctions, le renforcement de l’OTAN et la possibilité d’une répétition du scénario soviétique, revue des principales réactions observées dans les médias de Russie.

 

Espoirs et instabilité économiques

« Un vendredi noir ». Vendredi 24 juin, le site d’information RBK a fait explicitement référence aux grandes crises économiques du passé pour qualifier la victoire des eurosceptiques au référendum du 23 juin. Cet évènement, selon le ministre des Finances russe, Anton Silouanov, cité par RBK, devrait entraîner une baisse des prix du pétrole, l’affaiblissement du rouble et une augmentation de la volatilité sur les marchés. Les experts russes s’entendent toutefois sur le fait que l’onde de choc du Brexit sera de courte durée.

A défaut d’entraîner une vague d’instabilité durable, plusieurs journaux ne cachent pas leur espoir d’une levée des sanctions avec le départ du Royaume-Uni. « Londres était l’un des principaux lobbyistes en faveur du maintien des sanctions contre la Russie », rappelle un expert cité par le site d’information Gazeta.ru. Toutefois, comme le rapporte le journal Izvestia par la voix d’un analyste de la Sberbank, la « Grande-Bretagne continuera vraisemblablement à prendre des sanctions contre Moscou à travers des accords bilatéraux avec les Etats-Unis ».

Une victoire pour l’OTAN et le Kremlin ?

Les conséquences géopolitiques du Brexit seront-elles négatives pour l’OTAN ? C’est ce qu’affirme à chaud le quotidien Gazeta.ru, rappelant que des anciens haut-responsables de l’OTAN avaient récemment signé un article affirmant que la sortie du Royaume-Uni de l’UE « aiderait les ennemis de l’Occident ». Une vision que ne partage par le politologue Fedor Loukianov, auteur d’une tribune pour le très fréquenté site d’information Lenta.ru. « Le résultat probable du Brexit sera un renforcement du rôle de l’OTAN en tant que « cerceau » qui sert à maintenir l’Europe », affirme l’expert. Selon lui, ce scénario ne pourrait qu’entraîner « un renforcement des Etats-Unis ».

Gazeta.ru rappelle que la campagne en faveur du « Remain » avait largement mis en avant la possible satisfaction d’un Vladimir Poutine prompt à profiter du Brexit dans son objectif d'affaiblir le projet européen. Dans ce sens, et non sans ironie, les médias russes ont grandement relayé les déclarations de l’ancien ambassadeur américain à Moscou, Micheal Mc Faul, qui a qualifié le Brexit de « grande victoire pour la politique extérieure de Vladimir Poutine ». Toutefois, comme le rappellent avec insistance plusieurs médias russes, le chef du Kremlin s’était officiellement refusé à toute prise de position, contrairement à son homologue américain.

Pour l’expert Fedor Loukianov, l’aggravation de la crise européenne préfigure toutefois des relations « d’autant plus douloureuses » avec la Russie. Face une Union européenne en difficultés, la recherche d’une « alternative à l’eurocentrisme » et la diversification des liens apparaît selon lui comme une priorité pour Moscou dans les années à venir.

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Back in USSR ?

Le parallèle entre la décomposition de l’URSS et le Brexit n’a pas manqué d’être évoqué par plusieurs observateurs russes.  « La disposition permettant une sortie de l’UE s’est révélée aussi mortelle que l’article de la constitution de l’URSS sur le droit des républiques membres à quitter l’union. La première tentative d’utiliser cette possibilité avait déclenché à l’époque une réaction en chaîne », soutient un éditorialiste sur le site RBK. L’un de ses confrères du Nezamissimaya Gazeta n’hésite pas, lui, à parler de « séparatisme » britannique.

Même s’il envisage l’option d’un renforcement de l’intégration européenne après le Brexit, l’expert Fedor Lioukanov ne se prive d’évoquer un pessimisme inspiré de l’expérience soviétique : « Une évolution contraire des évènements est également envisageable : le début d’une décomposition irréversible du mythe de l’unité européenne. L’Allemagne tentera alors de toutes ses forces de sauver le projet. Dans le cas contraire, nous pourrions renouer avec les cauchemars du passé », conclut-il.

R.C.

Sources :

rbc.ru
gazeta.ru
izvestia.ru
lenta.ru
ng.ru